Séance virtuelle n° 2 du 28/11/12

 

[27/11/12 21:00:06] Olivier Bleys: Bonsoir à toutes, à tous !

[27/11/12 21:00:15] victoire stahl: Bonsoir !

[27/11/12 21:00:19] Florian Baroghel: Et bonsoir !

[27/11/12 21:00:22] Olivier Bleys: Je suis fier de ma ponctualité !

[27/11/12 21:00:29] Bertille Hollebecque: Bonsoir!

[27/11/12 21:00:32] Clémentine Lamendin: bonsoir

[27/11/12 21:00:36] Camille: Bonsoir

[27/11/12 21:01:07] Nadin: Bonsoir et добрый вечер!!

[27/11/12 21:01:17] Екатерина: Bonsoir, mes amis)

[27/11/12 21:02:21] Olivier Bleys: La plupart de vos textes me sont parvenus, certains il y a quelques minutes seulement ; parfois, dans une seule version. Ça n'a pas beaucoup d'importance mais, comme de raison, je n'ai pas pu tous les lire. Nous le ferons ensemble. La moisson est assez généreuse. J'espère que nous pourrons tous les " passer en revue ". La séance de ce soir sera consacrée exclusivement à ces textes, il y a de quoi faire.

[27/11/12 21:03:22] Olivier Bleys: Bon, je propose d'en prendre un au hasard. Pour simplifier, je ne mentionnerai pas le nom de son auteur — car certains d'entre vous préfèrent ne pas être identifiés. Pudeur respectable.

[27/11/12 21:03:47] Clémentine Lamendin: D'accord! Tout le monde est présent?

[27/11/12 21:04:19] Olivier Bleys: Je n'ai pas fait l'appel, mais nous avons l'air d'être assez nombreux. Certain(e)s s'ajouteront peut-être en cours de séance.

[27/11/12 21:05:37] Olivier Bleys: Ce soir, il s'agit donc de lire ensemble vos textes, de les commenter sans tabou (mais, naturellement, sans agressivité non plus !) afin d'aboutir une deuxième version qui figurera dans l'ouvrage de fin d'année.

[27/11/12 21:06:07] Clémentine Lamendin: (reçu)

[27/11/12 21:06:16] Olivier Bleys: Je commenterai aussi, mais ne dois pas être le seul. Il est toujours intéressant de confronter les avis des uns et des autres.

[27/11/12 21:06:32] Olivier Bleys: Premier texte…  (*)

[27/11/12 21:06:35] Olivier Bleys: Version 1 (pour enfants).

Je suis une tasse, et ma vie est parfois compliquée. Je dors dans un placard où il fait très noir, en compagnie d’autres tasses. . Si au moins ma propriétaire buvait des chocolats chauds crémeux et sucrés, je serais moins malheureux, mais quand elle me sort, c’est pour me remplir d’un liquide chaud et amer que je n’aime pas beaucoup. Quand elle en boit trop, elle devient très agitée et un peu bizarre. Ensuite on me plonge dans de l’eau chaude avec un produit qui fait de la mousse et des bulles, et on me frotte pour me nettoyer. Quelques fois c’est rigolo, ça chatouille un peu, mais le reste du temps on utilise le côté de l‘éponge qui gratte, et là j’ai vraiment l’impression qu’on me fait mal exprès. Comme si ça ne suffisait pas, on me laisse sécher sur une grille, la tête en bas, sans coussin ! 

Version 2 (pour adultes).

On parle beaucoup des droits de l’Homme, mais il me semble que personne ne se soucie des conditions de vie épouvantables des tasses. J’ai donc décidé de prendre la parole et de dénoncer les mauvais traitements que je subis au quotidien. D’abord, on me remplit régulièrement de café brûlant, dans lequel personne n’a pris la peine de mettre du sucre. Ensuite, pour des prétendues raisons d’hygiène, on essaie de me noyer dans de l’eau pleine d’un produit qui sent très fort, on m’arrache la peau et on me laisse pour mort sur une grille inconfortable, tête en bas, ce que je trouve franchement humiliant. C’est vrai que, quand je suis remplie, on m’embrasse souvent. J’aime ces baisers sensuels, mais je ne suis pas stupide, je sais bien que c’est intéressé… Maintenant que je vous ai livré les détails sordides de ma pauvre vie, j’espère que vous aurez un minimum de compassion pour mes semblables et pour moi.

[27/11/12 21:07:48] Camille: entendu

[27/11/12 21:08:05] Clémentine Lamendin: Je trouve la version 2 plus intéréssante

[27/11/12 21:08:54] Camille: j'aime beaucoup l'idée de la seconde version

[27/11/12 21:08:55] Clémentine Lamendin: L'histoire de la version 1 manqe un peu de "liant"

[27/11/12 21:09:25] victoire stahl: j'aime bien la version 2 aussi, elle est assez drôle et bien construite

[27/11/12 21:09:39] Olivier Bleys: Ces deux textes répondent parfaitement à la consigne posée. Le premier, rédigé dans une langue simple, est intelligible par des enfants. Le second est de " texture " plus littéraire. En tout cas, une réussite selon moi : on sent qu'il s'agit du même protagoniste, dont la psychologie est assez bien dégagée par ces quelques lignes.

[27/11/12 21:09:47] Florian Baroghel: Je trouve très intéressant les différences d'approche entre les deux versions : la première étant plus orientée vers un côté description / questionnement, et la deuxième très critique avec une prise de position indignée !

[27/11/12 21:10:09] Екатерина: Moi je trouve que la premiere version est aussi interessante et l'auteur a tout a fait accompli une tache: de faire un texte bien simple pour des enfants, je pense que tous les enfants vont lire ce texte avec un grand interet

[27/11/12 21:10:12] Clémentine Lamendin: oui la tasse numéro 2 a bien plus de caractère!

[27/11/12 21:11:21] Olivier Bleys: La posture du texte 2, revendicatrice, indignée, est à la fois drôle et cohérente. C'est peut-être un clin d'œil dissimulé à l'obsession victimaire de nos sociétés, où chacun croit détenir des droits et entend les défendre.

[27/11/12 21:11:57] Florian Baroghel: Le fait de changer de vocabulaire pour obtenir une écriture plus "dense", plus expressive car plus complexe rend fréquement cet effet, du moins, j'en ai l'impression car j'ai eu à peu près la même approche sur ce que j'ai écrit

[27/11/12 21:12:35] Clémentine Lamendin: oui les impressions sont toujours plus riches en version 2, question de lexique!

[27/11/12 21:13:09] Clémentine Lamendin: mais je pense qu'avec des mots simples toujurs, la version 1 pourrait être plus dynamque

[27/11/12 21:13:23] Bertille Hollebecque: c'est vrai que la deuxième version autorise une complexité qu'on peut difficilement donner au premier texte (donc personnage)

[27/11/12 21:13:32] Olivier Bleys: @Florian : ce n'est pas seulement cela. Le vocabulaire s'étoffe oui, le lexique évolue. Mais le ton change aussi. Il devient solennel. On a l'impression d'entendre un discours aux autorités. Le texte se conclut d'ailleurs par une sorte d'interpellation ou d'apostrophe aux autorités. C'est assez drôle !

[27/11/12 21:14:32] Florian Baroghel: C'est vrai qu'un vocabulaire complexe renferme toujours en soi sa part de subjectivité ! Par exemple, "fait exprès" et "intentionnel" n'ont pas la même "couleur", si vous voyez ce que je veux dire

[27/11/12 21:14:37] Olivier Bleys: Pour ma part, même si ça ne signifie pas grand-chose, je préfère la version 1. Sa simplicité mais la justesse des exemples et des situations crée, à mon sens, de l'émotion. Cette émotion est absente du texte n° 2.

[27/11/12 21:14:41] Clémentine Lamendin: oui il y a un chagement de tonalité ce qui rend le texte plus expressif

[27/11/12 21:14:56] Clémentine Lamendin: (en version 2)

[27/11/12 21:15:35] Clémentine Lamendin: la version un pourrait avoir une meilleure articulation ..

[27/11/12 21:16:32] Olivier Bleys: Ce qui pourrait peut-être évoluer, c'est la longueur des phrases du texte 2. Certes, leur étendue souligne l'aspect " discours ". Mais c'est, selon moi, un peu plus fastidieux à lire, et ça manque un peu de nerf. Il faudrait des propositions plus courtes, plus tranchées. Après tout, la tasse pourrait être un peu imprégnée de ce café brûlant qui la remplit souvent, et devenir caractérielle !

