Les séances de l'atelier d'écriture de Sciences Po

23 mars 2012

Séance virtuelle n° 8 du 22/03/12

Rappel séance antérieure

[ 21:36:05] Olivier Bleys: Bonsoir à toutes et à tous
[ 21:40:16] atelier_Antoine Beaur: Présent
[ 21:40:19] atelier_Antoine Beaur: Bonsoir
[ 21:40:22] atelier_Jim Charron: Présent
[ 21:40:25] atelier_Jim Charron: Bonsoir

[ 21:41:26] Olivier Bleys: Ce soir, je comptais lire et commenter avec vous les différents textes qui m'ont été livrés sur le thème de l'observation.
[ 21:41:44] atelier_Jim Charron: "vous tous" semble une notion bien vague ce soir
[ 21:42:05] Olivier Bleys: C'est vrai !
[ 21:42:24] Olivier Bleys: Mais bon, qu'il y ait foule ou pas, nous pouvons échanger quelques mots.
[ 21:42:36] atelier_Jim Charron: bien sur
[ 21:42:53] Olivier Bleys: Remettre cette conversation à une date ultérieure risquerait d'embrouiller tout le monde.
[ 21:43:12] Olivier Bleys: Enfin, merci et bravo à ceux qui sont là !  (happy)
[ 21:43:21] atelier_Antoine Beaur: merci
[ 21:43:29] atelier_Thomas LeGuennic: bonsoir
[ 21:43:34] Olivier Bleys: Bonsoir
[ 21:44:53] Olivier Bleys: Pour mémoire, les textes que nous allons lire et commenter se trouvent tous ici, sur le blog : http://eplosiontextes.canalblog.com/
[ 21:45:57] Olivier Bleys: Voici donc le premier :
[ 21:46:19] Olivier Bleys: A bord