[27/11/12 21:16:56] Bertille Hollebecque: l'abus de café est dangereux pour la santé

[27/11/12 21:18:00] Olivier Bleys: @Bertille : voire… C'est en débat au sein de la communauté scientifique. Je m'interdis habituellement l'auto-promotion mais, là, la tentation est forte. Début janvier, je publie un roman intitulé " le maître de café " chez Albin Michel. Où l'on parle abondamment de la boisson noire…

[27/11/12 21:18:30] Bertille Hollebecque: on y ira tous chez Mollat pour la sortie, promis :)

[27/11/12 21:18:44] Olivier Bleys: (inlove)

[27/11/12 21:21:06] Olivier Bleys: @Clémentine : vous êtes deux à souligner le manque de liant ou d'articulation du texte 1. C'est peut-être une conséquence des phrases conjuguées à la première personne qui, au début du texte, s'enchaînent sans assez de variété. Un défaut très commun, auquel peu d'auteurs échappent (j'y suis aussi exposé). Eviter, dans la mesure du possible, de faire se succéder des " Je " — pas plus de deux par paragraphe ! A moins, bien sûr, qu'un effet soit recherché…

[27/11/12 21:21:19] Olivier Bleys: Passons au texte suivant ! Car l'horloge tourne…

[27/11/12 21:21:59] Olivier Bleys: Texte 2  (*)

[27/11/12 21:22:07] Olivier Bleys: Version 1 : pour un public enfantin

« Vous voulez savoir ce que je fais comme travail ? Je vais vous dire la vérité, ce n’est pas très intéressant ! Je suis un cendrier. Je suis déjà au travail avant que mon chef ne se lève et je suis un des premiers qu’il utilise quand il arrive. Je suis installé à son bureau pour pouvoir lui rendre service quand il en a besoin. En fait, je suis comme une petite poubelle de table. Lorsqu’il appuie sur ma tête, je m’ouvre en tournant et il peut jeter tout ce qui sent mauvais, même si c’est chaud. Mon chef a très souvent besoin de moi. Comme il reste longtemps au bureau, je travaille tard, et je ne peux pas me reposer autant que j’aimerais. Les pires journées sont celles où il a du retard dans son travail car je dois rester disponible même la nuit ! Maintenant, je vais vous donner un conseil : ne devenez jamais un cendrier, et si vous en rencontrez un, soyez gentils avec lui, car ce n’est pas un travail facile. »

 

Version 2 : pour un public initié

« Si vous pouviez me faire le plaisir de vous étouffer en riant ! On m’a persuadé que je faisais partie de la haute ! Je n’étais pas un cendrier perdu dans la masse grisâtre de ces objets méprisés, que l’on cache afin de nier cette ignoble addiction à un produit toxique ! J’étais un cendrier à poussoir, luxueux, impressionnant ! Et à présent, regardez-moi. Etouffé par la fumée, mon réservoir vidé uniquement lorsque je suis saturé de mégots et inutilisable, mon fer autrefois étincelant terni par la cendre, mon poussoir manipulé comme un jouet par un humain inconscient de l’indignité qu’il me fait subir. Ces couleuvres que l’on m’a faites avaler lorsque j’étais neuf et naïf ! Dans ce monde, ceux qui n’ont pas de voix pour exprimer leur colère ne sont que poussière, ou, assez ironiquement, cendres. Animaux et objets, nous sommes tous à la merci de la cruauté de cette espèce prétendument supérieure qu’est l’humanité. »

[27/11/12 21:23:54] Clémentine Lamendin: Plus difficile à comprendre

[27/11/12 21:24:28] Bertille Hollebecque: beaucoup d'objets sont en réelle souffrance.. j'aime beaucoup le ton aigri de la version 2

[27/11/12 21:24:29] Clémentine Lamendin: Version 1 : un peu circulaire non?

[27/11/12 21:24:32] victoire stahl: beaucoup de gens n'ont pas le droit de fumer au bureau ;) Là aussi le deuxième texte parait plus aboutit et plus revendicatif

[27/11/12 21:24:54] Camille: j'ai plutôt tendance à préférer la première ici

[27/11/12 21:25:04] Florian Baroghel: (Le bureau n'est pas toujours celui que l'on croit !)

[27/11/12 21:25:16] Olivier Bleys: Un fait à prendre en compte : c'est un objet un peu moins commun, un plus difficile à traiter. Non seulement parce qu'il est " subversif ", mais parce qu'il a disparu, en effet, de la plupart des espaces publics, et même privés.

[27/11/12 21:25:38] Clémentine Lamendin: Version 2 : j'imagine très bien le cendrier!

[27/11/12 21:25:58] Екатерина: moi aussi j'aime beaucoup le ton et des expressions du texte 2, mais le premier est parfait)

[27/11/12 21:26:28] Olivier Bleys: Je pense qu'il y a de bonnes idées dans les deux versions. La seconde est assez fine, on sent que l'auteur a réfléchi pour tirer des observations denses et cohérentes d'un objet assez peu complexe. Exemple  : " mon fer autrefois étincelant terni par la cendre "

[27/11/12 21:27:04] Bertille Hollebecque: je trouve le premier plus descriptif, il reste intéressant mais le cendrier de la deuxième version a plus de profondeur

[27/11/12 21:28:19] Екатерина: Je pense que notre grand probleme ou pas ce que nous sommes tous adultes et pas enfants)) Nous on ne peut juger bein du cote des enfants comment iles est enrichi le texte 1

[27/11/12 21:28:44] Olivier Bleys: Petit détail technique. Peut-être le mot " travail " revient-il un peu trop souvent dans la version 1. Certes, on s'adresse à des enfants, c'est mieux toléré. Mais n'hésitons pas à ouvrir notre dictionnaire des synonymes ! Cela enrichirait le texte, sans sortir du registre enfantin. Un dictionnaire de synonymes en ligne que je vous invite à fréquenter : http://www.crisco.unicaen.fr/des/     ; ou encore celui-ci, mais plus technique : http://dico.isc.cnrs.fr/dico/fr/chercher

[27/11/12 21:28:45] Nadin: et moi je prefere le premier texte, selon moi c'est plus viens à des enfants et ils vont aimer ce style aisé )

[27/11/12 21:29:39] Florian Baroghel: Je pense effectivement que c'est la difficulté de l'exercice : que dire à des enfants (et comment le dire) ?

[27/11/12 21:30:18] Florian Baroghel: Est-ce qu'il faut parler de ce à quoi sert l'objet, au risque de partir sur un terrain glissant, ou doit-on plutôt parler de ce qu'il observe ?

[27/11/12 21:30:24] Bertille Hollebecque: j'aime beaucoup la façon d'éviter de parler de la cigarette dans la première version

[27/11/12 21:30:28] Olivier Bleys: Une métaphore simple, dans le texte 1, " je suis comme une petite poubelle de table ", fait subitement exister l'objet à nos yeux. Cela vaut la peine d'introduire comme cela, au début d'une description, une expression, une locution de quelques mots qui va " saisir " l'objet, le résumer.

[27/11/12 21:31:09] Clémentine Lamendin: oui la poubelle de table pour les enfants c'est explicatif

[27/11/12 21:31:42] Bertille Hollebecque: comme "tout ce qui sent mauvais", qui rappelle aussi qu'on utilise parfois les cendriers pour tout et n'importe quoi

[27/11/12 21:32:03] Clémentine Lamendin: Mais je trouve qu'il y a une redondance dans la version 1

[27/11/12 21:33:20] Clémentine Lamendin: D'ailleurs la descritpion est effiace, car au départ je ne pensais pas à ce tye de cendrier

[27/11/12 21:34:02] Olivier Bleys: @Florian, Clémentine : on peut essayer, en effet, de dégager certaines règles d'écriture lorsqu'on s'adresse à des enfants. Je n'évoquerai pas le choix de l'objet, les tabous, les interdits (ici, la cigarette, le tabac), qui ne concernent pas directement notre sujet. Parlons plutôt de l'écriture elle-même. Selon moi, voici ce qui s'impose : un vocabulaire simple et un lexique ramassé — tout en évitant, si possible, les répétitions qui ne sont tolérées que pour le très jeune lectorat — ; l'emploi abondant d'images et le recours moins fréquent aux abstractions et aux idées ; l'exclusion des formes de style compliquées (par exemple : inversion du sujet et du verbe) ; l'allusion au quotidien des enfants, qui leur parlera aussitôt ; etc.

[27/11/12 21:34:53] Olivier Bleys: @Clémentine : en effet, l'objet est bien décrit, puisque nous avons toutes et tous compris, je crois, de quel type de cendrier il s'agit…

[27/11/12 21:36:15] Olivier Bleys: En revanche, du point de vue du " sentiment " de l'objet, de son existence comme personnage qui vit et ressent, peut-être ces textes sont-ils moins aboutis que ceux concernant les tasses ? Le caractère du cendrier paraît moins précisément dessiné que celui des tasses. Mais bon, c'est une impression rapide.

[27/11/12 21:36:26] Olivier Bleys: Il est temps d'aborder les textes suivants !

[27/11/12 21:37:20] Olivier Bleys: Il s'agit d'un texte unique. L'auteur n'a pas encore trouvé le temps de produire le second.

[27/11/12 21:37:27] Olivier Bleys: Texte 3  (*)

[27/11/12 21:37:28] Olivier Bleys: Scrupuleusement rangé sur une étagère ou posé négligemment sur le coin d’une table de nuit, je pense que je peux dire sans paraitre trop présomptueux que je suis le plus beau et mystérieux de tous les objets. Ce n’est pas dans mon apparence que vous trouverez un quelconque intérêt : une couverture en carton et des pages de papiers. En somme peu d’originalité et presque rien qui me différencie de mon cousin le magazine. C’est en fait quand vous m’ouvrez que commence le vrai voyage. Car ces milliers de caractères sans prétention qui couvrent mes pages et peuvent paraître des plus ennuyeux pour le lecteur non aguerri sont en fait tout ce qui fait ma magie. Moi et moi seul suis capable d’emporter le lecteur tel un funambule sur le fil de mon histoire, suspendu à la moindre péripétie de mon héros, frémissant en même temps que lui. Je peux parfois vous faire ressentir la peur, parfois l’envie mais toujours je vous captive et vous envoûte jusqu’à la dernière page. Oh mais détrompez-vous : je ne plais pas à tous ! Parfois on me délaisse au profit du cinéma ou des jeux vidéo. Pire encore ! Il arrive qu’on me laisse prendre la poussière sans jamais m’ouvrir, sans me laisser la moindre chance de convaincre mon propriétaire plein de préjugés. J’avoue que certains lecteurs sont plus sensibles que d’autres : j’aime ceux qui prennent soin de moi mais j’aime tout autant ceux qui cornent mes pages, ceux qui me laissent au fond d’un sac à main et qui ne me sortent que pour attendre le train ou pour s’évader loin du tram bondé. J’aime tous mes lecteurs parce qu’ils me laissent raconter mon histoire. Quelle preuve de reconnaissance que d’être conseillé à un ami ou prêté ! C’est que j’ai bien fait mon travail… cependant qu’elle tristesse que de se séparer d’un lecteur que l’on a captivé : quand on sent la dernière page se tourner on sait alors que tout est terminé mais on espère sans cesse que le plaisir d’être ouvert et parcouru va se renouveler indéfiniment oui indéfiniment je dirais même jusqu’à ce mes pages tombent en poussière !

[27/11/12 21:38:45] Camille: je le trouve très bien. mais dès que ça parle de livre, je  ne suis plus objective

[27/11/12 21:39:07] Camille: c'est une version très "romantique" je trouve

[27/11/12 21:39:30] Bertille Hollebecque: je manque aussi d'objectivité en ce qui concerne les livres. Cela dit le ton change par rapport aux textes précédent: cet objet est fier de ce qu'il fait

[27/11/12 21:39:47] Bertille Hollebecque: et j'allais dire que je trouvais cette version assez lyrique ^^

[27/11/12 21:40:10] victoire stahl: j'aime bien le fait qu'on annonce pas tout de suite ce qu'est l'objet au début du texte. On le découvre petit à petit dans les premiers paragraphes.

[27/11/12 21:40:17] Florian Baroghel: Je trouve que l'auteur a très bien exprimé le côté "double-face" du livre : l'apparence banale d'un objet dont le potentiel n'est finalement limité que par l'imagination du lecteur !

[27/11/12 21:40:30] Olivier Bleys: @Victoire : oui, très juste. Cette révélation progressive est agréable.

[27/11/12 21:41:16] Olivier Bleys: En effet, ce texte est assez lyrique. Les phrases gagnent progressivement en longueur, jusqu'à la dernière très étalée qui semble nous emporter dans un tourbillon.

[27/11/12 21:41:32] Clémentine Lamendin: Il y a de la magie dans ce récit, et oui le livre fait l'apologie de sa fonction évasive

[27/11/12 21:41:55] Clémentine Lamendin: On sait quand même sa détresse

[27/11/12 21:42:00] Clémentine Lamendin: (sent*)

[27/11/12 21:43:00] Clémentine Lamendin: Une chose me gène : "plein de préjugés" est un peu maladroit, comparativement au reste qui est assez bien écrit à vrai dire

[27/11/12 21:43:11] Bertille Hollebecque: selon moi ce livre a philosophie se rapprochant assez de "carpe diem", il sait qu'il a une fonction éphémère mais parvient quand même à profiter des lecteurs qu'il captive

[27/11/12 21:43:20] Olivier Bleys: C'est un texte très sensible, inspiré. Il tranche en effet d'avec les précédents par son relatif optimisme, ou plutôt parce qu'il valorise et met en avant ses atouts, ses qualités. Ce texte donne le sourire, suscite presque l'attendrissement pour cet objet magique.

[27/11/12 21:44:53] Olivier Bleys: Il faut se méfier des adresses directes au lecteur, ici " Oh mais détrompez-vous ". Elles sont très difficiles à manier et, donc, aisément maladroites. Ce sont des stéréotypes dont on peine à se défaire. A user, en tout cas, avec parcimonie !

[27/11/12 21:45:20] Florian Baroghel: Si je pouvais quand même me permettre une légère critique, je trouve qu'en se définissant par rapport au lecteur, le livre qui se décrit ainsi perd un peu de substance, c'est comme s'il se regardait à la troisième personne, et ça donne une impression, non pas de froideur, mais de "fraîcheur". Mais cette impression rend aussi bien l'idée d'un objet qui ne prend vie qu'entre les mains d'une personne, à la différence des deux objets précédents qui continuent d'exister même lorsqu'ils sont délaissés. Cela justifie le côté majoritairement heureux du livre (en opposition au sentiment de colère et d'aigreur de la tasse ou du cendrier).

[27/11/12 21:45:51] Olivier Bleys: Défi pour le second texte, en attente — celui qui s'adressera à des enfants : évoquer le livre pour des enfants qui ne maîtrisent pas bien la lecture — c'était la même chose pour le cendrier.

[27/11/12 21:45:56] Florian Baroghel: Enfin, pas "heureux" mais plutôt "bienveillant"

[27/11/12 21:46:00] Clémentine Lamendin: je ne trouve pas ce livre très heureux moi!

[27/11/12 21:46:11] Clémentine Lamendin: plutôt "romantique" en fait

[27/11/12 21:46:35] Clémentine Lamendin: oui bienveillant, mais surtout généreux

[27/11/12 21:47:18] Florian Baroghel: Je ne sais pas pour "romantique" mais ce livre me fait plus penser à un parent qui regarde ses enfants partir pour leurs études avec le sourire, mais qui préfère quand même les voir revenir !

[27/11/12 21:47:52] victoire stahl: oui on ressent beaucoup d'affection pour le lecteur, y compris pour ses petits défauts (jeter le livre au fond d'un sac, etc..)

[27/11/12 21:48:33] Clémentine Lamendin: j'attends la version 1 avec impatience..!

[27/11/12 21:49:39] Florian Baroghel: En fait, j'aime beaucoup le fait que ce texte montre un point de vue opposé aux autres objets ! On pourrait imaginer les réunions de nuit entre les objets : le cendrier et la tasse qui regroupent tous les autres objets en colère pour planifier une mutinerie, tandis que le livre, témoin silencieux, transmet ce qu'il a appris à son lecteur à travers ses pages !

[27/11/12 21:50:43] Olivier Bleys: Je pense qu'il manque une évocation " matérielle " du livre car, d'une certaine façon, on part du présupposé que tout le monde sait ce qu'est un livre, en a déjà eu entre les mains, etc. — pourvu que ça dure ! Donc, on se concentre d'emblée sur l'usage de l'objet. Peut-être aurait-il fallu faire une petite place à la matérialité du livre, papier, reliure, caractères imprimés… Le texte destiné aux enfants pourrait appliquer cette suggestion !  :P

[27/11/12 21:51:39] Clémentine Lamendin: @florian : j'aime la discussion des objets! je les vois très bien débattre

[27/11/12 21:52:06] Olivier Bleys: @Florian : la réunion nocturne des objets, c'est évidemment porteur ! Le cendrier mal luné qui veut mettre le feu, la tasse secourable qui noie les flammèches sous un épanchement de café froid ; le livre, témoin et rapporteur, qui promet de tout raconter aux pompiers !

[27/11/12 21:52:11] Bertille Hollebecque: je propose une soirée débat avec eux ^^

[27/11/12 21:52:36] Olivier Bleys: Idée pour la prochaine séance virtuelle ! Et celle-là, on l'imprimera peut-être !  (wave)

[27/11/12 21:52:52] Olivier Bleys: Bon, texte suivant !

[27/11/12 21:53:26] Olivier Bleys: Texte 4  (*)

[27/11/12 21:53:27] Olivier Bleys: Version 1 : 

Je suis le petit chariot avec lequel Mamie fait ses courses tous les lundis. Je suis beau ! Je suis rose, bleu, vert et jaune et Mamie m'aime beaucoup ! Je transporte plein de bonnes choses qui parfois sentent parfois très bon et parfois un petit peu mauvais ! Je ne me plains jamais et j'adore rouler aux coté de Mamie mais aujourd'hui j'ai très peur. Il y'a quelques jours, Mamie est tombée et je n'ai pas pu la rattraper. Je me suis tellement inquiété pour elle mais elle s'est rétablie comme une chef ! Ce qui me stresse maintenant, c'est que ses enfants parlent de payer quelqu'un pour faire les courses de Mamie à sa place ! Cela veut dire que je ne verrai surement plus beaucoup mon amie, avec qui je roule depuis 5 ans maintenant, et que je devrai m'entendre avec une nouvelle personne ! J'ai toujours été une charriot joyeux mais timide et nerveux, tout cela m'angoisse donc énormément ! 