Je viens de monter à bord de l'Airbus 777-400 d'Air France qui va me ramener sous les tropiques, loin de mon amour, loin de ma famille...
Inconfortablement calée dans l'étroitesse du siège bleu 34L, mon estomac est noué, mes yeux humides, une moue triste et poisseuse trahit la douleur de m'envoler vers le soleil et les cocotiers réunionnais. Les gens m'observent, interrogateurs, ne comprenant sans doute pas ce qui peut motiver une telle morosité...
A ma droite, le hublot m'offre un dernier coucher de soleil parisien sur l'aile de l'avion maculée de salissures noires...orangé...scintillant...un peu réconfortant...
Mais qu'est ce que je fais dans cet avion ?
Devant moi, le petit écran qui va me divertir et me changer les idées pour les 10 prochaines heures projette l'image d'une femme jeune qui sourit dans son apparat de la compagnie. La tablette en dessous a l'air bringuebalant, le porte verre est cassé, de petites projections brunâtres de je-ne-sais-quoi me font songer que le ménage est plus que douteux et que l’appareil est vétuste...
Et si on s’écrasait ?
La pince qui ramène mes cheveux en arrière me gène pour me reposer sur l'appui tête lui aussi bleu...je la retire pour la clipper à l’anse de mon petit sac laissé à mes pieds, ramenant ainsi ma tignasse sur un visage fermé,  ce qui va peut être dissimuler mon chagrin...
Je veux descendre...je veux courir le retrouver...
Je reste assise, stoïque, figée, les deux bras sur les accoudoirs, attachée avec lâcheté pour être à l’aise, ma petite couverture beige et mon oreiller rouge offerts par la compagnie soigneusement posés sur mes genoux qui butent dans le siège devant...promenant mon regard du tarmac qui plonge peu à peu dans l’obscurité à mon annulaire gauche nouvellement embelli par mon amoureux à la dame de l’écran aux insolents qui m’entourent avant de retourner au tarmac…
 Tiens, mon jean est troué à droite…ça fait négligé…
Les larmes s'arrêtent pour reprendre de plus belles, incontrôlables…
Heureusement que je ne me suis pas maquillée…quelle anticipation !
...alors qu'autour de moi, c'est l'effervescence d'un grand départ pour l'aventure pour les uns, d'un grand retour à la maison pour les autres...
Et moi, pourquoi je suis là ? Pourquoi je m'envole vers cet inconnu désespérément familier ? A quoi ça rime ?
A ma gauche, le siège est vide. Maigre consolation que de pouvoir étendre mes jambes pendant le voyage...La dame du bout de la rangée en a l'air ravi et y expose ses deux gros sacs, ses journaux et son gilet en me souriant gentiment.
[ 21:46:31] Olivier Bleys: Merci de prendre quelques minutes pour le lire
[ 21:48:42] atelier_Antoine Beaur: Je l'ai lu, et trouvé plutôt intéressant, mais je ne sais pas si le thème de l'observation était tout à fait adapté à l'évenement narré
[ 21:49:34] Olivier Bleys: Je comprends ta remarque, Antoine, mais l'excès de détails participe selon moi de l'angoisse distillée par le texte.
[ 21:49:51] atelier_Antoine Beaur: c'est vrai
[ 21:49:51] atelier_Jim Charron: je suis plutôt d'accord pour ce qui de l'observation mais j'ai bien aimé le côté "vrai", on ressent assez bien ce qu'elle ressent
[ 21:49:57] Olivier Bleys: On a le sentiment que le personnage cherche à s'accrocher à une réalité physique, qu'il puisse maîtriser, pour évacuer son angoisse
[ 21:50:31] Olivier Bleys: La phrase " et si on s'écrasait ? " par sa position médiane, au milieu du texte, et sa briéveté, a beaucoup d'impact
[ 21:50:35] Olivier Bleys: Elle m'a saisi à la lecture
[ 21:51:21] atelier_Antoine Beaur: effectivement, j'étais passé à côté
[ 21:51:53] atelier_Thomas LeGuennic: Oui c'est vrai pour le "Et si on s'écrasait ?" Par ailleurs, je trouve qu'il y a une forme d'analogie entre la "banalité" de l'environnement décrit (une cabine d'avion) et la banalité/famaliarité ("désesespérante") que le narrateur va retrouver et qu'il semble regretter.
[ 21:52:52] Olivier Bleys: Oui, thomas. C'est un texte aux nombreuses alternances : descriptions concrètes / évocations de sentiments et d'impressions ; ici que je quitte / là-bas où je vais ; moi / les autres, etc.
[ 21:53:54] Olivier Bleys: Je dois reconnaître qu'à la toute première lecture, ou plutôt à la lecture des toutes premières lignes, ça m'a semblé un peu bancal. J'étais peu convaincu par le style, par l'expression. En revanche, j'ai rapidement été saisi par l'efficacité du récit
[ 21:55:07] atelier_Thomas LeGuennic: Est-ce que le fait qu'il s'agisse d'une description signifie automatiquement que la description offerte soit "réaliste" ; je veux dire : est-ce que la description "à bord" est juste celle d'un avion ou d'un autre environnement, peut être élargie à un sentiment plus général (une sorte de métaphore…). Ou bien est-ce qu'élargir à ce point l'analyse sape toute force au récit ?
[ 21:56:01] Olivier Bleys: Il n'est absolument pas nécessaire que la description soit réaliste.
[ 21:56:54] Olivier Bleys: Au contraire, des détails incongrus glissés dans une description (objet qui ne devrait pas se trouver là, ou détail sur lequel le regard de l'auteur s'arrête inexplicablement) peuvent, de façon assez élégante, transmettre les impressions de l'auteur.
[ 21:58:39] Olivier Bleys: Sans quitter le domaine physique et sans y mêler aucun sentiment, aucune pensée, il y a mille façons de décrire un fauteuil d'avion, par exemple : mettez l'accent sur la ceinture et les consignes de sécurité, lues dans les moindres détails, et vous soulignerez l'angoisse du passager ; insistez sur le hublot ou le petit oreiller, vous suggérerez, au contraire, le plaisir qu'il prend à ce voyage
[ 21:58:59] Olivier Bleys: En résumé : une description n'est jamais neutre.
[ 21:59:09] Olivier Bleys: Ce texte, assez habile, permet de nous le rappeler.
[ 22:00:01] Olivier Bleys: Bon
[ 22:00:06] Olivier Bleys: Il est temps de lire autre chose…
[ 22:00:09] Olivier Bleys: Voici donc :
[ 22:00:24] Olivier Bleys: Les rayons de ce soleil de midi qui tombent droit devant moi m'éblouissent en glissant sur les dalles lisses de la rue Sainte-Catherine. Mon regard ainsi empli de lumière ne se retrouve que dans l'ombre de la massive arche de pierres, une porte, donnant sur la place de la Victoire. Mais à contrejour ce sont les soucis qui m'égarent — un repère est une ancre, il vous maintient solidement arrimé dans un présent qui n'est pas toujours assez long pour vous.
Lentement, en traînant les pieds, je me suis avancé dans le monde des responsabilités, où je sens peser sur moi, partout, à chaque pas, le spectre des choses à faire, et à refaire. Tout le paradoxe est contenu dans ce lieu, dans cette salle et ses ombres légères, ces tables à l'alignement strict, rectiligne, ce grand tableau noir et vide et ses quelques traits à la craie : nous cherchons à nous libérer l'esprit dans une prison. Mais au moins, le temps d'une heure, j'ai oublié.
Oublié que l'heure suivante j'allai y replonger. L'oubli. Ouvrez les écoutilles et emplissez-vous de lumière.
[ 22:01:39] Olivier Bleys: Il y a dans ce texte, me semble-t-il, une forme d'égarement
[ 22:01:43] Olivier Bleys: Egarement spatial, je veux dire
[ 22:01:55] Olivier Bleys: On ne sait précisément ce qui est décrit
[ 22:02:16] Olivier Bleys: Le cerveau, à la lecture, peine à se composer une image juste et proportionnée de ce que l'auteur veut dépeindre
[ 22:02:38] Olivier Bleys: Le lieu, finalement, n'apparaît qu'à la fin
[ 22:02:55] Olivier Bleys: J'entends, ne se révèle en vraies formes et vraies couleurs
[ 22:03:18] Olivier Bleys: Auparavant, nous oscillons entre intériorité et extériorité, monde physique et psychique parfaitement intriqués
[ 22:03:27] atelier_Thomas LeGuennic: Je trouve ce texte plus analytique (sans jugement de valeur). Il y a une forme d'évancescence. Une chose de me gêne : la généralisation du je ("il vous maintient", "nous cherchons"), qui force l'identification du lecteur au narrateur.
[ 22:05:36] Olivier Bleys: @Thomas. C'est un texte analytique et sensible à la fois.
[ 22:06:37] Olivier Bleys: L'auteur cherche à cerner ses impression et émotions au plus près et, ce faisant, peut-être sacrifie-t-il une part de l'élan, de la dynamique nécessaire du texte
[ 22:07:53] atelier_Thomas LeGuennic: À la relecture je trouve qu'il y a une forme de télescopage entre la géographie et les sentiments qui surgissent chez l'auteur (la progression de la rue St Catherine et la sienne dans l'existence). En même temps c'est peut-être l'effet produit par l'observation…
[ 22:08:39] Olivier Bleys: Oui, je crois que c'est volontaire.
[ 22:09:03] atelier_Antoine Beaur: la confusion spatiale traduit pour moi la confusion mentale du narrateur
[ 22:09:34] Olivier Bleys: Il faut toujours, me semble-t-il, avoir cela à l'esprit : un texte est une onde, un cours d'eau qu'une légère pente précipite vers aval. Si cette pente est trop faible, l'intérêt du lecteur diminue et, au pire, s'éteint. Si la pente est trop forte, on lit vite sans se laisser imprégner par les lieux, les sentiments, les personnages
[ 22:09:40] Olivier Bleys: C'est un équilibre délicat à trouver
[ 22:09:52] Olivier Bleys: Dans le texte que nous avons lu, la pente, me semble-t-il, est un peu faible
[ 22:10:05] Olivier Bleys: Par excès de précision ou de recherche, l'auteur ralentit la lecture
[ 22:10:11] Olivier Bleys: … et risque, éventuellement, de perdre ses lecteurs
[ 22:10:46] atelier_Antoine Beaur: en même temps, c'est plutôt court, le manque de pente n'est pas si décourageant
[ 22:10:57] Olivier Bleys: Bien sûr
[ 22:11:11] Olivier Bleys: Mais c'est la matière sur laquelle nous devons nous forger une opinion !
[ 22:11:21] atelier_Antoine Beaur: bien sur
[ 22:11:27] Olivier Bleys: Il est certains livres qui trouvent leur rythme à la page 100 !
[ 22:11:41] Olivier Bleys: La question : gardera-t-on le lecteur jusque-là ?
[ 22:12:07] atelier_Thomas LeGuennic: Peut-être qu'ici un des problèmes vient de ce que certaines phrases s'étirent jusqu'à s'effilocher.
[ 22:14:31] Observer. Figer le temps et l’espace sur une simple feuille de papier. Ciseler les alentours le regard alerte, chercher à magnifier le commun qui nous encercle. Flirter avec la finesse des tissus que portent nos voisins de table et humer l’air à la recherche d’un parfum qui provoquerait en nous l’irrépressible envie d’écrire. Observer, simplement. Sans un geste, sans une parole, juste les yeux rêveurs à l’idée de dénicher l’inspiration qui se terre sous la crasse des vitres abandonnées au temps qui passe. Sentir son cœur s’accélérer. Impatient, enragé d’être ainsi privé de tout autre effort que celui d’observer. Entendre son écho à l’intérieur de soi, ressentir son poids venir cogner contre notre poitrine et toujours, lui imposer le silence comme ordonnance. L’obscurité de la salle dicte une atmosphère glaciale presque religieuse que le bleu azur du ciel n’arrive que trop peu à compenser. Là, sur le tableau noir de la classe, la poussière de craie a dessiné au fil des phrases effacées à la brosse, de larges vagues grisâtres rappelant étrangement les remous de la Garonne s’écoulant non loin de là. La salle semble avoir son humeur, son caractère propre. Elle grince sous le poids de ses penseurs qui la déshabillent, elle se renferme de honte à l’idée qu’ils puissent s’attarder sur les lézardes qui galopent le long de ses murs. Mais leur présence la rassure, la comble au propre comme au figuré alors, elle s’abandonne à leur regard, à leur indiscrétion, à leur curiosité malsaine mais aussi à leur angoisse de la feuille blanche, à leur peur de ne pas avoir su la contempler correctement. Dans cet endroit clos, aucun bruit ne vient perturber le silence de cathédrale qui s’y est installé hormis le vrombissement de quelques pots d’échappements et l’éclat de voix masculine que les vitres obligent à rebrousser chemin. Les mains s’agitent, brutalisent le papier du bout de leur doigt, s’empressent de faire glisser leur crayon en d’innombrables jongleries stylistiques, espérant nerveusement que leur sensibilité vaille la peine d’être lue et écoutée. Elles se dépêchent de saisir l’instant qui s’enfuit, l’instant qui se cache sous la courbure d’une épaule, sur le rouge d’un barreau de chaise, sur la tirette d’une trousse. L’instant qui dégringole sur les cheveux d’une femme, sur la sueur d’une peau. L’instant qui se meurt au pied d’une porte en bois et qui plus jamais ne sera observée.
[ 22:14:38] Olivier Bleys: Notre troisième lecture, ce soir…
[ 22:17:02] Olivier Bleys: Le texte commence comme une légère, et assez virtuose digression autour de l'énoncé et du verbe qui le résume : " observer "
[ 22:17:21] Olivier Bleys: Il se conclut de même, avec le verbe " observer "
[ 22:18:23] Olivier Bleys: Entre les deux, une rêverie bien calibrée
[ 22:18:23] atelier_Thomas LeGuennic: Je trouve ce texte assez fort.
[ 22:18:43] Olivier Bleys: Moi aussi. Ce qui en donne l'indice, c'est l'espèce de frisson ressenti au dernier mot
[ 22:18:53] Olivier Bleys: Il y a là d'indéniables qualités d'observation !
[ 22:19:30] atelier_Thomas LeGuennic: Il donne à réfléchir sur l'exerice d'écriture concernant l'observation : réifier le mouvant et le fugace, fixer et restituer ce qui est fort parce que c'est justement fuyant.
[ 22:24:08] Olivier Bleys: En effet. Dans ce récit à l'intensité immédiate (on est d'emblée au cœur du sujet, pas de gradation ni de montée en puissance), le thème de la fuite est central. L'auteur décrit avec minutie, mais aussi élan et vitesse, les efforts fournis pour retenir ce qui s'échappe — des impressions évanescentes, des presque-rien que l'œil ou l'oreille a captés, et qu'il faut fixer d'urgence dans l'écriture.
[ 22:25:14] Olivier Bleys: En vous proposant le thème de l'observation, je n'avais pas songé à cela : la sauvegarde, la conservation par le mot d'une réalité qui se dérobe. C'est donc un apport très personnel et très judicieux de cet auteur…
[ 22:27:31] atelier_Thomas LeGuennic: Il y a quelque chose qui semble assez difficile dans la description. Je veux dire dans l'économie de l'écriture : doser les adjectifs et les qualificatifs. Parfois, je trouve que certaines phrases de ces trois textes (et d'autres sans doute) semblent déséquilibrée, un peu "bancales" (rien de méchant) ; j'ai l'impression que ça tient à ce dosage : ne pas trop qualifier ce que l'on décrit.
[ 22:28:28] Olivier Bleys: Il me semble, en général, que les écrivains ne se servent pas assez de leur oreille.
[ 22:29:06] Olivier Bleys: Quand j'ai commencé à écrire, j'avais — ou je croyais avoir, ne soyons pas présomptueux — une conscience très nette et très aiguisée de la longueur optimale pour une phrase, comme s'il s'agissait de vers comptant un certain nombre de pieds.
[ 22:29:32] Olivier Bleys: Idem, je sais par quelle sonorité, quelle syllabe devait s'achever la phrase.
[ 22:30:02] Olivier Bleys: Ce sens musical de l'écriture est un soutien, je crois, lorsqu'on cherche à réaliser l'équilibre que tu décris.
[ 22:31:02] Olivier Bleys: Il faut parfois s'abstraire de l'idée pour embrasser la phrase dans toute sa matérialité : comment elle sonne, quelle musique elle rend, si les mots, à l'oreille, donc, sont bien accordés les uns aux autres ?
[ 22:31:45] atelier_Thomas LeGuennic: Je suis d'accord. Ce rythme est fondamental. D'ailleurs, je trouve que certains textes gagnent une toute autre dimension une fois lus à voix haute.
[ 22:32:14] Olivier Bleys: Les lire à voix haute (rouvrir le " gueuloir " cher à Flaubert) est très révélateur
[ 22:32:58] Olivier Bleys: Et puis, ce peut être une bonne école d'écrire de la poésie versifiée, même à titre de simple exercice, pour s'habituer à manier des sons plutôt (ou autant) que des concepts
[ 22:33:13] Olivier Bleys: Je le faisais souvent, adolescent
[ 22:33:52] Olivier Bleys: Et, voici deux ans, j'ai publié avec un ami peintre un texte entièrement versifié, de diffusion assez confidentielle, " Pilori " (ed. Elytis).
[ 22:34:00] atelier_Antoine Beaur: C'est interessant, à l'opposé, je crois me souvenir que l'auteur américain Douglas Kennedy avait dit quelques choses à propos d'un équilibre et d'une harmonie visuelle des mots dans la phrase.
[ 22:34:33] Olivier Bleys: … ce qui conduit vers les jeux typographiques (textes ordonnés comme un dessin, etc.) dont une certaine poésie est familière
[ 22:34:44] atelier_Antoine Beaur: exact
[ 22:35:02] Olivier Bleys: Mais, qu'il s'agisse de sons ou d'images, les mots peuvent être trahis par une traduction.
[ 22:35:26] Olivier Bleys: Tout le savoir-faire d'un auteur dans sa langue risque de disparaître dans ce transport vers un autre idiome
[ 22:35:57] Olivier Bleys: C'est d'ailleurs une grande inquiétude des auteurs : leur éventuel talent est-il reconnu, ou seulement perceptible en italien, en allemand, en russe ?
[ 22:36:01] atelier_Antoine Beaur: Il faut se traduire sois même, comme Nabokov
[ 22:36:20] Olivier Bleys: Position enviable !
[ 22:36:25] Olivier Bleys: Mais combien s'y risqueraient ?
[ 22:36:26] atelier_Thomas LeGuennic: Mais quel niveau de langue ne faut-il pas avoir !
[ 22:36:31] atelier_Antoine Beaur: n'est ce pas ?
[ 22:36:52] Olivier Bleys: Bon, un autre petit texte ?
[ 22:36:55] Olivier Bleys: Une consigne, quelques sons émis dans une salle de cours et mon esprit vagabond. Je songe, j'imagine, j'illustre un moment qui n'existe pas encore. Le présent est ailleurs, dans une petite salle de cours, un amphi plus précisément, qui ne ressemble en rien à un amphithéâtre. Une petite extrade pouvant se référer à une scène faisant à peine 1m 50 de profondeur, sur lequel se tiennent un bureau et une chaise, le décor indispensable pour le rôle que joue celui qui tente de nous tenir conscient, présent, attentif, quand l'automne se fait encore beau et rayonnant. Les deux fenêtres qui donnent sur la rue Paul Broca aux huit carreaux par battant sont pour la plupart opaques et sales, ce qui n’empêche en rien la lumière de rentrer. Elle se diffuse silencieusement, rien ne se fait entendre, pas même le bruit des stylos sur les feuilles. Chut, on compose, on réfléchit, on songe. Le visage incliné sur les feuilles on compose. 24 étudiants installés délibérément un peu partout donnant face au tableau, fixé à hauteur raisonnable. Il a servi, pour indiquer une adresse et des mots. L'éponge laissée sur le plateau en bas du tableau, fait penser à ces années passées où école rimait avec éclat de rire.
[ 22:37:49] Olivier Bleys: C'est, à première lecture (qu'il faudra dépasser), une composition assez scolaire.
[ 22:38:30] Olivier Bleys: La description, par moments, emprunte son style aux écrits scientifiques : les chiffres et les mesures précises ne manquent pas.
[ 22:38:44] atelier_Juliette Porte: heu, bonjour à tous (toutes?)
[ 22:38:49] Olivier Bleys: Bonsoir !
[ 22:39:07] Olivier Bleys: Il n'y a pas foule, ce soir, mais les discussions n'en sont pas moins riches
[ 22:39:20] Olivier Bleys: Nous sommes en train de lire ensemble différents textes soumis sur l'observation.
[ 22:39:24] Olivier Bleys: Le dernier en date :
[ 22:39:26] Olivier Bleys: Une consigne, quelques sons émis dans une salle de cours et mon esprit vagabond. Je songe, j'imagine, j'illustre un moment qui n'existe pas encore. Le présent est ailleurs, dans une petite salle de cours, un amphi plus précisément, qui ne ressemble en rien à un amphithéâtre. Une petite extrade pouvant se référer à une scène faisant à peine 1m 50 de profondeur, sur lequel se tiennent un bureau et une chaise, le décor indispensable pour le rôle que joue celui qui tente de nous tenir conscient, présent, attentif, quand l'automne se fait encore beau et rayonnant. Les deux fenêtres qui donnent sur la rue Paul Broca aux huit carreaux par battant sont pour la plupart opaques et sales, ce qui n’empêche en rien la lumière de rentrer. Elle se diffuse silencieusement, rien ne se fait entendre, pas même le bruit des stylos sur les feuilles. Chut, on compose, on réfléchit, on songe. Le visage incliné sur les feuilles on compose. 24 étudiants installés délibérément un peu partout donnant face au tableau, fixé à hauteur raisonnable. Il a servi, pour indiquer une adresse et des mots. L'éponge laissée sur le plateau en bas du tableau, fait penser à ces années passées où école rimait avec éclat de rire.
[ 22:39:46] atelier_Juliette Porte: Oui, je suis désolée d'être en retard, j'essaie de rattraper
[ 22:40:11] Olivier Bleys: Pour revenir au texte, donc, et malgré mes réserves précédentes, je ne lui en reconnais pas moins une certaine fraîcheur
[ 22:40:20] Olivier Bleys: Il pourrait traduire le regard d'un enfant
[ 22:41:04] Olivier Bleys: Vocabulaire simple, tournures rassurantes, images un peu convenues mais solides…
[ 22:41:22] Olivier Bleys: Une fraîcheur, oui, dans la lignée d'un Prévert ?
[ 22:41:26] atelier_Thomas LeGuennic: C'est peut-être bête mais je trouve que le fait que ce texte soit livré en un seul paragraphe nuit à sa lecture. J'ai essayé de le relire en découpant un je trouve qu'il révèle un dynamisme qui ne m'avait pas frappé.
[ 22:41:53] atelier_Juliette Porte: J'ai bien aimé l'alexandrin en plein milieu, c'est une technique classique mais ça marche bien, l'ettention du lecteur est retenue. D'ailleurs vous parliez tout à l'heure de la musicalité des mots.
[ 22:43:39] atelier_Juliette Porte: En parlant de ça justement, je ne pense pas qu'à la poésir mais aussi aux discours des hommes politiques ou autres, les textes qui n'ont de force que l'orsqu'ils sont pronocés, alors que c'est le contraire pour la fiction. C'est juste une remarque sans grand rapport, je reviens au texte ;)
[ 22:44:47] Olivier Bleys: La rhétorique était un art que nous avons perdu, mais dont les enseignements se sont diffusés, sans y paraître, chez tous ceux qui font usage d'une parole.
[ 22:45:08] Olivier Bleys: En effet, un discours écrit vaut rarement grand-chose. Il a besoin de l'incarnation d'une langue et d'une voix !
[ 22:45:47] Olivier Bleys: Ce texte m'évoque les ouvrages de jeunesse de Colette, souvent des textes de commande, telle la série cosignée avec Willy.
[ 22:47:36] Olivier Bleys: La langue diffère, bien sûr, mais un même sentiment printanier, primesautier, comme, j'insiste, si nous devions ce texte à un très jeune auteur, imprègne cette observation et les tout premiers romans de Colette.
[ 22:47:49] Olivier Bleys: Passons à un autre texte, pour finir la soirée ?
[ 22:48:03] atelier_Antoine Beaur: ouep
[ 22:48:15] Olivier Bleys: Voici…La petite salle était toute baignée d'un étrange clair-obscur. Il n'y avait nulle lumière au plafond; nul rayon de soleil : juste une timide lueur qui filtrait par les carreaux sales des grandes fenêtres. Les murs, le tableau, les chaises, tout me semblait si gris qu'aucune couleur vive ne voulait percer mon oeil de sa douceur. Le haut jaune aux fibres cotonneuses de ma voisine, juste sous mon nez, devenait terne et d'une couleur pataude sous cette ambiance blafarde.

A l'image de la pièce, mon pull noir d'ordinaire si confortable piquait mes bras nus, comme parcourus par les courses de centaines de fourmis de laine. Le silence s'était fait, seulement brisé par quelques rires étouffés deçà la grande porte de bois, quelques froissements de feuilles, grincements de stylos, éternuements, quintes de toux. Non, tout compte fait, le silence était parti depuis bien longtemps déjà; seul régnait ce léger bruitage lancinant aux accents de respirations étouffées et de cerveaux en création.

Tandis que les mots s'enfuyaient, je me mordillais l'intérieur de la lèvre, déjà amochée par quelques coups de dents agacés. Mes yeux fatigués rendaient la scène floue et mes lignes imprécises; mais mes lunettes restaient sagement sur mon bureau, car leur monture noire intransigeante semblait brider mon univers. La maladie qui depuis quelques temps déjà me taquinait m'assoupissait. J'en rêvais éveillée, de ce sommeil échappé. Cette pièce, ce pull, tout était à l'image de mon esprit désabusé : Triste, passif et malade.