 

 

Version 2 : 

C'est moi le chariot bariolé qui suit partout la doyenne du quartier lors de son ravitaillement hebdomadaire. Mes deux roues sont endurcies par cinq années à parcours l'asphalte. Ma solide structure métallique brille au soleil.Mon sac aux couleurs éclatantes égaye les jours de grisaille. Les meilleurs légumes du primeur, les fruits savoureux et les épices fabuleuses que ma propriétaire collecte soigneusement m'imprègnent souvent d'un délicieux parfum. Par contre, quand lui prend l'envie de déguster un fromage de caractère, je suis pris de nausée. Mais tout cela n'a peut-être plus d'importance. Lundi dernier, ma chère amie a fait une chute. Elle s'en ai vaillamment remise, mais j'ai entendu ses enfants discuter : "peut-être lui prendre une aide pour lui faire les cours, qu'elle n'ait plus besoin de sortir autant." Je crains à présent que l'on me jette ou même seulement que l'on me confie à un étranger. Après cinq années à rouler aux cotés de celle que l'on appelle Mamie, je devrai m'habituer à une nouvelle voix, une nouvelle poigne, un nouveau pas.

[27/11/12 21:54:58] Camille: je trouve le second texte très musical, même si certains passages manquent un peu de fluidité

[27/11/12 21:55:13] Camille: le premier est très bien pour des petits enfants

[27/11/12 21:55:39] Bertille Hollebecque: on retrouve vraiment l'idée des sons, images et odeurs de la vie quotidienne, dans les deux

[27/11/12 21:55:49] Clémentine Lamendin: Le 2 est génial!

[27/11/12 21:55:49] Olivier Bleys: Je pense que l'auteur a choisi, dans le texte n° 1, de s'adresser à un très jeune public. En effet.

[27/11/12 21:55:57] Florian Baroghel: Dans les deux textes, je trouve que la transition entre la joie innocente (naïve ?) du chariot d'être ce qu'il est et l'inquiétude sincère pour son amie est magnifiquement exécutée !

[27/11/12 21:56:17] Clémentine Lamendin: en tout cas la première phrase m'a beaucoup plue

[27/11/12 21:57:20] Olivier Bleys: Le texte 1 s'achève par une phrase un peu difficile, pour des enfants : " Cela veut dire que je ne verrai surement plus beaucoup mon amie, avec qui je roule depuis 5 ans maintenant, et que je devrai m'entendre avec une nouvelle personne ". Je pense qu'il faudrait la tronçonner pour obtenir des phrases plus simples.

[27/11/12 21:57:19] Clémentine Lamendin: le lexique dans la version 2 est adéquat

[27/11/12 21:58:14] Clémentine Lamendin: mieux vaut utiliser des prhases simples?

[27/11/12 21:58:38] Camille: je pense que c'est quand même parfaitement compréhensible

[27/11/12 21:58:45] Clémentine Lamendin: (oups j'aurais du lire votre intervention)

[27/11/12 21:59:38] Olivier Bleys: On sent, au début du texte 2, la tentation d'introduire beaucoup d'adjectifs, qui donnent rapidement une couleur " littéraire " au texte. Ça n'est pas gênant en soi, mais cela l'aurait été si l'ensemble du texte 2 en avait pris le pli. Heureusement, dès la 3e phrase, le style se fluidifie.

[27/11/12 22:00:25] Florian Baroghel: Ce qui m'amuse dans le premier texte, et qui amusera les enfants aussi (je suis un grand enfant !), c'est d'imaginer le petit chariot multicolore, ses motifs et savoir comment on peut associer le rose et le vert (sans ressembler à M. Sardin !)

[27/11/12 22:01:09] Clémentine Lamendin: oui le texte est ludique

[27/11/12 22:01:40] Bertille Hollebecque: @florian c'est négliger beaucoup de couleurs dans la tenue de ce cher JPS :p mais je suis d'accord sur le reste

[27/11/12 22:01:42] Clémentine Lamendin: (@florian : Le coup de sardin haha!)

[27/11/12 22:01:49] Camille: ( oh, joli remarque sur Sardin XD )

[27/11/12 22:01:50] Olivier Bleys: Il y a quelque chose de touchant dans ce couple " chariot / grand-mère ", et l'espèce de protection qu'exerce le véhicule sur sa " maîtresse ", au point d'envisager — dans le texte 1 — des actions peu compatibles avec sa nature, comme de rattraper la vieille dame qui tombe. Tous, jusqu'ici, vous avez réussi à transposer les sentiments humains, les attitudes de notre espèce sur des objets inanimés.

[27/11/12 22:02:23] Clémentine Lamendin: en effet

[27/11/12 22:02:33] Olivier Bleys: Je ne savais pas qui était Sardin. Grâce à Google…

[27/11/12 22:03:14] Bertille Hollebecque: disons pour faire simple qu'il s'agit d'une star locale ^^

[27/11/12 22:03:32] Florian Baroghel: Notre cher professeur d'économie, et sa sublime association d'une veste vert pomme et d'une chemise rose au premier amphi de l'année !

[27/11/12 22:03:49] Bertille Hollebecque: et la cravate jaune...

[27/11/12 22:04:32] Florian Baroghel: Enfin, pour revenir au teste, et aux sentiments des objets, je trouve que cela va au-delà de l'association des sentiments humains, puisque ces sentiments vont de pair avec le fait d'être utilisé

[27/11/12 22:04:46] Olivier Bleys: Le second texte n'est pas aussi " pétulant " que le premier, parce que le chariot n'est plus aussi rutilant, il a perdu quelques couleurs. Mais le dynamisme de l'objet qui roule, vaillamment propulsé par la grand-mère, reste sensible.

[27/11/12 22:05:08] Florian Baroghel: Ce qu'un humain refuse énergiquement, comme ici le cendrier ou la tasse, alors que le livre et le chariot apprécie énormément d'être utiles !

[27/11/12 22:05:10] Bertille Hollebecque: j'aime surtout l'idée d'une amitié entre les deux

[27/11/12 22:06:10] Olivier Bleys: @Florian : Jusqu'ici, les objets ont une attitude ambivalente par rapport à l'usage. Certains sont rebelles, veulent apparemment sortir de leur condition ; d'autres s'en accommodent, voire apprécient leur servage.

[27/11/12 22:07:40] Olivier Bleys: C'est en tout cas un thème intéressant à traiter : les objets aiment-ils être objets ? Ou prétendent-ils tous, secrètement, à devenir sujets ? Révolte des robots, étendue à l'ensemble des babioles inanimées.

[27/11/12 22:07:52] Olivier Bleys: Mais passons aux textes suivants ! La collecte est riche !

[27/11/12 22:08:49] Olivier Bleys: Texte 5  (*)

[27/11/12 22:08:51] Olivier Bleys: Version 1

 

Je suis une chaussette, une chaussette, qui promene en soi-même. J’ai un frère, il est aussi une chaussette, mais il est de gauche. Nous menons joyeuse vie et faisons les folies toujours. Qu’est-ce que je vais faire sans lui ! Nous sommes les jumeaux, et on nous confondrons de tout le temps. J’aime de faire les farces de collégien. Oh, oui, la vie va être très inintéressante et fatigante sans les ébats.

 

Quand nous jouons à cache-cache avec mon frère, moi je m'enterre dans les lessives et seulement mes talons sortissent. Et mon frère il aime de cacher du lit. Mais nous sommes trouves la aussi !

 

Version 2 –

 

Le matin d’une pauvre chaussette.

 

 

 

7.00 – Mon matin commence quand elle ouvre la porte de l’armoire sombre.

 

J’attend avant que elle choisit ses vêtements. En fait elle peut choisir une heure entière.

 

8.00 –  Au début elle me met dans un pied gauche, et puis entend que je suis une chausette droit et je ne peut pas pâtir d’être mis dans un pied gauche !

 

9.00 – Oh, les femmes, ils sont tous espèces de crâneur ! Bien sûr, elle commence de dancer et chante avec son démêloir en face du miroir comme si elle est une grande chanteuse.

 

10.00 – Hourra ! Elle a terminé de me fouler sur le sol, c’est l’heure de choisir les chaussures. Ce n'est pas trop tôt !

 

11.00 – «Qu’est-ce que on choisi... les talons rouges ou noirs, avec un nœud de côté ou avec une boucle laqué»...

 

12.00 – « Ma cherie ! C’est pour demain !? Mais enfin met ces Converses et vas-y, vas-y ! Tu n’a pas d’heure !»

 

13.00 – Aie ! Ouille ! Parfait ! Génial ! Elle a eu la présence d'esprit de mettre les chau plus incommodes, plus étranglées. Hé là ! Et remarquez-le, c’est toujours comme ça ! Oh, je suis une petite et pauvre chaussette !

[27/11/12 22:10:31] Camille: le premier fait très comptine

[27/11/12 22:10:56] Bertille Hollebecque: j'adore la chronologie de la version 2, et en ce qui concerne la version 1 j'ai aussi toujours pensé que mes chaussettes jouaient à cache-cache

[27/11/12 22:11:19] Clémentine Lamendin: depuis quand les chaussettes on un sens?

[27/11/12 22:11:27] Clémentine Lamendin: (ont*)

[27/11/12 22:11:54] Bertille Hollebecque: il pourrait aussi s'agir d'idées politiques, ce serait assez drôle

[27/11/12 22:12:23] Olivier Bleys: Il y a deux grandes qualités dans ces textes. Le premier a un talent de situation. Imaginer que les chaussettes jouent à cache-cache dans le linge sale, entre elles et avec leur propriétaire, c'est très drôle. Le second texte est structuré autour d'une chronologie, ce qui aide la lecture et structure le récit.

[27/11/12 22:12:36] Olivier Bleys: Je ressens beaucoup d'humour et d'énergie.

[27/11/12 22:12:51] Florian Baroghel: On remarque rapidement que ce n'est pas écrit par un homme : ça ne parle pas de chaussettes trouées ! Sinon, on voit encore une fois apparaître une ambivalence de sentiments : l'attachement profond à son "frère" chaussette et l'agacement ressenti face à la femme qui ne sait pas différencier une chaussette gauche et une chaussette droite ! (A vrai dire, moi je fais la différence grâce aux trous dans mes chaussettes !)

[27/11/12 22:13:14] Bertille Hollebecque: ah toi aussi...

[27/11/12 22:13:18] Olivier Bleys: @Clémentine : en effet, les chaussettes n'ont pas de sens, mais le faire croire, c'est drôle !

[27/11/12 22:13:46] Olivier Bleys: @Bertille : je pense que l'allusion politique dans le texte 1 est volontaire.

[27/11/12 22:13:54] Clémentine Lamendin: Oui bien sûr! Ces textes font preuve de beaucoup d'humour

[27/11/12 22:14:12] Bertille Hollebecque: c'est aussi ce que je pensais, mais je n'étais pas tout à fait sûre

[27/11/12 22:14:40] Bertille Hollebecque: en tous cas comme tout le monde, je trouve que les deux textes sont très drôles, chacun à sa manière

[27/11/12 22:15:18] victoire stahl: j'aime aussi beaucoup l'humour des deux textes et la chronologie du 2

[27/11/12 22:16:32] Olivier Bleys: Le fait de traiter un objet double (en théorie, avant leur passage en machine) n'est pas neutre. Cela crée une dialectique. Ici, le choix a été d'imaginer des chaussettes complices, frère et sœur. Mais l'on pouvait aussi dépeindre des chaussettes rivales, qui prétendent l'une et l'autre à la suprématie, affirment que le pied droit vaut mieux que l'autre — et inversement, etc.

[27/11/12 22:16:33] Florian Baroghel: J'imagine très bien, pour le premier texte, la maîtresse de maternelle qui raconte l'histoire en mimant le comportement des chaussettes ! Ou le gamin de CP ou CE1, qui, après avoir lu le livre, regarde ses pieds et se demande quelle est la chaussette qui se cache sous le lit !

[27/11/12 22:17:09] Olivier Bleys: @Florian : très bons textes, aussi, pour un théâtre de marionnettes

[27/11/12 22:17:20] Olivier Bleys: … pas besoin de costumes compliqués !

[27/11/12 22:17:52] Florian Baroghel: Faciles à coudre !

[27/11/12 22:18:02] Florian Baroghel: (Enfin, je m'avance peut-être un peu !)

[27/11/12 22:18:47] Olivier Bleys: Comment ? Je pensais que vous apparteniez à une génération qui ne reprisait plus ses chaussettes ! Depuis longtemps, ces objets subissent l'obsolescence programmée !

[27/11/12 22:18:58] Olivier Bleys: Bon, il faut qu'on avance…

[27/11/12 22:19:59] Olivier Bleys: Texte 6  (*)

[27/11/12 22:20:07] Olivier Bleys: Le mouchoir en papier

 

Version 1 : 

Etre mouchoir en papier, quelle drôle d’affaire ! A la différence du mouchoir en tissu, je suis plié et empaqueté avec d’autres de mon espèce. Serrés, compressés, il nous faut attendre chacun notre tour. Mais quand arrive le moment de sortir de notre sachet, quelle angoisse ! Impossible de savoir dans quel but nous allons être utilisés. On nous dit de nature à nettoyer les narines, mais certains d’entre nous peuvent finir totalement traumatisés. Mon ancien voisin de gauche a fini sur une table, on raconte qu’il a dû absorber toute une marre de jus d’orange. Nous n’avons retrouvé de lui qu’une pâte molle et humide. 

Version 2 : 

Difficile de mettre les mots sur la précarité de ma situation. Fait de cellulose, je ne suis qu’un vulgaire mouchoir en papier. L’éclat de ma blancheur originelle est prédestiné à un triste sort, la rectitude de mes traits n’est que rarement reconnue. Sitôt sorti de mon étui et dégagé de mes autres homologues que l’on me triture, défigure. Souillé, entaché de je ne sais quelle substance visqueuse, je suis rapidement rejeté et abandonné. Ainsi n’ai-je pour sépulture que le fond d’une corbeille, qui bientôt me recrachera parmi d’autres ordures. On ne vous laisse à peine le temps d’exister, tel est la destinée du mouchoir en papier.

[27/11/12 22:21:45] Clémentine Lamendin: Y-a-t-il au moins toujours quelques participants?

[27/11/12 22:21:54] Bertille Hollebecque: pour moi il n'y a pas de différence significative entre les deux versions, la première est peut-être un peu compliquée pour des enfants

[27/11/12 22:22:01] Olivier Bleys: La fin du premier texte est assez suspendue. Il manque peut-être une phrase pour cerner le sujet. Le second texte, à l'inverse, boucle bien.

[27/11/12 22:22:17] Olivier Bleys: @Clémentine : d'après mon tableau de bord, il reste six personnes.

[27/11/12 22:22:31] Camille: je suis d'accord avec Bertille, les deux textes sont très proches

[27/11/12 22:23:06] Camille: et la fin du second texte est effectivement bien, avec la rime

[27/11/12 22:23:18] Olivier Bleys: @Clémentine : après celui-ci, il restera deux textes à aborder. Nous pouvons arrêter ici mais, pour ma part, ça me semble mieux de poursuivre jusqu'à la fin. Une vingtaine de minutes encore, je pense.

[27/11/12 22:23:58] Florian Baroghel: Je suis assez d'accord avec Bertille, je trouve que la structure des phrases du premier texte est légèrement complexe pour des enfants même si elles sont courtes. Cependant les deux versions retracent bien les inquiétudes du mouchoir en papier quant à son avenir, et parfois, les situations assez... écoeurantes dans lesquelles il se retrouve !!

[27/11/12 22:24:16] victoire stahl: encore un objet mécontent de sa condition. Je préfère le premier texte, il est plus émouvant et on peut plus facilement imaginer une histoire malgré le coté un peu inachevé

[27/11/12 22:24:32] Екатерина: J'ai l'impression aussi que le premier texte est un peu difficile pour des enfants

[27/11/12 22:24:52] Florian Baroghel: J'aurais bien imaginé une fin au premier texte dans le style : "Ah, c'est mon tour ! Pardon, mais je dois vraiment y aller !"

[27/11/12 22:25:11] Bertille Hollebecque:  j'aurais bien vu le mouchoirs racontant que certains de ses copains ont été traumatisés dans la version pour adultes, vu les interprétations auxquelles cette phrase peut donner lieu

[27/11/12 22:25:18] Olivier Bleys: En effet, comme plusieurs d'entre vous l'ont remarqué, il y a peu de différence entre les deux textes, du point de vue de la langue. Des mots comme " empaquetés " ou " traumatisés " dans le texte 1 peuvent sembler difficiles pour des enfants. En revanche, les situations reflètent une grande imagination et beaucoup d'empathie.

[27/11/12 22:25:33] Olivier Bleys: @Florian : bien vu !

[27/11/12 22:26:38] Olivier Bleys: Ce qui est finaud, dans le traitement de cet objet, c'est l'idée de série — que la proposition de fin de Florian exploite intelligemment. Les mouchoirs sont nécessairement plusieurs, c'est une foule serrée dans un paquet. Ce qui engendre soit la haine, soit la solidarité (elle domine ici).

[27/11/12 22:27:04] Olivier Bleys: Nous avons eu un objet double, voici un objet multiple. Toute la gamme est exploitée !

[27/11/12 22:28:41] Olivier Bleys: La présence du " nous " dans la premier texte fait mouche. Je regrette, en revanche, celle du " vous " dans le second — " on vous laisse à peine le temps d'exister ". Le point de vue devient extérieur.

[27/11/12 22:30:59] Florian Baroghel: Il y a quelque chose qui vient de me frapper (figurativement) : aucun des textes ne joue sur les sonorités

[27/11/12 22:31:04] Olivier Bleys: J'ai un peu de difficulté à expliquer pourquoi, mais une phrase comme : " Ainsi n’ai-je pour sépulture que le fond d’une corbeille, qui bientôt me recrachera parmi d’autres ordures. " me paraît irréprochable, très expressive, idéalement construite — tandis qu'une autre comme " L’éclat de ma blancheur originelle est prédestiné à un triste sort, la rectitude de mes traits n’est que rarement reconnue. " sent l'effort, la volonté d'écrire littérairement, et devient, à mon sens, peu intelligible.