Je ne pouvais m'y endormir, car cette pièce à l'air gris me renvoyait mes pensées désordonnées, au beau milieu de ce silence assourdissant.
[ 22:50:29] Olivier Bleys: " triste, passif et malade ": cette combinaison de mots vient comme une révélation
[ 22:50:35] Olivier Bleys: … et donne un sens à tout ce qui précède
[ 22:50:47] Olivier Bleys: … un sens qui, jusque-là, n'était pas évident.
[ 22:50:59] atelier_Thomas LeGuennic: Ambiance très cotoneuse, sourde, avec un travail sur l'écriture de la lumière qui contrastent avec l'évocation de sentiments assez sombres.
[ 22:51:29] Olivier Bleys: @Thomas : c'est vrai. Tu as raison d'insister sur la lumière, car nous sommes dans un clair-obscur de facture clairement picturale
[ 22:51:36] Olivier Bleys: On songe à Goya ?
[ 22:51:42] atelier_Antoine Beaur: S't'un rembrandt
[ 22:51:45] Olivier Bleys: Aussi
[ 22:51:58] Olivier Bleys: Les impressions sont majoritairement visuelles, mais pas seulement.
[ 22:52:13] Olivier Bleys: J'aime les notations kynestésiques (sens du toucher), assez rares en littérature.
[ 22:52:31] Olivier Bleys: kinesthésiques !
[ 22:52:36] Olivier Bleys: … sans y !
[ 22:53:15] atelier_Thomas LeGuennic: Finalement, dans tous ces textes, nous n'avons pas vraiment affaire à des descriptions "naturalistes" (je ne sais pas si le terme est bon) : les choses ne sont jamais décrites pour elles-même. Ce sont systématiquement des stimulus qui réveillent les sensations de l'écrivain, à partir desquels des réflexions, des songes, s'élaborent.
[ 22:53:42] atelier_Juliette Porte: J'aime bien le pull noir associé aux fourmis (rouges!). Un mélange de couleurs et de toucher, je dirais presque synesthésique moi
[ 22:54:11] atelier_Thomas LeGuennic: Ici, de façon générale, la description ne semble pas évoquer des états intérieurs très joyeux.
[ 22:54:41] Olivier Bleys: @Thomas : oui, mais d'autres textes que je garde sous le manteau, et que nous n'aurons pas le temps de lire ce soir sont assez naturalistes. Je pense à un, en particulier, que son auteur a lu en séance, et qui décrivait " par le menu " l'état et le fonctionnement de son stylo. Seule la dernière phrase rattachait une impression à ce pur dessin technique…
[ 22:55:08] atelier_Juliette Porte: je vais peut-être paraître cynique, mais dans un temps limité je trouve souvent plus facile d'acrire un texte triste que joyeux
[ 22:55:16] atelier_Thomas LeGuennic: Au temps pour moi.
[ 22:55:21] Olivier Bleys: Pas faux !
[ 22:55:33] atelier_Juliette Porte: ah oui c'est moi le stylo!
[ 22:55:53] Olivier Bleys: Le stylo sera pour une autre fois
[ 22:55:58] Olivier Bleys: Il y aurait pourtant beaucoup à en dire
[ 22:56:13] Olivier Bleys: Je pense que tu as bien fait de le lire à haute voix
[ 22:57:02] atelier_Juliette Porte: en fait j'ai fair exprès de ne  pas décrire ce que je ressentais, justement pour ne pas me sentir gênée de le lire à haute voix,
[ 22:57:21] atelier_Juliette Porte: mais ça ne gêne pas du tout qu'on en parle une prochaine fois!
[ 22:59:16] Olivier Bleys: S'agissant de la prédominance des textes " tristes ", Il faut considérer certains éléments culturels… Vous appartenez à une génération (c'était déjà mon cas) qui se méfie des bons sentiments et cultive, parfois jusqu'à la nausée, les états dégradés du corps et de l'âme. Certes, ce n'est pas neuf. Mais la figure inverse, celle, solaire, du héros s'est pratiquement absentée de la littérature. Dans les livres, beaucoup plus que dans les films, on ne rencontre plus que des " losers ", des esprits torturés.
[ 22:59:22] Olivier Bleys: L'avez-vous observé ?
[ 22:59:41] atelier_Thomas LeGuennic: Tout à fait.
[ 23:00:02] atelier_Juliette Porte: des esprits torturés oui, des loser, je le dirais pas comme ça
[ 23:00:16] Olivier Bleys: Autre explication : une règle dramatique, selon laquelle pour qu'il y ait drame (et donc, intérêt du lecteur), il faut qu'il y ait conflit. Si tout va bien dans un monde heureux, avec des gens parfaits, on s'ennuie ferme.
[ 23:00:28] atelier_Juliette Porte: c'est aussi le cas dans les films, séries (pour ce que je regarde en série ahem)
[ 23:00:44] atelier_Juliette Porte: et les BD aussi
[ 23:01:14] Olivier Bleys: oui, mais le cinéma hollywoodien cultive encore quelques héros, quelques surhommes… la littérature le fait moins qu'au temps de Jules Verne, quand il fallait servir des figures positives à la jeunesse de ce temps !
[ 23:02:01] Olivier Bleys: La BD, en France, accompagne la littérature. Beaucoup de récits introspectifs (Pedrosa, par exemple, parmi les récentes parutions), d'autobiographies, rarement souriantes.
[ 23:02:16] atelier_Juliette Porte: oui, je suis d'accord en partie, Hollywood cultive les héros américains, mais ce sont quand même des héros américains hérités des séries BDs de Marvel etc., des années 50-60's
[ 23:02:28] atelier_Kassandra: atelier_Kassandra a quitté la conversation
[ 23:02:57] Olivier Bleys: Jules Verne était notre Marvel… ou Tintin…
[ 23:03:03] atelier_Thomas LeGuennic: C'est peut-être aussi parce qu'il y a "recentrage" du discours sur un sujet individuel. Particulièrement dans une certaine tendance de la littérature française contemporaine. Les figures collectives, les récits picaresques, etc. me paraissent assez absent. Du coup, c'est vrai que les éléments problématiques doivent être cherchés dans les états intérieurs du narrateur.
[ 23:03:53] atelier_Juliette Porte: Oui, et quand je disais BD, je pensais par exemple aux différences entre Tintin ou je ne sais pas, le héros de formule 1 comment il s'appelle déjà (peu importe) et Largo Winch, XIII, Thorgal
[ 23:04:18] Olivier Bleys: @Thomas : littérature française, c'est bien de le préciser. Nous avons abandonné aux Anglo-Saxons (pour l'essentiel) les récits picaresques, les épopées remuantes dont, un ou deux siècles plus tôt, les lecteurs d'ici faisaient aussi leur miel.
[ 23:04:19] atelier_Thomas LeGuennic: (Michel Vaillant)
[ 23:04:32] atelier_Juliette Porte: aaaah merci!
[ 23:05:05] atelier_Thomas LeGuennic: C'est vrai que les anglo-saxons ont une capacité à écrire des textes "barrés" que je n'imaginerai pas en France (Pynchon par ex.)
[ 23:05:32] Olivier Bleys: Je crains de ne pas me montrer héroïque, ce soir. Il se fait tard et mon ventre crie famine. Nous lirons d'autres textes la prochaine fois…
[ 23:05:56] atelier_Antoine Beaur: pas de problème.
[ 23:06:00] Olivier Bleys: … peut-être pas tous, car votre production est abondante !
[ 23:06:06] atelier_Thomas LeGuennic: Très bien.
[ 23:06:21] Olivier Bleys: Je vous souhaite donc une bonne fin de soirée, j'espère accompagnée d'un livre !
[ 23:06:33] atelier_Antoine Beaur: of course
[ 23:06:40] Olivier Bleys: A bientôt, bonne nuit  (wave)
[ 23:06:43] atelier_Antoine Beaur: Bonne soirée
[ 23:06:47] atelier_Thomas LeGuennic: Bonne soirée
[ 23:07:09] atelier_Juliette Porte: d'accord (remarque en passant: considérons qu'on est un héros collectif. Même dans ce groupe, les individus ont des failles qui se révèlent au cours de la lecture! ;)
[ 23:07:17] atelier_Juliette Porte: bon appétit!

 

 


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08 mars 2012

Séance virtuelle n° 7 du 08/03/12

Déroulé intégral de la séance du 08/03/12

[08/03/12 20:59:33] Olivier Bleys: Bonsoir

[08/03/12 21:27:22] atelier_Karoliina Vesa: Bonsoir!

[08/03/12 21:31:05] atelier_Juliette Porte: Bonsoir!

[08/03/12 21:31:49] Olivier Bleys: Ce soir, je voulais vous inviter à travailler (jouer, plutôt) un peu avec les titres.

[08/03/12 21:32:16] Olivier Bleys: tout d'abord, un livre que je vous recommande, dont je vais tirer certains exemples de ce soir

[08/03/12 21:32:40] Olivier Bleys: Il s'agit de " le Nouveau Nouveau Magasin d'écriture " de Hubert Haddad, aux éditions Zoé.

[08/03/12 21:33:01] Olivier Bleys: Ce livre fait suite au… " Nouveau Magasin d'écriture " de Hubert Haddad, chez le même éditeur.

[08/03/12 21:34:05] Olivier Bleys: C'est une sorte de fourre-tout, de pêle-mêle littéraire qu'il serait un peu long de décrire ici. Mais, ce qui nous intéresse surtout ce soir, c'est qu'on y trouve du " matériel pour écrire " : des idées de récits, des propositions de titres ou de situations.

[08/03/12 21:34:16] Olivier Bleys: Ce soir, je vous propose de nous concentrer sur les TITRES !

[08/03/12 21:34:46] Olivier Bleys: A partir de certains titres que je vais vous donner (tirés de ce livre, donc), il s'agira d'inventer en quelques lignes l'histoire, ou la scène qui va avec.

[08/03/12 21:34:55] Olivier Bleys: Ça vous tente ?

[08/03/12 21:35:26] atelier_Karoliina Vesa: Oui, ca semble une exercice intéressante, à part!

[08/03/12 21:36:40] Olivier Bleys: Pas si " à part " que ça, en réalité, car, quand vous publierez des livres (  :) ), vous découvrirez que pour la plupart des auteurs, trouver le titre est extrêmement difficile !!!!!

[08/03/12 21:36:49] atelier_Juliette Porte: C'est vrai que c'est super important les titres, des fois j'en prends un en librairie juste parce que le titre est tentant. Et puis inventer un scène à partir d'un titre me changera parce que d'habitude je choisi mes titres après avoir écrit au moins plusieurs pages de ce que j'écris et des fois, je trouve le titre seulement après avoir écrit tout mon texte

[08/03/12 21:37:06] Olivier Bleys: Tant mieux, si ça répond à une attente !

[08/03/12 21:37:11] Olivier Bleys: Voilà une première sélection.

[08/03/12 21:37:27] Olivier Bleys: Vous pouvez piocher le titre qui vous intéresse dans cette liste… et travailler un peu dessus.

[08/03/12 21:40:31] Olivier Bleys: L'escalier mouvant aux marches croissantes

Petite paranoïa pour un lecteur choisi

Le phare aux dix-sept naufrages

Le gardien des tempêtes

Pourquoi je m'étais trompé d'enfer

[08/03/12 21:40:45] Olivier Bleys: D'autres… :

[08/03/12 21:41:38] Olivier Bleys: Je ne sais plus où mourir

Le promeneur de la nuit

Le lecteur et son ombre

L'abattoir galant

La fenêtre aux adieux

Où donc est le barbare ?

[08/03/12 21:41:51] Olivier Bleys: Y en a-t-il un ou plusieurs dont vous voudriez vous emparer ?

[08/03/12 21:42:10] atelier_Karoliina Vesa: "Pourquoi je m'étais trompé d'enfer" me tente

[08/03/12 21:43:14] atelier_Juliette Porte: "Petite paranoïa pour un lecteur choisi"

[08/03/12 21:44:11] Olivier Bleys: Alors voilà, les rôles sont attribués ! Au travail ! Un petit texte de quelques lignes suffira. Je vois plutôt un résumé du livre à venir qu'un vrai texte littéraire. Ce qui constitue l'exercice, c'est de refléter le titre dans une trame narrative.

[08/03/12 21:49:09] Olivier Bleys: Inspirés ?

[08/03/12 21:49:15] atelier_Juliette Porte: C'est un bouquin entre deux autres sur une étagère d'une bibliothèque, et en fonction du caractère du lecteur qui va le prendre, il lui raconte une histoire à sa mesure. Au début, les pages sont toutes blanches et ensuite les lettres s'affichent au fur et à mesure que le lecteur "lit". Pour quelqu'un qui aime les romans d'amour, ce sera une histoire d'amour, pour quelqu'un qui aime la SF, ce sera SF, etc.

[08/03/12 21:51:14] atelier_Juliette Porte: Mais au bout d'un moment le livre se rend compte que seuls une certaines catégorie de lecteur est inspiré par son titre et le choisit sur l'étagère: les lecteurs d'histoires absurdes par exemple. Du coup il ne raconte que des histoires absurdes. Au bout d'un moment il en a marre et fait des histoires sous forme de paranoïa

[08/03/12 21:52:05] atelier_Juliette Porte: On n'a qu'à dire qu'au début son titre est "histoire pour un lecteur choisi". Et après il change son titre en "petite paranoïa pour un lecteur choisi"

[08/03/12 21:52:06] Olivier Bleys: @Juliette : prometteur. J'aime cette idée du livre-miroir, qui reflète son lecteur. D'une certaine façon, c'est une métaphore du livre numérique dont les pages-écrans sont blanches avant de se remplir de ce qu'attend le lecteur !

[08/03/12 21:52:48] Olivier Bleys: En revanche, je crois un peu moins à la conversion du titre. Peut-être faut-il trouver autre chose ? Insister sur le " choix " du lecteur par le livre, puisqu'on parle de " lecteur choisi " ?

[08/03/12 21:53:22] Olivier Bleys: Un livre qui se dérobe, qui fuit, qui brûle les doigts, qui se referme en claquant et en pinçant les mains du lecteur, s'il ne lui plaît pas ?

[08/03/12 21:53:49] Olivier Bleys: Et dès lors, les lecteurs développeraient un sentiment de persécution (de paranoïa) envers ces romans mal embouchés.

[08/03/12 21:56:36] atelier_Juliette Porte: Ah oui, ça serait drôle! Je ne le voyais pas comme ça, je me disais que le livre voulait raconter plein d'histoires différentes et finalement, à force de raconter toujours la même chose, décidait de se "venger" en faisant peur aux lecteurs qui le lisaient. C'est drôle comme l'approche d'une histoire en fonction d'un titre peut être différente. On peut peut-être trouver un mixte?

[08/03/12 21:57:44] Olivier Bleys: Bien sûr !

[08/03/12 21:57:47] Olivier Bleys: A quoi penses-tu ?

[08/03/12 21:59:25] atelier_Juliette Porte: La paranoïa peut être des deux côtés: pour le lecteur qui a peur en lisant des histoires qui reflètent exactement son caractère, ou qui a peur du livre qui brûle, claque les doigts etc (le sentiment de persécution), et pour le livre qui développe aussi la paranpïa de devoir raconter toujours la même chose, et qui du coup devient méchant (et brûle et claque les doigts, etc. -j'adore cette image!)

[08/03/12 22:01:57] Olivier Bleys: En effet, ça peut marcher des deux côtés. Je pense que c'est assez neuf et porteur de présenter le livre comme un objet dangereux, physiquement tel. On oublie trop souvent qu'un livre tombé d'une étagère haute peut assommer, que les feuilles parfois coupent, que les coupe-papiers utilisés autrefois pour diviser les feuilles d'imprimerie peuvent devenir poignards ! C'est amusant de se représenter une bibliothèque ou une librairie, lieu paisible et pacifié, comme un endroit dangereux !

[08/03/12 22:04:16] atelier_Juliette Porte: Oui, c'est vrai! On part d'un seul livre et du coup, c'est comme si toute la librairie devenait inquiétante, alors que tous les autres livres sont inoffensifs. L'amour des livres peut triompher, et le libraire finit par vendre son bouquin qui continuera de sévir ailleurs, et ainsi de suite.

[08/03/12 22:06:10] Olivier Bleys: Un livre maudit ? Il me semble que cette ficelle, pour le coup, a déjà été utilisée. Le livre qui tue son propriétaire, le livre qu'on ne doit pas acquérir ni posséder sous peine de mort !

[08/03/12 22:08:21] Olivier Bleys: Et toi, Karoliina, tu avances ?

[08/03/12 22:08:30] atelier_Juliette Porte: Je crois que je suis tombée dans le piège de cette idée et que j'ai même compris pourquoi: incapable d'assumer que toute une librairie soit perçue comme dangereuse.

[08/03/12 22:08:58] atelier_Karoliina Vesa: Oui, j'ai encore à finir la dernière phrase (et ne pas à ajouter une dernière phrase après cette phrase!)

[08/03/12 22:09:47] Olivier Bleys: @Juliette : pourtant, dans certaines périodes sombres de notre histoire, entrer dans une librairie ou la fréquenter assidûment, c'était très subversif ! Et je ne parle de certains livres délicats dont la possession pouvait valoir la mort à leur lecteur…

[08/03/12 22:12:13] atelier_Juliette Porte: Eh oui! Du coup, je préfère qu'on reste à la librairie "dangereuse" avec les dictionnaires qui assoment les clients pendant que le libraire dort à l'entrée (pas besoin de veiller, les livres sont là! :D)

[08/03/12 22:13:27] Olivier Bleys: Et puis, les livres sont-ils à ce point désirables, aujourd'hui, qu'on veuille les voler ? Pour un auteur, de nos jours, c'est presque un compliment d'être volé !

[08/03/12 22:16:23] atelier_Juliette Porte: Les livres ont à ce point perdu leur attrait? Je suis restée dans l'idée que quand on vole un livre c'est parce qu'on ne le trouve justement pas suffisamment attrayant pour l'acheter. C'est une vision old-fashion?

[08/03/12 22:17:35] Olivier Bleys: Tu peux répondre à cette question mieux que moi ! C'est dans ta génération surtout que ces tensions s'affirment. J'appartiens encore à la culture de l'écrit, même si enfant, comme tous ceux de mon âge, je regardais beaucoup le petit écran.

[08/03/12 22:18:54] atelier_Karoliina Vesa: Finalement mon "résumé d'histoire" est achevé!

[08/03/12 22:19:03] atelier_Karoliina Vesa: Sinéad, étudiante en médecine à Mumbai, se trouve dans une situation perdant-perdant lorsque son frère reçoit le diagnose d'une maladie rare sont la cure n'est pas disponible qu'aux pays développés. Persuadée par les possibilités infinies de "l'Ouest dorée" et seul gardien de son frère, elle met toute son espoir et son argent pour s'installer à New York. Une femme éduquée et intelligente, Sinéad ne s'attendait pas à une vie facile - problèmes d'adaptation à une culture à part, racisme, problèmes économiques... Pourtant, le cauchemar le plus flagrant avère être son frère.  Pour avoir tout sacrifié - futur carrière, son pays natal, son fiancé -, il devient de plus en plus dur à Sinéad de voir son frère, persuadé de ne plus avoir beaucoup de temps de vie devant lui, sombrer dans une vie remplie par les plaisirs éphémères et sans direction de son frère. Au même temps que l'amertume de Sinéad envers son frère la pousse vers une dépression, elle tente de gagner d'argent en spéculant sur des marchés financières et, à son surprise, en a un vraie talent. Lorsque l'argent pour la remède est réuni, Sinéad n'a plus que de mépris pour son frère et, sa raison devenue flou par son état d'esprit dépressif, laisse des centaines de messages d'au secours dans un journal. C'est alors qu'elle fait connaissance de Gareth, séduisant mais curieusement prêt à aider des inconnus - de vraie souffrant d'une addiction et souhaitons s'y guérir à l'aide de Sinéad, mais finalement l'emportant avec lui dans ce monde. Comme appartnenat à plusieurs cercles de l'enfer de Dante, Sinéad s'est trompé aussi bien de ses adversaires que de la manière de s'en sortir de sa situation.

[08/03/12 22:20:00] atelier_Karoliina Vesa: Je l'imaginerai peut-être dans une forme de soit journal intime, soit tout simplement une narration au 1er personne du singulier

[08/03/12 22:23:01] Olivier Bleys: Intéressant, de mêler un échec patent (celui de la jeune femme qui a tout abandonné pour s'expatrier, et ne parvient à reconstruire aussitôt sa vie) et un succès inespéré, celui des opérations financières qu'elle entreprend.

[08/03/12 22:23:10] Olivier Bleys: Mais que devient le frère ?

[08/03/12 22:23:37] Olivier Bleys: A-t-il son traitement, ou meurt-il — peut-être non de sa maladie, mais de ses nouveaux abus ?

[08/03/12 22:25:44] atelier_Karoliina Vesa: Peut-être un peu cliché, mais après se rendre compte que sa vie continue, il se trouve stupéfait et pour un moment "sur le vide". Peut-être qu'il réussit à se créer une vie tout à fait riche et digne de respect, davantage aggravant le regret et la rancune de sa soeur

[08/03/12 22:27:07] Olivier Bleys: Idée intéressante, que celle d'un " transfert " de la sœur vers le frère, comme s'il lui avait volé sa vie, voire pompé son énergie vitale (mythe du vampire). Deux personnages aux destins croisés, et presque symétriques. Elle commence en haut, finit en bas ; lui, c'est l'opposé.

[08/03/12 22:27:40] Olivier Bleys: Mais en quoi, pour faire écho au titre, ces personnages se " trompent-ils d'enfer " ?

[08/03/12 22:28:26] atelier_Juliette Porte: Sinead s'est trompée d'enfer, je crois. C'est bien ça que tu voulais dire, Karolina?

[08/03/12 22:30:12] atelier_Karoliina Vesa: Pour Sinéad, l'enfer lui était les conditions extérieures qu'elle doit supporter pour trouver la remède pour son frère. Pourtant, elle se rend compte que l'enfer c'est sa relation avec son frère, qu'aussi bien les difficultés qu'elle rencontre avec son état d'esprit

[08/03/12 22:31:10] Olivier Bleys: DEs enfers imbriqués ! Comme, en effet, les différents cercles de Dante…

[08/03/12 22:31:27] atelier_Karoliina Vesa: Juliette: en effet! C'est vraie qu'il demeure le problème du frère qui n'adhère pas au titre en tant qu'une personnage active, plutôt comme un "objeT2

[08/03/12 22:31:52] atelier_Juliette Porte: Pas besoin que le frère adhère au titre.

[08/03/12 22:32:54] atelier_Juliette Porte: Le titre dit bien "je" et tu dis bien toi-même que tu vois le récit sous forme de journal intime ou de récit à la première personne. En tout cas, il me semble que ce n'est pas important, ça reste cohérent.

[08/03/12 22:34:34] Olivier Bleys: Il me semble qu'un autre enfer pourrait se développer autour des opérations financières. La jeune femme découvrirait dans sa relation aux " traders " et autres banquiers voyous qu'il existe des hommes vraiment sans scrupule, et qu'auprès d'eux son frère, malgré tous ses défauts, reste une " personne bien ". Cette prise de conscience tardive, alors qu'ils sont déjà fâchés, serait le citron sur la plaie…

[08/03/12 22:34:53] Olivier Bleys: Ça va mal finir, cette histoire !

[08/03/12 22:35:09] atelier_Karoliina Vesa: Oui, ca semble ainsi...

[08/03/12 22:35:12] Olivier Bleys: Le journal ou le récit à la 1ere personne serait donc signé de la jeune femme ?

[08/03/12 22:35:42] atelier_Karoliina Vesa: Puis ca serait intéressant de voir si la culture indienne (évidemment aucune homogène) a des ambiguités envers l'argent

[08/03/12 22:36:01] atelier_Karoliina Vesa: *aucunement

[08/03/12 22:36:22] Olivier Bleys: Je l'ignore. Beaucoup d'Indiens prient Ganesh pour en gagner !

[08/03/12 22:36:46] Olivier Bleys: Il ne me semble pas qu'il y ait, en Inde, un complexe de l'enrichissement comme dans l'Occident chrétien.

[08/03/12 22:37:26] Olivier Bleys: Sur ces bonnes paroles, je m'apprête à vous quitter. Bonne nuit ! Vous pouvez renouveler cet exercice des titres chez vous, quand il vous plaira. Il stimule beaucoup l'imagination…

[08/03/12 22:38:04] atelier_Karoliina Vesa: Oui, certainement une exercice à refaire

[08/03/12 22:38:05] atelier_Karoliina Vesa: Bonne nuit!

[08/03/12 22:38:28] atelier_Juliette Porte: Merci, je me suis bien amusée! Bonne nuit !