[27/11/12 22:32:07] Florian Baroghel: Alors que ça pourrait être très utile dans les textes pour enfants, pour associer l'objet à un son, et dans les textes pour adultes afin de faire ressortir un sentiment

[27/11/12 22:32:33] Olivier Bleys: @Florian : en effet, le sujet domine sur le travail autonome de la langue. Pas de rimes, peu de calembours. Mais c'est peut-être mieux ainsi. Je ressens, dans l'ensemble des textes, une attention sincère à l'objet (donc à l'exercice), un effort d'empathie.

[27/11/12 22:32:55] Olivier Bleys: Se mettre à la place du mouchoir, des chaussettes, du cendrier…

[27/11/12 22:34:01] Olivier Bleys: Mais, s'agissant du texte pour les enfants, cette dimension-là aurait en effet pu être exploitée. Les auteurs pour enfants font assez régulièrement usage d'onomatopées, par exemple (clic ! clac ! slurp !…).

[27/11/12 22:35:06] Olivier Bleys: Passons au texte suivant ! Il se fait tard, j'ai peur que vous désertiez ou sombriez dans vos révisions…

[27/11/12 22:35:32] Clémentine Lamendin: Oui je tombe de fatigue personnelement..

[27/11/12 22:35:38] Olivier Bleys: Texte 7  (*)

[27/11/12 22:35:39] Olivier Bleys: «Miroir» (pour les enfants)

 

     Salut, mes amis! Je m’appelle «Miroir» et j’ai à declarer que rien n’échappe à moi car j’ai l’habitude de copier tous vos gestes, vos émotions, votre allure. Ma vie est pas facile car parfois je suis votre meilleur ami, les autres jours je suis le pire ennemi pour vous, même si je fais que refléter vous-mêmes sans cachant un moindre détail. Les fois quand vous êtes à l’aise avec vous mêmes vous fixez du regard sur moi mais le truc c’est que vous êtes capables de voir que vous, heureux, mais si vous êtes pas agréables à vous-mêmes même un coup d’oeil rapide sur moi vous rend tristes ou vexés car vous voyez que toute la vérité avec tous les défauts qui existent. La pire chose pour moi c’est que je suis incapable de regarder sur moi-même puisque j’étais conçu comme ça et je ne sais pas du tout quels défauts j’ai pour les corriger.

 

 

«Miroir» (pour les adultes)

 

        Je suis vieux comme un monde mais par contre je suis puissant bien que ma puissance est subtile, tellement légère et pas du tout insistante que même une moindre idée ne vient pas dans vos têtes effectivement que c’est de moi dont votre attitude à un jour commencé dépend, c’est moi qui vous encourage ou décourage parce que moi je suis un seul intermédiaire dans ce monde qui qui vous faites rencontrer avec vous-mêmes, face-à-face, pas dans vos pensées où vous pouvez être indulgents et même mentir à vous-même mais en réel environnement ou vous fixez les yeux à travers de moi sur vos yeux qui sont comme on sait à leur tour de petits miroirs de votre âme au dedans desquels vous lisez toute la vérité même si c’est insupportable pour vous. Ca arrive que je reçois des bisous de vous mais parfois des coups de poing car c’est comme ça que vous pouvez répandre à l’extérieur toutes vos émotions brûlantes en vous après que votre regard les a bien attrapé au fond de votre âme. Rien ne m’échappe, rien.

[27/11/12 22:35:52] Clémentine Lamendin: (personellement*)

[27/11/12 22:35:55] Olivier Bleys: @Clémentine : c'est bientôt fini !  :)

[27/11/12 22:36:49] Olivier Bleys: … personnellement. Il en faut, des consonnes, pour être une personne en français !  (chuckle)

[27/11/12 22:37:03] Clémentine Lamendin: ouuuups

[27/11/12 22:37:05] Olivier Bleys: Plongeons-nous dans le miroir…

[27/11/12 22:37:29] Florian Baroghel: Ce qui me dérange ici, c'est la longueur des phrases

[27/11/12 22:37:44] Clémentine Lamendin: Les phrases sont bien trop longues en 1

[27/11/12 22:37:54] Bertille Hollebecque: l'idée du miroir qui reproche à ses utilisateurs de ne pas le voir est intéressante, c'est qu'on ne regarde jamais un miroir

[27/11/12 22:38:17] Florian Baroghel: Cela donne un effet brouillon qui pourrait être intéressant sur un... cahier de brouillon, mais alors que les textes font l'apologie de la netteté du miroir, je trouve ça gênant

[27/11/12 22:38:46] Florian Baroghel: Le point de vue est en revanche intéressant

[27/11/12 22:38:52] Camille: les phrases du 1 sont bien trop longues oui

[27/11/12 22:39:08] Camille: et la réflexion est intéressante

[27/11/12 22:39:16] Florian Baroghel: Les gens pensent trop souvent à tort qu'ils se voient dans un miroir alors que c'est le miroir qui les montre !

[27/11/12 22:39:18] Clémentine Lamendin: Très honnêtement plus il se fait tard, moins je comprends les textes

[27/11/12 22:39:47] Olivier Bleys: Si vous voulez, nous pouvons suspendre la séance ? J'ignore quelle journée vous avez eue, les uns et les autres.

[27/11/12 22:40:11] Camille: il reste combien de texte ?

[27/11/12 22:40:20] Florian Baroghel: S'il ne reste qu'un texte après celui-là, je serais plutôt d'avis de terminer, afin de pouvoir entamer quelque chose vendredi

[27/11/12 22:40:26] Olivier Bleys: @Camille : un texte après celui-ci, oui.

[27/11/12 22:40:35] Olivier Bleys: Je suis également d'avis de terminer.

[27/11/12 22:40:45] Camille: s'il n'en reste qu'un, autant finir ce soir !

[27/11/12 22:40:59] Florian Baroghel: (Après, je suis un animal nocturne, et mon cendrier est là pour me tenir réveillé, donc mon point de vue est quelque peu subjectif !)

[27/11/12 22:41:01] Bertille Hollebecque: d'autant que vendredi j'ai unprojet à vous proposer pour le festival de la création

[27/11/12 22:41:21] Clémentine Lamendin: Ne suspendez rien du tout, je vais simplement me retirer. Je rattraperai plus tard! Bonne soirée et à vendredi

[27/11/12 22:41:44] Florian Baroghel: Bonne nuit, repose-toi bien :)

[27/11/12 22:41:46] Olivier Bleys: @Clémentine : bonne fin de soirée, Clémentine !

[27/11/12 22:42:04] Bertille Hollebecque: bonne nuit clémentine

[27/11/12 22:42:17] victoire stahl: Bonne nuit clémentine

[27/11/12 22:42:53] Olivier Bleys: Sur les miroirs… La longueur des phrases gêne un peu la lecture, en effet. Dans le premier texte, destiné aux enfants, c'est vraiment un souci à corriger. Les enfants risquent de ne pas comprendre. En revanche, dans le second, ce peut être un parti-pris. Il y a un effet d'écho, de dispersion entre les phrases qui évoque assez bien le vertige du palais des glaces, quand des miroirs se faisant face plongent le " spectateur " dans un abîme visuel sans fond. J'ignore si l'effet était cherché, mais pourquoi pas ?

[27/11/12 22:43:45] Florian Baroghel: Afin de garder les phrases assez claires, il faudrait alors jouer sur la pnctuation, comme un instrument de direction dans ce dédale de miroires (selon moi)

[27/11/12 22:43:51] Florian Baroghel: ponctuation*

[27/11/12 22:43:56] Florian Baroghel: miroirs*

[27/11/12 22:44:08] Florian Baroghel: roh, je cumule, désolé !

[27/11/12 22:44:15] Olivier Bleys: En tout cas, dans les deux textes, les miroirs sont inquiétants, sorciers, mystérieux. Certaines phrases sont proches de l'incantation magique.

[27/11/12 22:44:27] Olivier Bleys: Ça marche assez bien, de ce point de vue.

[27/11/12 22:45:05] Olivier Bleys: Mais je pense que l'auteur a voulu loger trop de sens dans ses textes, en mettant l'objet matériel de côté. J'avais formulé la même remarque pour le livre.

[27/11/12 22:45:54] Florian Baroghel: C'est vrai qu'on imagine ce miroir comme un grand miroir dans un cadre en or artistiquement travaillé, avec des inscriptions ou des personnages incrustés !

[27/11/12 22:46:50] Olivier Bleys: Pour rendre ce miroir plus " humain ", faire parler les sens peut être indiqué. Le toucher froid des miroirs, par exemple, m'a toujours intrigué.

[27/11/12 22:47:51] Olivier Bleys: Le second texte m'évoque un monologue de théâtre, un soliloque fiévreux. Je le verrais bien déclamé sur scène. Alors, sa relative confusion gênerait moins, car le comédien pourrait placer les accents où il faut.