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02 février 2012

Séance virtuelle n° 6 du 02/02/12

Déroulé intégral de la séance du 02/02/12


[02/02/12 21:03:47] Olivier Bleys: Bonsoir
[02/02/12 21:03:53] atelier_Slakh: Bonsoir
[02/02/12 21:04:02] atelier_Karoliina Vesa: Bonsoir
[02/02/12 21:05:26] Olivier Bleys: L'hiver s'installe à Bordeaux, un hiver rigoureux dont ces latitudes atlantiques sont peu familières. Cela incite à une certaine réclusion, feu de bois, lectures… Bon temps pour les écrivains ! Et, peut-être, à la contemplation de la nature dont les impressions peuvent être rendues sous une forme d'inspiration japonaise que vous connaissez bien, le HAÏKU.
[02/02/12 21:05:58] Olivier Bleys: Vous le savez, le haïku est un genre très codifié dans son pays natal.
[02/02/12 21:08:00] Olivier Bleys: Sa brièveté fait partie des contraintes imposées. Il en existe d'autres : un thème lié à la nature, exprimant la fragilité, la vulnérabilité des êtres, l'évanescence des choses. C'est une sorte de " vanité " littéraire orientale, mais point toujours sombre.
[02/02/12 21:08:26] Olivier Bleys: Je vous invite, ce soir, à composer quelques haïkus ; - )
[02/02/12 21:09:47] Olivier Bleys: Les haïkus se prêtent bien au support électronique. Ils sont courts, donc épousent sans difficulté le format d'écran des smarphones et la cadence de lecture rapide de nos contemporains technophiles.
[02/02/12 21:10:42] Olivier Bleys: Cependant, il me semble inutile de chercher à dupliquer les haïkus traditionnels. Notre langue n'est pas structurée comme le japonais, nos sensibilités diffèrent… Pas besoin d'élaborer un mauvais pastiche.
[02/02/12 21:11:11] Olivier Bleys: Nous pouvons appeler haïkus (ou e-haïkus) des textes conçus selon les modalités suivantes :
[02/02/12 21:11:47] Olivier Bleys: > trois vers, d'un nombre de pieds indifférent mais faible (si possible cinq ou sept)
[02/02/12 21:12:09] Olivier Bleys: > une écriture sensible, portée aux détails, d'une extrême concision
[02/02/12 21:12:42] Olivier Bleys: > une inspiration libre. Toutefois, je vous suggère celle-ci : la solitude studieuse de l'étudiant(e), par un soir d'hiver rigoureux
[02/02/12 21:12:54] Olivier Bleys: Qui veut se lancer ?
[02/02/12 21:15:18] atelier_Jim Charron: bonsoir à tous
[02/02/12 21:15:21] Olivier Bleys: Bonsoir Jim
[02/02/12 21:15:37] Olivier Bleys: Tu peux jeter un œil au texte de présentation de l'atelier, ci-dessus !
[02/02/12 21:16:40] Olivier Bleys: Je commence avec ces quelques lignes, improvisées ici :
[02/02/12 21:16:53] Olivier Bleys: Au coin de la fenêtre
[02/02/12 21:17:02] Olivier Bleys: L'étoile de givre taille
[02/02/12 21:17:18] Olivier Bleys: Un angle à mon regret
[02/02/12 21:17:35] Olivier Bleys: Premier e-haïku de la soirée !
[02/02/12 21:17:45] Olivier Bleys: D'autres amateurs ?
[02/02/12 21:19:53] Olivier Bleys: Etes-vous lecteur / lectrice de poésie ? Et, spécifiquement, de haïkus ?
[02/02/12 21:20:36] atelier_Jim Charron:Meurtris de froid
Mes pensées s'exilent
Vers d'autres contrées
[02/02/12 21:21:23] atelier_Jim Charron: j'aime beaucoup la poésie mais j'avoue ne pas avoir souvent lu de haïkus
[02/02/12 21:21:33] Olivier Bleys: Est-ce délibéré que " meurtris " soit orthographié sans " e " ? Si ce sont les pensées qui sont meurtries, il en faudrait un. Mais ce peut être aussi un effet !
[02/02/12 21:21:39] atelier_Karoliina Vesa: C'est la même chose pour moi
[02/02/12 21:22:01] Olivier Bleys: Moi, non plus, je n'en avais jamais lu, jusque très récemment. C'est une amie qui m'a fait découvrir.
[02/02/12 21:22:21] Olivier Bleys: J'avoue qu'en lire plusieurs, à la suite, peut être un peu fastidieux. Et même contre-productif.
[02/02/12 21:22:31] atelier_Jim Charron: Pour "meutris" je pensais à moi et non aux pensées même si cela aurait été mieux
[02/02/12 21:22:46] atelier_Slakh: J'avais lu il y a quelques années un numéro spécial d'une revue consacrée aux haïkus
[02/02/12 21:24:04] Olivier Bleys: @Jim : alors, c'est peut-être " meurtri " sans " s " ! En tout cas, j'aime le contraste entre le premier vers, plutôt statique, introverti, centripète, et les suivants qui marquent au contraire un essor, une envolée, même si les trois sont porteurs d'une souffrance et font entendre le même gémissement.
[02/02/12 21:24:53] Olivier Bleys: @Slakh : qu'as-tu retenu de ce numéro ? Je suppose qu'il contenait des exemples. T'en rappelles-tu certains ?
[02/02/12 21:26:13] atelier_Slakh: J'ai retenu la rigidité du haïku dans le rythme des syllabes (5/7/5) ; c'était surtout pour expliquer l'histoire du haïku. Je ne me souviens plus d'exemple, par contre.
[02/02/12 21:26:34] Olivier Bleys: Autre e-haïku improvisé :
[02/02/12 21:26:42] Olivier Bleys: Au pli de la pendule
[02/02/12 21:26:47] Olivier Bleys: Les aiguilles froides
[02/02/12 21:26:52] Olivier Bleys: Entaillent la peau.
[02/02/12 21:27:01] Olivier Bleys: … réflexion sur les rigueurs de l'âge !
[02/02/12 21:27:48] Olivier Bleys: Je ne sais pas si cette cadence de 5 / 7 / 5 a vraiment du sens. Si c'est une convention orientale importée, ça n'est pas très utile.
[02/02/12 21:28:10] Olivier Bleys: Nous pourrions essayer d'autres formules, par exemple de resserrer le nombre de pieds, de vers en vers.
[02/02/12 21:28:22] Olivier Bleys: L'effet pourrait être intéressant.
[02/02/12 21:29:24] atelier_Jim Charron: là?
[02/02/12 21:29:34] atelier_Jim Charron: désolé
[02/02/12 21:29:41] atelier_Jim Charron: mauvaise manipulation
[02/02/12 21:31:15] Olivier Bleys: Exemple avec vers décroissants :
[02/02/12 21:31:18] Olivier Bleys: A la pointe des tiges (7)
[02/02/12 21:31:27] Olivier Bleys: La rosée bleue (4)
[02/02/12 21:31:42] Olivier Bleys: pleut (1)
[02/02/12 21:32:23] Olivier Bleys: @Jim : je ne comprends pas ton dernier message. Tu as posté un texte qui ne s'est pas affiché ?
[02/02/12 21:33:29] atelier_Jim Charron: je tentais, oui, mais je l'ai marqué ailleurs
[02/02/12 21:33:46] atelier_Jim Charron: Perdu dans la tempête
L'envol d'un flocon
unique
[02/02/12 21:33:54] Olivier Bleys: Intéressant !
[02/02/12 21:34:32] Olivier Bleys: " unique " a vraiment une présence, et son isolement au bout du poème lui donne beaucoup d'élan et de clarté.
[02/02/12 21:34:47] Olivier Bleys: … mais peut-être le mot est-il un peu technique.
[02/02/12 21:35:17] Olivier Bleys: " unique ", à mon oreille du moins, possède une terminaison dure, minérale
[02/02/12 21:35:39] Olivier Bleys: Ne pourrais-tu trouver un synonyme aussi expressif, mais plus fluide ?
[02/02/12 21:35:58] Olivier Bleys: Notre fidèle dico des synonymes est là pour t'aider :
[02/02/12 21:35:59] Olivier Bleys: http://www.crisco.unicaen.fr/cgi-bin/cherches.cgi
[02/02/12 21:36:09] atelier_Jim Charron: merci;)
[02/02/12 21:36:52] Olivier Bleys: Parmi les synonymes que j'ai trouvés, " inouï " par exemple, serait surprenant et assez intéressant.
[02/02/12 21:36:59] Olivier Bleys: Perdu dans la tempête
L'envol d'un flocon
[02/02/12 21:37:02] Olivier Bleys: Inouï
[02/02/12 21:37:20] Olivier Bleys: ou " parfait ", " idéal "
[02/02/12 21:37:21] atelier_Jim Charron: Inouï marque un vrai décalage je trouve, c'est intéressant
[02/02/12 21:38:05] atelier_Jim Charron: et "parfait" a quelque chose de poétique
[02/02/12 21:38:09] Olivier Bleys: oui, et dans le mot " inouï " même, dans sa sonorité, il y a quelque chose de touffu, de hérissé, de velu, qui m'évoque le flocon.
[02/02/12 21:38:37] Olivier Bleys: Et, en même temps, un scintillement, lié sans doute à la symétrie du " i ", en début et en fin de mot.
[02/02/12 21:38:43] Olivier Bleys: Une vraie trouvaille, me semble-t-il.
[02/02/12 21:39:10] Olivier Bleys: Comme le miroitement d'un flocon de neige dans une vive clarté…
[02/02/12 21:40:01] atelier_Jim Charron: oui, cela marche vraiment bien je trouve
[02/02/12 21:40:23] Olivier Bleys: Je mettrai en ligne un petit florilège de ces haïkus, pour que les autres puissent en profiter.
[02/02/12 21:40:32] Olivier Bleys: Essayons autre chose ?
[02/02/12 21:41:08] atelier_Jim Charron: oui
[02/02/12 21:41:46] atelier_Slakh: Dans la chaleur de l'étui
Repose le violon
Sommeil d'hiver
[02/02/12 21:41:48] atelier_Slakh: (J'essaie)
[02/02/12 21:43:07] Olivier Bleys: @Slakh : tu fais bien d'essayer ! Belle inspiration, je trouve. C'est une bonne idée d'ouvrir l'étui avant de décrire l'instrument à l'intérieur. " La chaleur " renvoie à " repose ", pour décrire ce qui est presque un lit.
[02/02/12 21:43:26] atelier_Jim Charron: j'aime beaucoup
[02/02/12 21:44:10] Olivier Bleys: @Slakh : d'où, cependant, une petite confusion possible ? Car un étui (ma femme est violoniste), malgré le rembourrage intérieur, c'est assez rigide, c'est une empreinte tapissée.
[02/02/12 21:44:32] Olivier Bleys: Je me demande si nous pourrions remplacer " chaleur " par un autre mot.
[02/02/12 21:44:54] Olivier Bleys: Beaucoup de candidats :
[02/02/12 21:44:56] Olivier Bleys: http://www.crisco.unicaen.fr/cgi-bin/trouvebis2?requete=chaleur&refer=&proc=2144_3685
[02/02/12 21:46:12] atelier_Slakh: Je réfléchis…
[02/02/12 21:47:49] atelier_Slakh: J'avais pensé à un mot qui évoquait l'idée de foyer, de maison (home)
[02/02/12 21:50:17] Olivier Bleys: … tu veux dire, pour remplacer " chaleur " ?
[02/02/12 21:50:31] atelier_Slakh: C'est en pensant à ça que j'avais choisi "chaleur"
[02/02/12 21:53:14] Olivier Bleys: Oui, bien sûr, ça fonctionne, mais ne crois-tu pas que ça fait partie des mots qui viennent les premiers à l'esprit, et qu'on pourrait aller plus loin, en cherchant d'autres effets ? Le problème, c'est qu'à travers nos lectures, mais aussi la télévision et tous les canaux médiatiques, nous avons acquis des tournures, des expressions toutes faites qui désormais s'imposent à nous : " la chaleur d'un foyer ", " un cœur solitaire ", " etc. La poésie permet précisément de troubler, délibérément, ce langage acquis. Cela fait partie de ses enjeux les plus nobles.
[02/02/12 21:53:47] Olivier Bleys: Bon… on ne risque rien à essayer ! Testons d'autres mots, juste pour voir.
[02/02/12 21:54:06] atelier_Jim Charron: cocon?
[02/02/12 21:54:12] atelier_Slakh: ah oui !
[02/02/12 21:54:28] atelier_Slakh: ou Enfermé dans l'étui,

[02/02/12 21:54:28] Olivier Bleys: Pourquoi pas ?
[02/02/12 21:54:38] Olivier Bleys: Dans le cocon de l'étui
Repose le violon
Sommeil d'hiver
[02/02/12 21:54:42] Olivier Bleys: Il y a un effet de rime
[02/02/12 21:54:53] Olivier Bleys: Ou simplement :
[02/02/12 21:55:07] Olivier Bleys: Dans la tiédeur de l'étui
Je berce le violon
Sommeil d'hiver
[02/02/12 21:55:49] Olivier Bleys: … juste pour tenter de faire ressortir ce que le poème a de doux, d'enveloppant, de maternel
[02/02/12 21:56:01] Olivier Bleys: On cherche une autre base ? Un autre e-haïku ?
[02/02/12 21:56:52] atelier_Slakh: j'aime bien l'effet de tiédeur, emrci
[02/02/12 21:56:53] atelier_Slakh: merci*
[02/02/12 21:57:59] Olivier Bleys: tiédeur, c'est plus doux et un peu moins usité que chaleur. Et puis, il y a un petit effet d'allitération entre Tiédeur et éTui
[02/02/12 21:58:44] atelier_Slakh: oui, ça s'entend, c'est plus joli
[02/02/12 21:59:30] atelier_Slakh: Jim, tu as des idées ?
[02/02/12 22:00:33] atelier_Jim Charron: pour ton haïkus, il me semble que tièdeur est un choix judicieux, il met bien en valeur, l'image de départ que tu as voulu décrire
[02/02/12 22:03:32] atelier_Jim Charron: Dictature du silence
Le vent qui hurle
Rebelle
[02/02/12 22:04:56] Olivier Bleys: Il y a quelque chose de très âpre, de dur et de violent dans ce poème. Cela tient aussi, me semble-t-il, aux sonorités tranchantes, heurtantes.
[02/02/12 22:05:29] Olivier Bleys: Mais auprès des deux premiers vers, qui sont à l'unisson de ce sentiment, le troisième me semble un peu… comment dire… abstrait.
[02/02/12 22:05:42] Olivier Bleys: C'est une impression personnelle.
[02/02/12 22:06:14] Olivier Bleys: Je crois qu'en général, le mot " rebelle " ne me parle pas trop !
[02/02/12 22:07:04] Olivier Bleys: C'est curieux comme, en changeant seulement un mot ou deux, comme on appuierait sur telle ou telle branche d'un mobile de Calder, on change l'équilibre entier de la construction !
[02/02/12 22:07:12] Olivier Bleys: Par exemple :
[02/02/12 22:07:17] Olivier Bleys: Âpreté du silence
[02/02/12 22:07:22] Olivier Bleys: Le vent qui hurle
[02/02/12 22:07:23] Olivier Bleys: Bestial
[02/02/12 22:07:28] atelier_Karoliina Vesa: Et hop, je me lance aussi (mon 1er haïku depuis très longtemps!)
[02/02/12 22:07:36] Olivier Bleys: On t'écoute, K !
[02/02/12 22:07:44] atelier_Karoliina Vesa: Bouquins ancrés
Alignés
Chuchotent
[02/02/12 22:08:40] Olivier Bleys: Pas mal. Le cerveau hésite à se figurer des livres ou des bateaux à l'ancre, dans un port brumeux ! Qu'est-ce qui t'a inspiré le choix de ce mot, " ancré " ? quelle image voulais-tu rendre ?
[02/02/12 22:09:37] Olivier Bleys: @Jim : en me relisant, je trouve qu' " âpreté du silence " manque son objectif. Il faut garder " dictature ", mais travailler, je crois, sur le dernier mot / vers.
[02/02/12 22:09:47] Olivier Bleys: Dictature du silence
[02/02/12 22:09:48] Olivier Bleys: Le vent qui hurle
[02/02/12 22:09:51] Olivier Bleys: A la nuit
[02/02/12 22:10:42] Olivier Bleys: [ question technique : comment faites-vous pour revenir à la ligne sans sauter une ligne ? Y a-t-il une manipulation à faire ? Je n'y parviens pas. ]
[02/02/12 22:11:27] atelier_Slakh: (shift + entrée)
[02/02/12 22:12:21] Olivier Bleys: Merci pour le tuyau !
[02/02/12 22:12:45] atelier_Jim Charron: @ Olivier: pour le dernier vers: " a la nuit" me convient vraiment, cela me fait penser à un échos. Mais alors "dictature" me semble inapproprié
[02/02/12 22:12:51] atelier_Karoliina Vesa: C'était pour donner l'image que les livres sont immobiles mais pas de leur propre volonté - au sens figuré, pour faire partie de la vie des gens et avoir effet, les gens doivent les saisir, les livres ne peuvent pas "prendre le premier pas". Une image un peu déterministe, aussi
[02/02/12 22:14:53] Olivier Bleys: @Jim : ou même " à la lune ", ce qui introduirait une confusion entre le vent et le loup.
Meute des silences
Le vent qui hurle
A la lune
[02/02/12 22:16:14] Olivier Bleys: @Karoliina : je comprends. Tu avais d'autres choix pour exprimer la même idée.