[27/11/12 22:47:53] Florian Baroghel: J'aime beaucoup le "rien ne m'échappe, rien", car les miroirs nous suivent toujours des yeux ! C'est inquiétant !

[27/11/12 22:48:04] Bertille Hollebecque: personnellement je vois le miroir comme un objet froid, vu sa fonction sa personnalité est difficile à distinguer

[27/11/12 22:48:14] Olivier Bleys: @Florian : oui, cette phrase est très belle. Elle fait froid dans le dos.

[27/11/12 22:48:24] Bertille Hollebecque: ce qui rejoint un peu l'aspect inquiétant

[27/11/12 22:49:08] Florian Baroghel: On ne peut connaître les gens (et par extension les choses) qu'en les regardant profondément et sincèrement ! Comment connaître un miroir lorsque l'on ne voit que soi-même ?

[27/11/12 22:49:16] Olivier Bleys: @Bertille : généralement, les miroirs font peur ; et, quand ils reflètent une belle image, toujours s'y attache l'idée de provisoire.

[27/11/12 22:50:35] Olivier Bleys: @Florian : on ignore si les miroirs nous reflètent nous-mêmes, ou mettent en scène un sosie parfait. J'ai vu récemment un vieux film de Max Linder où, pour cacher le bris d'un miroir auquel il tenait beaucoup, des domestiques miment les gestes de leur maître qui croit s'y refléter. Scène burlesque magnifiquement interprétée.

[27/11/12 22:50:56] Olivier Bleys: Le dernier texte arrive !

[27/11/12 22:51:00] Bertille Hollebecque: je note l'idée pour l'atelier théâtre ;)

[27/11/12 22:51:44] Olivier Bleys: @Bertille : attention, c'est du costaud ! Je n'ai jamais vu une telle performance d'acteur de ma vie. J'ignore si ce petit film est sur You Tube, mais il est projeté actuellement dans certaines salles (parisiennes, hélas) dans le cadre d'un cycle Max Linder.

[27/11/12 22:52:35] Olivier Bleys: Youpi ! http://www.youtube.com/watch?v=wlEt1VkAiqk

[27/11/12 22:52:42] Olivier Bleys: Mais la qualité ne paraît pas très bonne

[27/11/12 22:53:12] Bertille Hollebecque: le film doit être empruntable quelque part (à la bu de bordeaux 3 par exemple)

[27/11/12 22:53:21] Olivier Bleys: Peut-être… à essayer.

[27/11/12 22:53:31] Olivier Bleys: Attention, les deux derniers textes sont assez longs. Les voici !

[27/11/12 22:53:50] Olivier Bleys: Texte 8  (*)

[27/11/12 22:53:51] Olivier Bleys: Il existe un territoire lointain, peut-être pas si lointain que ça, mais où travaillent des personnes qui y réalisent des merveilles. L’atmosphère y est souvent brumeuse, pleine de fumées aux différentes nuances de gris. Le plus impressionnant, ce sont les odeurs, agréables ou non. Elles sont très variées, toujours différentes. Sucrées, salées, épicées, elles se mélangent pour former dans votre tête l’image de mille et un délices. Dans ce pays, on ne manque jamais de rien, quel que soit l’endroit où les yeux se posent, ils y rencontrent fruits, légumes et pâtisseries. Il arrive bien sûr que vous ne puissiez pas les atteindre, mais les habitants de ces terres sont si serviables qu’à force de sourires et de patience, l’un d’eux acceptera bien vite de vous aider. Cet endroit, c’est là où moi et mes compagnons habitons depuis longtemps, travaillant en harmonie pour créer odeurs et saveurs qui enchanterons vos cinq sens. Ce lieu, c’est la cuisine, et je fais partie de la famille des fours. C’est à nous que vos parents confient la tâche de faire dorer les pommes de terre et faire croustiller les tartes dont vous allez bientôt vous régaler.

Nous sommes fiers de faire ce travail, d’aider les gens à manger de bonnes choses. Beaucoup considèrent que nous sommes les seigneurs de ces terres, ceux à qui on ne fait appel que pour les occasions spéciales : gâteau d’anniversaire ou rôtis pour le repas de famille. Ils ont raison, depuis que nous avons sous nos ordres les petits micro-ondes, nous préférons leur laisser faire les travaux du quotidien. Hélas, ce n’est pas tout à fait mon cas. Bien sûr, j’habite dans un pays qui ressemble à celui que je viens de vous décrire, et où je fais le même travail. Mais pas exactement le même. Moi, je dois aider un étudiant, et sa cuisine ne contient pas autant de merveilleuse nourriture que ce que l’on peut trouver ailleurs. Pas de plateaux de fruits, plutôt des plats à pizza. Les fumées qui remplissent la pièce à l’heure des repas ont toujours les mêmes odeurs de pâte, de tomates et de fromage mêlées. 

Ça pourrait être très drôle à faire, c’est vrai. Je suis sûr que comme tout le monde, vous adorez croquer dans ces parts fondantes à la bordure croquante. Mais quand on ne respire que cette odeur à longueur de journée, je vous assure que les goûts changent. Encore, si c’était des vraies pizzas, vous savez, celles qui sont tellement meilleures simplement parce qu’on les a faites soi-même. Mais non. Ce sont toujours des pizzas toutes simples, sans saveur et à l’odeur de plastique, qui laissent couler du fromage partout quand elles cuisent et ne savent jamais s’arrêter à la bonne température, se transformant souvent en bout de bois brûlé. C’est mon devoir, donc j’accomplis quand même cette tâche de mon mieux, mais c’est vrai, souvent, je me surprends à rêver de tartes aux poireaux et de gratins de carottes, espérant un jour pouvoir remplir ce petit pays culinaire de nouvelles senteurs.

[27/11/12 22:53:55] Olivier Bleys: …

[27/11/12 22:54:06] Olivier Bleys: Je me dois bien de reconnaitre que la vie des membres de ma classe n’est que peu éprouvante. Nous sommes en quelque sorte montés en gamme depuis l’apparition de nos cousins, les fours micro-ondes. Ils sont plus proches du peuple, plus facile à employer. Notre usage demande un certain art, et si nous servions avant à aider à la finalisation de toutes sortes de plats, nous ne confectionnons à présent que des nobles plats. Pendant que nos petits cousins s’occupent du réchauffage de soupes, plats cuisinés et divers autres tâches peu glorieuses, nous sommes devenu les maestros de la haute gastronomie et ne servons qu’en de grandes occasions. C’est à nous que les ménagères confient le gratin de leurs plats : charlotte, pommes monseigneur, nous magnifions toutes ces saveurs délicieuses par une lente cuisson contrôlée qui répand dans les pièces une multitude de parfums sucrés et épicés. Instruments indispensables à tout grand chef cuisinier, nous trônons fièrement dans les cuisines, objets respectables et respectés qui permettent la confection de plats originaux et savoureux.

C’est une belle vie que mènent mes semblables. Cette position supérieure est parfaitement justifiée par nos multiples talents, elle ne fut point usurpée au détriment de nos camarades à micro-ondes dont les talents, présents mais simplement différents, ne les destinaient pas au même usage. Hélas, certaines personnes n’ont pas réalisé cela et certains des membres de ma caste sont réduits à pratiquer de basses missions. Mais qui sont ces personnes incultes qui n’ont pas compris que notre maitrise ne doit servir qu’à sublimer et achever des plats élaborés par des grands chefs étoilés ou à la limite par des ménagères compétentes et attentives ? Cela me semble évident, seule une catégorie de personnes peut passer à côté d’une telle évidence à cause d’une flagrante ignorance des choses de la vie : les enfants. Ou plus précisément une certaine partie d’entre eux qui, sous prétexte qu’ils vivent seuls, sont considérés comme un peu supérieurs aux jeunes ignorants. On les appelle les étudiants et je reconnais qu’ils devraient en effet se pencher avec une attention décuplée sur leurs études afin  d’être en mesure de comprendre des choses aussi simple s que les usages réservés à tel ou tel élément ménager. N’allez point penser que je m’emporte ainsi sans preuve, je sais parfaitement quels travaux dégradants ils nous font faire. Comment cela ? Et bien… oui, je le reconnais, je subis ce sort funeste. Au lieu d’une grande demeure chaleureuse où j’aurais pu coupler mes talent avec le cuisinier de la famille, je me suis retrouvé prisonnier d’un appartement à peine plus grand que ma personne, et où le seul aliment que j’aurais jamais l’honneur de faire cuire est une pizza surgelée antédiluvienne provenant d’une quelconque grande surface des environs.