Bouquins aux arrêts     [ terme de discipline militaire, un genre de punition infligée à un soldat qui a fauté ]
Alignés
Ils murmurent
[02/02/12 22:16:59] atelier_Jim Charron: "Meute des silences
Le vent qui hurle
A la lune"
[02/02/12 22:17:05] atelier_Jim Charron: j'approuve totalement
[02/02/12 22:17:12] Olivier Bleys: @Jim : cool !
[02/02/12 22:17:14] atelier_Karoliina Vesa: Le terme des arrêts me paraît très juste (et un nouveau mot dans mon vocabulaire du francais, c'est toujours un joie!)
[02/02/12 22:17:55] Olivier Bleys: Extrait du dictionnaire, concernant les arrêts :
[02/02/12 22:17:57] Olivier Bleys: sanction disciplinaire infligée à un officier ou un sous-officier. | Mettre qqn aux arrêts. | Être aux arrêts. | Garder les arrêts. | Rompre les arrêts. | Lever les arrêts.
[02/02/12 22:18:24] Olivier Bleys: Les trois dernières expressions sont peu communes, mais les deux premières, oui.
[02/02/12 22:18:49] atelier_Karoliina Vesa: Ah je vois, merci!
[02/02/12 22:19:17] Olivier Bleys: Je m'aperçois que jouer sur deux registres (par exemple, dans le poème de Jim, le vent / les loups) confère une certaine richesse au poème.
[02/02/12 22:19:29] Olivier Bleys: Le sens se nourrit de l'ambiguïté
[02/02/12 22:19:53] Olivier Bleys: Idem : les livres, les soldats dans le poème de Karoliina
[02/02/12 22:21:58] Olivier Bleys: Un petit dernier pour la route ?
[02/02/12 22:22:04] Olivier Bleys: Qui a encore l'inspiration ?
[02/02/12 22:22:26] Olivier Bleys: Sur les yeux qui se ferment, justement, les paupières lourdes, les bâillements irrépressibles, la nuit qu'il faut habiter de tout son long !
[02/02/12 22:25:25] atelier_Karoliina Vesa: Grâcieusement
Les fleurs
Fanent
[02/02/12 22:28:07] Olivier Bleys: Ce petit poème nous permet d'imaginer, dans leur chute délicate, silencieuse, les pétales détachés après que la fleur a fané. On sent aussi la tige qui se courbe, la fleur brunie qui rapetisse, se froisse.
[02/02/12 22:29:40] Olivier Bleys: Si on voulait l'améliorer, je pense que l'adverbe " gracieusement " (s'écrit sans accent circonflexe sur le " a ", à l'inverse de " grâce ", encore une bizarrerie du français !) pourrait être remplacé par un autre, ou par une tournure mieux appropriée.
[02/02/12 22:30:07] Olivier Bleys: " gracieusement ", par exemple, pourrait-il devenir " galamment, que propose le dictionnaire des synonymes ?
[02/02/12 22:32:02] Olivier Bleys: ou, si l'on renonce à tout adverbe (forcément un peu long, un peu lourd, pour remplir le vers)… " peu à peu "

Peu à peu
Les fleurs
Fanent

Assez délicat, je trouve.
On peut trouver mieux.
[02/02/12 22:32:31] Olivier Bleys: Jouons sur les " f ", par exemple ?

Fil à fil
Les fleurs
Fanent
[02/02/12 22:32:35] atelier_Karoliina Vesa: En effet, l'omission de l'adverbe le rend beaucoup plus délicat
[02/02/12 22:34:14] Olivier Bleys: Il y a quelque chose à trouver du côté de " peu à peu ", " plus ou moins " (jolie ambiguïté), " pas à pas ", etc.
Le français propose beaucoup de ces constructions, qui me paraissent acclimatables, ici, car elles marquent souvent l'écoulement du temps qui est le motif central de ce poème.
[02/02/12 22:34:48] Olivier Bleys: Belles et pâles
Les fleurs
Fanent
[02/02/12 22:35:20] Olivier Bleys: Je te laisse y réfléchir, Karoliina ! L'heure tourne, je vais devoir me retirer de notre petite conversation.
[02/02/12 22:36:08] Olivier Bleys: En tout cas, je reste persuadé qu'il y a une voie pour des " e-haïkus " quotidiens s'affichant sur les écrans des smartphones.
Une bouffée de poésie numérique dans ce monde d'illettrés ?
[02/02/12 22:36:25] atelier_Slakh: Oh oui, il faudrait une application !
[02/02/12 22:37:09] Olivier Bleys: J'y réfléchirai de mon côté. Si des idées vous viennent (avec la fraîcheur et l'audace qui, n'est-ce pas ? caractérisent la jeunesse), parlons-en !!!
Ce serait formidable si l'atelier débouchait sur une micro-entreprise littéraire non périssable !
[02/02/12 22:37:13] atelier_Karoliina Vesa: Ca serait superbe!
[02/02/12 22:37:24] Olivier Bleys: Allez, gardons cela dans un coin de nos têtes.
[02/02/12 22:37:37] Olivier Bleys: … et reparlons-en au fil de la toile, ou lors d'un prochain atelier !
[02/02/12 22:37:51] atelier_Jim Charron: avec plaisir
[02/02/12 22:38:29] atelier_Karoliina Vesa: Bonne nuit à tous, à la prochaine!
[02/02/12 22:38:38] atelier_Slakh: Bonne nuit !
[02/02/12 22:38:41] atelier_Jim Charron: bonne nuit à tous également, à bientôt
[02/02/12 22:39:38] Olivier Bleys: Oui, bonne nuit ! Séance très sympathique ! En ligne très prochainement…