Entendons-nous bien : je n’ai absolument rien contre la pizza, qui est sans conteste un aliment aussi noble que les tartes et autres pâtisseries, tant qu’elles sont préparées à la main comme tout plat digne d’être posé sur une table. J’aurais, très sincèrement, adoré qu’un pizzaiolo reconnu me confie la mission de faire cuire ses œuvres avec soin pour qu’elles puissent être distribuées à l’apogée de leur saveur à des clients qui auraient su prendre le temps de déguster et d’apprécier notre travail. Mais le travail qui m’échoit aujourd’hui est aux antipodes de ce rôle glorifiant. Je me suis déjà plaint de la médiocre qualité de cette parodie d’aliment fabriqué à la chaine. Obliger un instrument aussi noble que moi à s’occuper de la cuisson d’une telle chose est déjà une insulte en soi. Mais le plus dégradant n’est pas d’avoir à préparer cette basse production industrielle, c’est que cet « étudiant » s’évertue à m’empêcher de mener correctement cette simple tâche à bien. Je ne vais pas m’étendre sur la capacité d’attention très limitée de cet individu qui le conduit à omettre différentes étapes du processus de cuisson, me mettant ainsi dans des situations fort peu agréable quand il oublie de m’éteindre ou abandonner une portion non consommée sur mes grilles, répandant partout fromage et autres substances qui ne devraient jamais toucher mon brillant métal. Ce simulacre de cuisinier ne possède pas non les compétences intellectuelles minimum nécessaires pour parvenir à réguler une cuisson et se retrouve bien souvent à devoir se contenter d’une pizza encore pour moitié surgelée ou d’une part noircie dont le fumet laisse à supposer que son goût doit être proche de la saveur du charbon, me privant ainsi de la seule satisfaction que j’aurais pu espérer de mon triste destin : avoir fait un bon travail.

[27/11/12 22:56:27] Olivier Bleys: J'aime beaucoup le début du texte pour les enfants (le premier). Il est à la fois allusif, nuancé et très précis ; à la fois général et détaillé. On ne comprend pas aussitôt de quoi il s'agit, mais cela, me semble-t-il, ne gêne pas la lecture.

[27/11/12 22:57:54] Olivier Bleys: Par ailleurs, les sens sont très présents, les sensations joliment rendues. Une certaine poésie se dégage de ces premières lignes. Il me semble que la suite est moins cohérente. Du moins le registre de l'humour, où bascule le texte, me paraît-il moins original et moins ambitieux.

[27/11/12 22:58:34] Florian Baroghel: Ces textes sont effectivement longs ! Et, comble de l'ironie, je n'ai pas de four chez moi !

[27/11/12 22:58:55] Olivier Bleys: Ces deux textes, quoi qu'il en soit, demanderaient à être ramassés, élagués. Les idées sont là, le style aussi par endroits, mais il faut faire un effort de concision !

[27/11/12 22:59:02] Bertille Hollebecque: je trouve que le premier texte est parfois un peu compliqué pour des enfants, par contre j'aime beaucoup l'allusion aux micro-ondes

[27/11/12 22:59:08] Olivier Bleys: Sinon, les bonnes idées se diluent…

[27/11/12 22:59:19] Florian Baroghel: Enfin, je trouve que ces textes sont très bien écrits, très travaillés pour rendre le regard quelque peu aristocratique du four

[27/11/12 22:59:40] Bertille Hollebecque: c'est vrai, on sent qu'il a de l'ambition

[27/11/12 22:59:56] Florian Baroghel: Pour le premier texte, je pense qu'il serait trop compliqué pour que des enfants le lisent, cependant, je pense qu'ils prendraient un grand plaisir à l'entendre lire

[27/11/12 23:00:55] victoire stahl: La répétition du mot "plat" au début du deuxième texte m'embête un peu, mais peut'être qu'elle est volontaire. Je préfère le premier texte pour l'évocation des sens, mais il est peut'être un peu compliqué pour des enfants.

[27/11/12 23:02:28] Olivier Bleys: Oui, j'insiste, le premier texte commence très bien. Les formules qu'il emprunte aux contes, le climat de magie qu'il sait installer, sont conformes à la dimension alchimique de toute cuisine, et singulièrement du four - athanor.

[27/11/12 23:03:17] Olivier Bleys: Il aurait fallu rester sur ce registre, et laisser la comparaison avec les micro-ondes au second texte uniquement.

[27/11/12 23:03:23] Olivier Bleys: Elle est très drôle.

[27/11/12 23:03:31] Olivier Bleys: … mais un peu encombrante, dans le premeir.

[27/11/12 23:03:34] Olivier Bleys: (premier)

[27/11/12 23:04:06] Florian Baroghel: Je m'attendais, après les premières phrases du premier texte à voir suivre la description d'un frigo : le "royaume merveilleux" à mon sens y correspond plus, mais la position du four en tant que régisseur de ce royaume est excellente, je pense que je n'y aurais jamais pensé (n'ayant pas de four grr !)

[27/11/12 23:05:05] Bertille Hollebecque: @florian d'autres n'ont pas de micro-ondes et laissent les tâches ingrates à leur four, le pauvre

[27/11/12 23:05:38] Florian Baroghel: Oui, vu sous cet angle, je devrais être adulé par tous les fours !

[27/11/12 23:05:46] Olivier Bleys: Tous les auteurs ont une façon différente d'aborder l'écriture, des forces et des faiblesses. Ici, l'auteur doit selon moi fournir un effort de structuration, donc de synthèse. Je pense, pour le second texte en particulier, que l'établissement d'un plan aurait été utile.

[27/11/12 23:07:46] Olivier Bleys: … cependant, l'hypothèse d'un four très bavard, dont la bouche / porte claque en permanence, est aussi recevable ! Cela expliquerait la logorrhée intarissable du texte n° 2 !

[27/11/12 23:08:15] Olivier Bleys: Mais alors, cela doit s'entendre. Un four-pipelette doit manier un style bien à lui !

[27/11/12 23:09:12] Florian Baroghel: C'est dommage que ce soit UN four, car sinon, il aurait pu être une mégère, de celles qu'il ne faut pas lancer sur "l'éducation des jeunes, les gens qui ne savent pas se garer, le prix de la viande et des fruits, la nouvelle coiffure de la voisine, le chien du voisin d'en face qui aboie à onze heures du soir" et j'en passe !

[27/11/12 23:10:30] Olivier Bleys: Oui, il y a de la mégère dans ce personnage. Et aussi une morgue quasi-aristocratique, le four ancestral qui toise le micro-ondes, emblème vulgaire de la modernité.

[27/11/12 23:10:47] Olivier Bleys: … affrontement relayé par le duel pizza / bons petits plats

[27/11/12 23:11:47] Florian Baroghel: Ce serait drôle d'y voir apparaître le côté nostalgique du "c'était mieux avant" lorsque seul le four à pain existait, que seuls les boulangers et autres professionnels pouvaient l'utiliser

[27/11/12 23:12:11] Olivier Bleys: En effet, le four du temps où seuls les professionnels en avaient l'usage.

[27/11/12 23:12:32] Olivier Bleys: Il peut sembler étrange qu'on ait mis cet objet dangereux entre toutes les mains.

[27/11/12 23:12:52] Bertille Hollebecque: ou que certains mettent leurs mains dessus...

[27/11/12 23:13:00] Olivier Bleys: Cette même pensée s'appliquerait aux automobiles. Au début, seuls des pilotes formés et qualifiés s'emparaient du volant !

[27/11/12 23:15:11] Olivier Bleys: Bon, les amis, il se fait tard. Nous n'avons pu consacrer le même temps à tous les textes, mais du moins avons-nous abordé et commenté tous ceux que j'ai reçus. C'est une bonne chose ! Si vous trouvez le temps, n'hésitez pas à reprendre légèrement vos créations selon les commentaires émis par les uns ou les autres. Ce sera tout à l'avantage de votre publication commune. Je vous souhaite une bonne nuit et espère vous retrouver vendredi après-midi…  (wave)

[27/11/12 23:15:22] Florian Baroghel: Au fur et à mesure des textes, j'ai une idée qui se forme depuis qu'on a parlé du débat des objets, et les différents objets présentés s'y incorporents plutôt bien : j'imagine l'appartement du maître de ces objets comme un bateau pirate, les membres d'équipage (les objets) s'apostrophant pour se plaindre ou défendre le capitaine qui n'y verrait que du feu et continuerait de privilégier ses préférés (le livre qui serait le second, le chariot qui serait le jeune mousse pour lequel le capitaine s'est pris d'affection) ou d'engueuler les mauvais matelots (le cendrier, la tasse) !

[27/11/12 23:16:25] Olivier Bleys: @Florian : à discuter ensemble, vendredi. En effet, nous pouvons imaginer une mise en scène collective qui réunisse les objets et donne une cohérence à ce cabinet de curiosités.

[27/11/12 23:16:29] Bertille Hollebecque: ce serait assez drôle, oui

[27/11/12 23:16:36] Florian Baroghel: Ce serait le début de la mutinerie organisée par le cendrier, la tasse et le four, qui ne s'entendent pas, mais ne supportent plus le capitaine, et commenceraient par se débarasser du livre qui est trop proche du capitaine.

[27/11/12 23:16:56] Bertille Hollebecque: sinon l'atelier arts plastiques a aussi une proposition dont je vous parlerai vendredi

[27/11/12 23:16:59] Florian Baroghel: Ce sont des idées jetées en l'air, mais si ça plaît !

[27/11/12 23:16:59] victoire stahl: bonne idée le bateau pirate

[27/11/12 23:17:32] Olivier Bleys: Bonne idée et bonne nuit ! A très vite…