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21 janvier 2012

Séance virtuelle n° 5 du 19/01/12

Déroulé intégral de la séance du 19/01/12

[19/01/12 21:00:26] Olivier Bleys: Bonsoir
[[19/01/12 21:04:20] atelier_Thomas LeGuennic: oui, bonsoir
[19/01/12 21:08:23] Olivier Bleys: Ce soir, je voudrais commencer par évoquer ce projet de " livre collectif " qu'un des vôtres, Alexandre, a proposé lors de la dernière séance présentielle.
[19/01/12 21:09:17] atelier_Thomas LeGuennic: Je me souviens… à propos d' "étranges voyageurs"
[19/01/12 21:10:05] atelier_Antoine Beaur: Bonsoir
[19/01/12 21:10:12] atelier_Thomas LeGuennic: Bonsoir
[19/01/12 21:10:47] atelier_Antoine Beaur: et bonne année
[19/01/12 21:10:55] Olivier Bleys: Bonsoir Antoine, tous mes vœux également !
[19/01/12 21:10:58] atelier_Antoine Beaur: merci
[19/01/12 21:10:59] atelier_Thomas LeGuennic: Merci, toi aussi
[19/01/12 21:11:22] Olivier Bleys: J'évoquais le projet de " livre collectif " soumis par Alexandre, un des étudiants participants, lors de la dernière présentielle.
[19/01/12 21:11:48] Olivier Bleys: Je crois l'idée intéressante mais, avant d'y engager les étudiants volontaires, avant aussi de solliciter les institutions partenaires de l'atelier pour un éventuel soutien financier, il faut nous assurer… que le projet " accrochera " et sera mené à terme.
[19/01/12 21:12:23] Olivier Bleys: En deux mots, voilà ce dont il s'agit, ou plutôt l'état de nos réflexions…
[19/01/12 21:13:01] Olivier Bleys: Un vrai petit livre, publié en quelques dizaines d'exemplaires, réunissant l'ensemble des contributions de l'atelier au cours de l'année.
[19/01/12 21:13:30] Olivier Bleys: Mais un livre " pensé " dont la forme, le fond, le contenu, la structure fassent l'objet de concertations et de réflexions entre nous.
[19/01/12 21:14:14] atelier_Karoliina Vesa: Bonjour, et meilleurs voeux à tous (et désolée de mon retard)!
[19/01/12 21:14:27] Olivier Bleys: Bonjour ! Bienvenue Karoliina ! Tous mes vœux également !
[19/01/12 21:14:36] atelier_Antoine Beaur: merci, de même.
[19/01/12 21:14:37] atelier_Thomas LeGuennic: Bonne année !
[19/01/12 21:14:46] Olivier Bleys: Je poursuis sur le livre.
[19/01/12 21:15:09] Olivier Bleys: Pour ma part, je crois qu'un fil directeur, éventuellement narratif, s'impose.
[19/01/12 21:15:41] Olivier Bleys: Alexandre proposait un thème, qui permette l'unité de lieu : Bordeaux.
[19/01/12 21:15:53] Olivier Bleys: La ville, le territoire, concret ou imaginaire…
[19/01/12 21:18:11] Olivier Bleys: De mon côté (les deux propositions ne sont nullement rivales, plutôt complémentaires, et j'entendrai les vôtres avec plaisir), je songeais à une ethnographie à la fois fantaisiste, voire farfelue, et très méthodique, s'appliquant aux univers personnels dont nous sommes tous porteurs. Un personnage : l'ethnographe, un scientifique chargé d'explorer notre intimité, jusqu'aux moindres replis de notre imaginaire.
[19/01/12 21:18:59] Olivier Bleys: Un livre comme " ailleurs " d'Henri Michaux, est un exemple de cette ethnographie littéraire.
[19/01/12 21:19:13] Olivier Bleys: Mais, avant tout, est-ce que l'idée d'une publication collective vous stimule ?
[19/01/12 21:20:49] atelier_Thomas LeGuennic: Je trouve que c'est une bonne idée. Cela permet d'avoir un objectif, quelque chose de collectif et de créatif. Toutefois je suis plutôt réservé quant à ma capcité à m'impliquer (concours, etc.)
[19/01/12 21:22:12] Olivier Bleys: C'est un peu la difficulté de l'atelier, je crois : les étudiants affrontent de lourdes échéances, notamment scolaires, ce qui leur laisse peu de temps et de disposition d'esprit pour suivre un projet dans la durée. Au final, les sympathisants sont plus nombreux que les participants effectifs. Ce n'est nullement leur faute !
[19/01/12 21:23:28] Olivier Bleys: Bon. Je sais qu'Alexandre prépare un courriel dans lequel il vous exposera ce projet. Nous aurons l'occasion d'y revenir, et d'y réfléchir plus avant.
[19/01/12 21:24:03] Olivier Bleys: Ecrivons un peu.
[19/01/12 21:24:39] Olivier Bleys: Dans la lignée de l'exercice sur l'attention que je vous ai proposé la dernière fois, j'aimerais vous soumettre une idée d'activité, ce soir.
[19/01/12 21:25:24] Olivier Bleys: Pour commencer, rendons-nous sur le site Internet du Monde : http://www.lemonde.fr/
[19/01/12 21:26:03] Olivier Bleys: … et choisissons un article en une, le premier qui accroche notre regard…
[19/01/12 21:26:44] Olivier Bleys: … dans cet article, piochons une phrase au hasard, assez courte (une seule contrainte : qu'elle soit intelligible et ne soit pas extraite du " chapeau ", l'en-tête de l'article)…
[19/01/12 21:27:15] Olivier Bleys: Nous allons broder autour de cette phrase en nous livrant à une rapide, mais rigoureuse association d'idées.
[19/01/12 21:28:21] Olivier Bleys: Il s'agit, en quelque sorte, de nous livre à l'écriture automatique et de concurrencer les générateurs automatiques de texte apparus dans les années 1980 qui, à partir d'un extrait comme celui-ci, pouvait produire des lignes presque à l'infini.
[19/01/12 21:28:39] Olivier Bleys: Qui voudrait prendre part à l'expérience ?
[19/01/12 21:29:36] atelier_Juliette Porte: Bonsoir, bonne année, j'ai lu ce que j'ai manqué, et je veux bien prendre part à cette expérience! =)
[19/01/12 21:29:47] Olivier Bleys: Bonsoir Juliette, bonne année à toi aussi !
[19/01/12 21:30:17] Olivier Bleys: Nous sommes très peu, mais quelques-uns quand même, de quoi nous amuser avec les mots.
[19/01/12 21:30:33] Olivier Bleys: Bien, Juliette, quelle est ta phrase, prélevée dans le Monde ?
[19/01/12 21:31:07] atelier_Thomas LeGuennic: (Je n'avais pas compris que c'était un exercice collectif)
[19/01/12 21:31:29] atelier_Juliette Porte: "100 voix contre zéro" , c'est citation en plein milieu de l'article de une
[19/01/12 21:32:46] Olivier Bleys: @Thomas : je pensais plutôt à plusieurs exercices, simultanés. Chacun prélève une phrase, mais l'on peut intervenir sur les textes des autres. Si nous travaillons tous sur le même texte, ça deviendra très vite (trop vite) polyphonique, et l'on risque de s'y perdre.
[19/01/12 21:34:12] Olivier Bleys: @Juliette : ok, " 100 voix contre zéro ". Je te propose de définir d'emblée un cadre compatible avec cet énoncé. Il y a différentes voies (sic) : un article politique sur les élections, un score de match, un concert vocal, ou autre chose. As-tu une idée ?
[19/01/12 21:35:17] atelier_Juliette Porte: Dans l'article, le contexte est le vote d'une loi au Sénat, donc je suppose qu'on écarte le contexte d'un vote (quel qu'il soit)?
[19/01/12 21:37:01] atelier_Juliette Porte: ou alors un vote quand même? (j'avoue que cette phrase me fait tout de suite penser à un vote)
[19/01/12 21:37:02] Olivier Bleys: @Juliette : tu peux choisir d'épouser le cadre ou de t'en affranchir.
[19/01/12 21:37:20] Olivier Bleys: Sens-toi libre !
[19/01/12 21:39:09] atelier_Juliette Porte: le contexte d'un tout petit village de 100 électeurs, qui votent tous pour le même candidat à la mairie, politiquement orienté à (là je réfléchit)
[19/01/12 21:39:22] atelier_Juliette Porte: un parti extrême, droite ou gauche
[19/01/12 21:39:32] Olivier Bleys: Bien. Je suis.
[19/01/12 21:39:42] atelier_Juliette Porte: genre le Parti de France
[19/01/12 21:40:04] Olivier Bleys: Essaie de trouver un mobile commun à tous ces électeurs.
[19/01/12 21:40:13] atelier_Juliette Porte: pardon, Parti de la France (de Carl Lang)
[19/01/12 21:40:26] Olivier Bleys: Pourquoi votent-ils tous la même chose ? Le maire est-il très charismatique ? En place depuis quarante ans, et connaissant tout le monde ?
[19/01/12 21:41:02] Olivier Bleys: Ou, démagogue, proposant le doublement des salaires, la suppression des taxes et un éclairage public multicolore ?
[19/01/12 21:41:07] Olivier Bleys: D'abord, qui habite ce village ?
[19/01/12 21:43:51] atelier_Juliette Porte: Un tout petit village, je le voies plutôt à la campagne, bien rural, avec plus de vaches que de gens, donc... il faut défendre l'agriculture française, et le maire propose de moderniser l'agriculture, enfin les électeurs votent tous pour le même pour ses propositions politiques
[19/01/12 21:44:30] Olivier Bleys: Pourtant, je suppose que les autres candidats sont aussi des ruraux et donc, qu'ils défendent un programme plus ou moins convergent ?
[19/01/12 21:44:37] Olivier Bleys: Qu'est-ce qui distinguerait celui-ci ?
[19/01/12 21:45:19] Olivier Bleys: Et s'il notait plutôt le droit de vote aux animaux ?
[19/01/12 21:45:27] Olivier Bleys: Plus de vaches que de gens, ça pourrait aider.
[19/01/12 21:45:47] Olivier Bleys: Un agriculteur voterait au prorata du nombre d'animaux dans son cheptel
[19/01/12 21:48:27] atelier_Juliette Porte: C'est un vieux réac' qui propose une "protection" du village par une taxe sur les produits. Tous ceux qui voudraient acheter les produits, et qui ne seraient pas habitants, devraient payer une taxe en plus, ce qui permettrait (dans l'idée du maire) de gagner des sous et d'augmenter les rendements, etc. Alors que les autres candidats (disons deux candidats), l'un serait déjà maire depuis 40 ans et les gens en ont marre, et l'autre, à l'opposé de celui élu, serait plutôt un jeune qui ne vit pas dans le village depuis très longtemps et souhaitait une ouverture, une modernité qui ne convenait pas aux habitants
[19/01/12 21:48:45] atelier_Juliette Porte: ça fait plein de clichés d'un coup sur la France rurale! :D
[19/01/12 21:49:37] atelier_Juliette Porte: ah oui le droit de vote aux vaches, ça c'est sympa, mais seulement à partir de leur majorité (y'a pas de raison!)
[19/01/12 21:50:30] Olivier Bleys: C'est bien parti !
[19/01/12 21:50:34] atelier_Antoine Beaur: Le nombre restreint de votant me fait penser que cette histoire pourrait prendre place à une époque où le suffrage universelle n'est pas encore instauré.
[19/01/12 21:50:55] atelier_Antoine Beaur: Par exemple, en france sous la restauration.
[19/01/12 21:51:26] Olivier Bleys: Pour que la taxe ait une chance d'être appliquée, il faut que les produits du village aient quelque chose de spécial, qu'on ne trouve pas ailleurs, qu'ils soient supérieurement attractifs. Quelle pourrait être leur spécificité ?
[19/01/12 21:52:20] atelier_Juliette Porte: Les fromages sont faits avec du lait de vache QUI VOTENT, alors ça c'est la classe, ça explique tout!
[19/01/12 21:53:49] atelier_Juliette Porte: Mais sinon, c'est justement la faiblesse de l'argumentation du maire, qui croit que les gens vont continuer à acheter les produits sans se laisser décourager par la taxe, alors que finalement il propose tout simplement un repli sur lui même du village, une sorte de protectionisme enclavé dans la France
[19/01/12 21:54:19] atelier_Thomas LeGuennic: (comme un air de déjà vu…)
[19/01/12 21:54:33] atelier_Antoine Beaur: Les vaches qui votent?
[19/01/12 21:55:00] atelier_Antoine Beaur: et la marmotte, elle met le bulletin dans l'urne. Etonnant non?
[19/01/12 21:55:08] atelier_Juliette Porte: Je veux bien que ça se passe sous la restauration (mais alors le PDF n'existe pas encore). Bah oui évidemment je suis influencée par un certain programme dévoilé la semaine dernière. Mais c'est ça le principe de l'écriture automatique non?
[19/01/12 21:55:45] atelier_Antoine Beaur: (c'était une simple proposition)
[19/01/12 21:56:03] atelier_Juliette Porte: Oui oui les vaches qui votent. Un "meuh", je vote intel. Deux "meuh", je vote pour l'autre, c'est très simple :D
[19/01/12 21:56:18] atelier_Antoine Beaur: 'fectivement, j'avais pas vu çà comme çà^^
[19/01/12 21:57:15] Olivier Bleys: Ça pourrait être (assez) sérieux. Un parti très extrême soutiendrait que, puisqu'on donne le droit de vote aux étrangers, on pourrait l'offrir aussi aux animaux, dont certains (peut-être pas les vaches mais, tiens, les chiens de chasse) sont réputés pour leur intelligence.
[19/01/12 21:57:44] Olivier Bleys: Ce parti prônerait l'amour des bêtes, leur reconnaîtrait les mêmes droits qu'aux humains.
[19/01/12 21:57:47] atelier_Antoine Beaur: Peut être qu'un progrès scientifique est à l'origine de cette décision
[19/01/12 21:57:58] Olivier Bleys: Oui, plausible, d'ailleurs.
[19/01/12 21:58:40] atelier_Thomas LeGuennic: Ce sont des anti-spécistes ?
[19/01/12 21:58:57] Olivier Bleys: Des savants seraient parvenus à la conclusion que les animaux, non seulement parlent, mais conspuent ouvertement l'humanité dans leur langage. S'ils ont décidé de ne pas interférer avec la civilisation humaine, c'est par sagesse, non par soumission.
[19/01/12 21:59:13] Olivier Bleys: J'ai entendu une thèse approchante au sujet des baleines.
[19/01/12 21:59:45] Olivier Bleys: Bref, Juliette, maintenant qu'un décor est planté, nous pourrions accompagner la petite phrase prélevée dans l'article d'autres de ton invention ?
[19/01/12 22:00:57] Olivier Bleys: Exemple : " 100 voix contre zéro. C'était le résultat du premier dépouillement, achevé à vingt-heures quarante-cinq dans la salle du conseil municipal de la Grande Vareuse. " etc.
[19/01/12 22:02:57] atelier_Juliette Porte: "Aujourd'hui, votez pour la modernité, pour la nouveauté et le changement!" clamait M. Lemaire, élu à 100% des voix dans un petit village de campagne. Les habitants, séduits par sa philantropie et son amour des bêtes, l'ont en effet élu à  l'unanimité."
[19/01/12 22:03:30] atelier_Juliette Porte: heu plutôt "dans ce petit village"
[19/01/12 22:04:44] Olivier Bleys: Oui, tu peux cerner encore géographiquement, sinon le décor est un peu pâle. Soit en apportant des précisions géographiques : " dans ce petit village rural du Perche. ", soit en décrivant ce qui l'entoure : " dans ce petit village environné de champs de colza en fleurs. "
[19/01/12 22:06:04] Olivier Bleys: N'hésite pas à donner encore la parole au maire, c'est plus vivant. Par exemple " Je n'ai jamais douté de ma victoire. Ce qui se passe entre les Verdiens et moi, ce n'est pas de la politique, c'est une histoire d'amour. Et elle dure depuis onze ans ! "
[19/01/12 22:06:16] atelier_Juliette Porte: Les 101 vaches majeures plaisiblement installées dans les plaines qui entourent le village sur plus de 40 hectares à la ronde, se sont immédiatement vues reconnu le droit de vote, dès les prochaines élections.
[19/01/12 22:07:01] Olivier Bleys: L'idée qu'une vache dispose du droit de vote n'est pas commune. Donc, il faut l'introduire.
[19/01/12 22:08:19] Olivier Bleys: Avec une formule qui marque l'incongruité de la situation : " Le suffrage universel s'applique-t-il aux animaux ? Le nouveau maire est de cette opinion qui, compte bien, dès le début de sa magistrature, introduire dans le code municipal cette réforme d'ampleur. " etc.
[19/01/12 22:09:27] atelier_Juliette Porte: "Il me semble extrêmement important d'accorder ce droit aux animaux qui nous accompagnent si fidèlement depuis tant d'années, clamait M. Lemaire encore un jour avant les élections. Elles sont douces, calmes, et bien plus intelligentes que les citadins de visite, tel que mon concurrent, le pensent. Elles sauront faire le bon choix lors des élections à venir, qui rappelons-le, seront cette fois des élections nationales, puisqu'il s'agira d'élire notre président de la République."
[19/01/12 22:10:00] Olivier Bleys: Ça fonctionne ! Et c'est drôle !
[19/01/12 22:10:27] atelier_Juliette Porte: Le journal poursuit: "Le conseil constitutionnel a déjà aggréé à la mise en acte de cette proposition, qu'il trouve en parfaite compatibilité avec la constitution et particulièrement en avance sur son temps
[19/01/12 22:10:31] Olivier Bleys: Il faudrait reprendre tous ces éléments pour aboutir à un texte uni, et travailler alors les transitions.
[19/01/12 22:12:02] Olivier Bleys: Pour dramatiser le sujet, introduire du conflit et donc fixer l'intérêt du lecteur, je suggère de créer des opposants, d'ouvrir une polémique. Le conseil constitutionnel ne peut immédiatement donner son aval, ou alors, il doit affronter la lever de boucliers de certains parlementaires, ainsi que d'associations comme l'Union rationaliste.
[19/01/12 22:12:36] Olivier Bleys: Notamment, l'allusion du maire aux " citadins en visite " pourrait être un point de crispation.
[19/01/12 22:13:04] Olivier Bleys: Et s'il évoquait directement les Parisiens qui ne respectent rien, qui garent leurs grosses berlines n'importe où et nous parlent comme à des demeurés ?
[19/01/12 22:19:05] atelier_Juliette Porte: Dans ce cas, l'article poursuivrait: " Le principal ex-concurrent de M. Lemaire, dont le nom échappe au rédacteur du présent article (nous espérons que les lecteurs voudront bien nous pardonner ce regrettable oubli), s'est senti particulièrement offensé par l'attaque de notre nouveau le décrivant comme un "parigot du 18è", arguant qu'il vient du 19è, et plus encore par l'attaque concernant sa voiture qui ne compte pas 15 places, mais 12. Extrêmement vexé, il a à son tour répliqué en traitant M. Lemaire de "Monsieur "Meuh"", ce qui est, avouons-le en toute équité, fort peu élégant
[19/01/12 22:19:40] atelier_Juliette Porte: Bon je travaille pas les transitions, mais pour revenir sur le conseil constitutionnel:
[19/01/12 22:19:47] Olivier Bleys: oui…
[19/01/12 22:21:18] Olivier Bleys: Ce pourrait être intéressant de donner une dimension européenne, voire internationale à cette affaire. La décision du conseil constitutionnel pourrait servir à fonder un nouveau droit des animaux. Le petit maire de ce village perdu deviendrait une vedette, un porte-parole de la gent animale !
[19/01/12 22:21:25] Olivier Bleys: Voire le nouvel époux de Bardot ?
[19/01/12 22:21:39] atelier_Juliette Porte: "Les tensions parmi les parlementaires étaient aussi bien présentes: les plus réactionnaires d'entre eux ont bien insité sur le fait que les vaches devaient non seulement être majeures, mais également vaccinées, avant de se voir accorder le droit de vote.
[19/01/12 22:24:21] Olivier Bleys: Quelqu'un pourrait soulever la question des maladies animales, particulièrement la maladie de la vache folle qui, note-t-il, menace la lucidité du vote.
[19/01/12 22:24:30] atelier_Juliette Porte: Ils ont aussi exprimé leur point de vue à propos des autres mesures phares de M. Lemaire, notamment à propos de la taxe qui doit être imposée sur les produits villageois à tous les acheteurs non-verdois. Le montant de cette taxe initialement prévu était de 25%, mais ils estimaient ce pourcentage trop élevé et il a été réduit, à la satisfaction générale et grâce à l'extrême complaisance du nouveau maire, à 24'5%
[19/01/12 22:25:03] Olivier Bleys: Très drôle !
[19/01/12 22:25:38] Olivier Bleys: Tu devrais cibler plus précisément ces produits, voire les énumérer, pour qu'on s'en fasse une image. De quoi s'agit-il ? Seulement produits agricoles ?
[19/01/12 22:26:24] atelier_Juliette Porte: L'argent ainsi collecté par le village permettra à celui-ci de moedrniser son agriculture mais surtout d'acquérir des vaccins contre la vache folle, fabriqués en Ethiopie par des salariés qui ne sont pas majeurs puisqu'ils ont 12 ans.
[19/01/12 22:26:36] Olivier Bleys: Ou reste-t-il une manufacture de quelque chose (prothèses mammaires ? préservatifs ? crucifix en plastique moulé ?) qui fait encore travailler une dizaine de personnes, et possède des clients dans le monde entier ?
[19/01/12 22:31:19] atelier_Juliette Porte: Du coup, par philantropie pure, M. Lemaire a décidé de faire importer ses vaccins non pas d'Ethiopie mais du japon. Il s'est heurté à un nouveau problème: les japonnais, ignorant ce qu'est une vache (encore des citadins), ont tout bonnement refuser l'exportation de leur vaccins. Il semble que le droit des animaux ne soit pas une valeur encore universellement reconnue partout dans le monde. Alors, en désespoir de cause, M. Lemaire s'est tourné vers un partenaire européen, la Suède. La Suède a prêté une oreille attentive aux réclamations de M. lemaire et a bien volontier vendu les vaccins -nos vaches bien aimées pourront mourir en paix dans nos champs de colzat.
[19/01/12 22:32:18] Olivier Bleys: En outre, les Japonais pêchent la baleine au mépris du droit international, ce que M. Lemaire, bafoué, n'a pas manqué de leur rappeler — source d'un grave incident diplomatique entre nos deux pays.
[19/01/12 22:32:59] Olivier Bleys: Le temps va nous manquer pour travailler les transitions mais, après avoir réuni toutes ces idées, comme tu prendrais des notes en vrac sur un carnet, je te propose d'établir une sorte de plan pour les mettre en ordre.
[19/01/12 22:33:11] Olivier Bleys: Ce serait le plan de l'article.
[19/01/12 22:35:06] Olivier Bleys: Pour information, dans les années 1980 est paru un livre, " L'écriture créative " de Louis Timbal Duclaux, aux éditions Retz, qui indiquait plusieurs méthodes destinées à stimuler la créativité rédactionnelle. Cet ouvrage inclut quelques propositions intéressantes — comment, par exemple, former une " galaxie de mots ", à la fois ouverte et ordonnée, autour d'une idée-germe.
[19/01/12 22:35:14] Olivier Bleys: C'est un peu ce que nous faisons ce soir…
[19/01/12 22:35:27] Olivier Bleys: Nous stimulons nos cerveaux droits !
[19/01/12 22:35:41] Olivier Bleys: Mais revenons à ton texte, Juliette.
[19/01/12 22:35:52] Olivier Bleys: Voilà une ébauche de plan, ou plutôt un début :
[19/01/12 22:37:08] Olivier Bleys: 1 / description " mise en scène " du premier contact avec le maire, rencontré pour l'interview. " Au seuil d'une vieille ferme délabrée, un homme entre deux âges, moustache gauloise et œil rieur, nous accueille en bleu de travail "
[19/01/12 22:38:13] Olivier Bleys: 2 / début du témoignage du maire, livrant ses sentiments après l'élection : " ma vie a changé. Rien ne sera plus comme avant. Mes amis sont devenus des administrés. L'avenir nous appartient mais maintenant, il faut relever nos manches ! "
[19/01/12 22:40:09] Olivier Bleys: 3 / on élargit le cadre en introduisant un rapide portrait géographique et économique de la région et du village : " Les mots de M. Lemaire résonnent avec une particulière acuité dans cette région rurale, où plus de la moitié de la population travaille aux champs. Ici, tous les jeunes veulent reprendre l'exploitation familiale, qui… "
[19/01/12 22:40:27] Olivier Bleys: … que verrais-tu ensuite ? Tu peux l'exposer de façon plus concise que moi !
[19/01/12 22:42:42] atelier_Juliette Porte: 4/ le déroulement de l'élection, avec un bref retour sur le clash entre ruraux/citadins, et une transition "M. J'ai-oublié-son-nom proposait une politique qui ne vaut même pas la peine d'être exposée, à l'opposée de M. Lemaire qui, en amoureux des bêtes, a accordé le droit de vote aux vaches de notre belle contrée"
[19/01/12 22:42:59] atelier_Juliette Porte: 5/ L'histoire avec le conseil constitutionnel
[19/01/12 22:43:13] Olivier Bleys: Ok
[19/01/12 22:45:59] atelier_Juliette Porte: 6/ Une conclusion sur l'incident diplomatique qui prend une tournure mondiale, avec les japonnais pas contents, l'europe qui se réunit et qui est divisée, finalement, il est encore trop tôt pour dire comment finira cette histoire mais l'article peut faire des hypothèses comme "une probable sortie de l'union de la France et de la Suède, qui serait peut-être suivie par un éclatement de la zone entière"
[19/01/12 22:46:39] Olivier Bleys: Oui, j'aime beaucoup cette fin cataclysmique. Comment, partant d'un village sans histoire, on met la planète en ébullition !
[19/01/12 22:47:05] atelier_Thomas LeGuennic: ça veut dire qu'il ne faut pas que les vaches acquièrent le droit de vote ?
[19/01/12 22:47:26] Olivier Bleys: Ce peut être amusant de donner une ampleur extra-humaine à cette histoire : faire parler les vaches, leur confier des responsabilités, c'est remettre la nature en jeu.
[19/01/12 22:47:31] Olivier Bleys: ou plutôt dans le jeu
[19/01/12 22:48:49] Olivier Bleys: @Thomas : je ne sais pas si les vaches doivent voter ! Il me semble qu'elles ne voteraient pas plus légèrement que certains de nos concitoyens. On lit tous les jours des choses étonnantes au sujet des vaches. J'ai appris récemment que, dans les champs, elles s'alignaient sur les champ magnétique terrestre, ce que révèlent, paraît-il, les prises de vue aériennes.
[19/01/12 22:49:21] atelier_Thomas LeGuennic: Diantre !
[19/01/12 22:50:11] Olivier Bleys: Une chose est sûre (conclusion humoristique possible pour l'article de Juliette) : avec deux ou trois taureaux de son côté, M. Lemaire dispose d'un parti viril qui ne craint plus les bagarres après l'annonce des résultats, et d'un service d'ordre à toute épreuve.
[19/01/12 22:50:23] atelier_Antoine Beaur: héhé
[19/01/12 22:50:52] Olivier Bleys: Mais quelqu'un pourrait lancer un nouveau : " mort aux vaches " !
[19/01/12 22:51:45] atelier_Juliette Porte: Et l'année prochaine, les vaches pourraient faire basculer le vote d'un côté ou de l'autre.
[19/01/12 22:52:15] atelier_Juliette Porte: Ou alors, lors des élections à la mairie suivante, elles pourraient voter contre M. Lemaire
[19/01/12 22:52:18] atelier_Antoine Beaur: L'Inde prendra probablement une position radicale sur la scène internationale
[19/01/12 22:53:02] Olivier Bleys: @Juliette : oui, et du coup, les éleveurs les soigneraient comme des bêtes à concours. Etables chauffées, pâturages climatisés, nourriture abondante, massages des pis…
[19/01/12 22:53:23] atelier_Juliette Porte: Pour un candidat qui leur retire aussitôt ce droit, ce qui prouverait qu'en fait, elle ne votent pas plus intelligemment que les gens, et que la fin de l'UE a eu pour origine une polémique qui n'avait pas lieu d'être
[19/01/12 22:54:10] Olivier Bleys: Vous êtes en train de transformer l'article en fable animalière, digne de la Fontaine ! Curieux comme avec les bêtes, la morale s'invite tout naturellement…
[19/01/12 22:54:40] atelier_Juliette Porte: Antoine: Oui et les Etats Unis, qui seraient pour la France (obligés, ils gracient bien une dinde tous les ans!)
[19/01/12 22:55:02] Olivier Bleys: @Juliette : si le candidat trahit sa parole, les vaches pourraient se venger d'une façon plus brutale que les électeurs humains, rôdés à la trahison de leurs édiles, et qui en ont vu d'autres.
[19/01/12 22:55:38] Olivier Bleys: Avec les Etats-Unis, se poserait la question des vaches transgéniques.
[19/01/12 22:55:45] Olivier Bleys: Et de l'eugénisme animalier
[19/01/12 22:56:03] Olivier Bleys: … jusqu'au jour, bien sûr, où une vache se présenterait aux élections humaines !
[19/01/12 22:56:16] Olivier Bleys: Comme pour certaines maladies, la barrière inter-espèces serait franchie !
[19/01/12 22:56:31] Olivier Bleys: Ce n'est plus un article, c'est un livre que nous sommes en train de développer !
[19/01/12 22:56:39] atelier_Juliette Porte: ça dépend, si on imagine qu'en fait, les vaches ne sont pas intelligentes: en fait elles votent au pif, sans comprendre ce qu'on leur demande, et il s'avère qu'elles élisent sans le vouloir ni le savoir, un candidat qui n'en a rien à faire du droit de vote des vaches
[19/01/12 22:57:19] atelier_Juliette Porte: Mais l'idée des vaches intelligentes est sans doute plus intéressante puisqu'elle permet d'aller plus loin
[19/01/12 22:57:43] atelier_Antoine Beaur: Faut pas aller trop loin non plus si çà doit loger dans un article
[19/01/12 22:58:28] Olivier Bleys: Ce pourrait être un dossier. Le sujet est assez étonnant pour mériter un développement plus long !
[19/01/12 22:58:32] atelier_Juliette Porte: Mais imaginons que les hommes croient deviner leur "langage", et croient que l'une d'elle veut se présenter, et interprètent leur vote comme pour la vache: la vache devient maire du village
[19/01/12 22:59:05] atelier_Juliette Porte: en fait on peut aller très loin même en restant dans l'idée de vaches tout à fait normales
[19/01/12 22:59:14] atelier_Antoine Beaur: Le vrai défi serait d'essayer de résumer tout cela en une seule dépêche AFP
[19/01/12 22:59:23] Olivier Bleys: Chiche ?
[19/01/12 22:59:36] Olivier Bleys: quelle longueur standard pour les dépêches AFP ?
[19/01/12 23:00:30] atelier_Juliette Porte: entre 5 et 10 paragraphes de 3 à 5 lignes
[19/01/12 23:00:53] atelier_Antoine Beaur: Je pensais cela plus court.
[19/01/12 23:00:57] atelier_Juliette Porte: je crois que c'est à peu près la moyenne
[19/01/12 23:01:40] atelier_Juliette Porte: Oui, je viens d'en voir plusieurs c'est vrai en fait c'est plus court
[19/01/12 23:02:10] atelier_Juliette Porte: les paragraphes font 3 lignes, et il y en a 6 ou 7
[19/01/12 23:02:43] Olivier Bleys: Il est un peu tard, ce soir, pour entamer ce travail de synthèse. Du moins de mon côté. Mais si quelqu'un veut relever le défi, c'est volontiers !
[19/01/12 23:03:10] atelier_Juliette Porte: Je veux bien, mais pour moi c'est pareil, pas ce soir
[19/01/12 23:04:01] atelier_Juliette Porte: C'est à dire qu'il faut enlever toutes les fioritures, le texte ne sera pas du tout semblable à celui qu'on vient d'écrire
[19/01/12 23:04:21] Olivier Bleys: Au demeurant, l'objectif de la petite construction mentale à laquelle nous nous sommes livrés, ce soir, n'était pas d'ordonner nos idées — ou très superficiellement —, plutôt de les laisser courir, de sonder le plus loin possible les thèses qui émergeaient spontanément…
[19/01/12 23:05:15] Olivier Bleys: Bref, d'exercer l'hémisphère du droit du cerveau, qu'un assez large consensus scientifique désigne comme celui des activités créatives, de l'imagination, de la fantaisie…
[19/01/12 23:06:34] atelier_Antoine Beaur: oui. En y réflechissant, c'est un exercice que je pratique déjà régulièrement grâce au Jeu de Rôle, création/improvisation de scénario oblige.
 [19/01/12 23:11:16] Olivier Bleys: C'est une idée, pour une prochaine séance virtuelle. Le jeu de rôle est une construction narrative modulaire, avec des choix opérés par les personnages qui affectent l'histoire… Tout à fait dans nos cordes.
 [19/01/12 23:15:04] Olivier Bleys: Sur ces bonnes paroles, je m'apprête à vous quitter. Passez une excellente fin de soirée.
[19/01/12 23:15:13] atelier_Antoine Beaur: de même
[19/01/12 23:15:17] atelier_Antoine Beaur: et merci
[19/01/12 23:15:27] atelier_Juliette Porte: merci, bonne soirée!
[19/01/12 23:15:28] atelier_Thomas LeGuennic: Bonne soirée, merci !


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15 décembre 2011

Séance virtuelle n° 4 du 15/12/11

Déroulé intégral de la séance du 15/12/11

 [14/12/11 18:31:19] Olivier Bleys: Bonsoir
 [14/12/11 18:33:27] atelier_Jim Charron: Avez-vous déjà mis en ligne certains texte pour le dernier exercice?
 [14/12/11 18:33:57] Olivier Bleys: Je le ferai le week-end prochain. Les textes qui me sont parvenus sont intéressants. Leurs auteurs ont vraiment joué le jeu !
[14/12/11 18:34:26] atelier_Jim Charron: j'espère pouvoir faire l'exercice ce weekend
 [14/12/11 18:34:51] Olivier Bleys: Ce serait une bonne chose.
[14/12/11 18:34:52] atelier_Jim Charron: ma première tentative n'as pas été concluante
 [14/12/11 18:34:57] Olivier Bleys: Pourquoi, pas concluante ?
[14/12/11 18:34:58] atelier_Karoliina Vesa: Bonsoir!! Me voilà finalement! (l'informatique n'est pas ma langue maternelle^^)
[14/12/11 18:35:04] Olivier Bleys: Bravo !!!!!!
[14/12/11 18:35:24] atelier_Jim Charron: je n'ai pas réussi à intercepter des conversations intéressantes
[14/12/11 18:36:02] Olivier Bleys: C'est, semble-t-il, ce qui a bloqué nombre d'entre vous. Mais si l'on veut refléter la réalité, il faut parfois s'emparer d'un matériau même très commun et très banal.
[14/12/11 18:36:31] Olivier Bleys: A partir d'une semence très pauvre " salut, ça va ? On se retrouve à midi à Opéra ? Alors, ces partiels ? " , etc.
[14/12/11 18:36:38] Olivier Bleys: … on peut parfois livrer des textes substantiels.
[14/12/11 18:37:02] Olivier Bleys: Et puis, cela oblige à un effort d'empathie (épouser le style, l'univers, les préoccupations de l'interlocuteur) qui prépare bien au travail narratif.
[14/12/11 18:37:18] Olivier Bleys: Mais je conçois que cela t'ait paru difficile.
[14/12/11 18:37:30] atelier_Jim Charron: oui, c'est pour cela que je serais bien moins exigeant ce weekend
[14/12/11 18:37:39] atelier_Karoliina Vesa: Lorsque j'ai fais l'exercice, c'était la même problème qui m'est posé. La première discussion sur laquelle j'avais prévue travailler portait sur McDonald's et devenais à un moment presque onomatopoétique, alors je l'ai laissé tombé
[14/12/11 18:38:02] Olivier Bleys: Illustrer le vide de certains échanges contemporains, c'est aussi un motif littéraire.
[14/12/11 18:38:44] Olivier Bleys: Beaucoup de nos conversations ont aujourd'hui pour seule fonction d'établir le contact mais le sens véritable n'emprunte que les regards, les gestes, les attitudes… Le mot ne joue plus, ou à peine.
[14/12/11 18:38:55] Olivier Bleys: Il faut l'accepter.
[14/12/11 18:38:58] atelier_Karoliina Vesa: Même la discussion sur laquelle j'ai finalement travaillé m'est paru un peu trop banal, mais ce qui a été en soit révélateur, c'était que mlagré mon attitude un peu condescante envers la conversation, il était très difficile de "l'imiter"
[14/12/11 18:39:33] Olivier Bleys: Voilà……… l'exercice portait aussi sur l'attitude, nécessairement humble, de l'écrivain qui se met à l'écoute du monde dont il veut témoigner.
[14/12/11 18:39:43] Olivier Bleys: Bon… peut-être pouvons-nous commencer l'exercice de ce soir ?
[14/12/11 18:40:34] Olivier Bleys: Karoliina, tu n'étais pas là au tout début, je reprends donc : il s'agit de bâtir, à plusieurs (le peu que nous sommes), une histoire susceptible, comme un arbre, de développer des branches selon, par exemple, les choix divergents de tel ou tel personnage.
[14/12/11 18:40:58] Olivier Bleys: J'écris une phrase. Un tel complète. Un troisième ajoute, etc.
[14/12/11 18:40:59] Olivier Bleys: Ça vous tente ?
[14/12/11 18:41:05] atelier_Karoliina Vesa: Oui!!
[14/12/11 18:41:32] atelier_Jim Charron: oui
[14/12/11 18:41:36] Olivier Bleys: D'accord.
[14/12/11 18:41:44] Olivier Bleys: Je vais donc commencer.
[14/12/11 18:42:58] Olivier Bleys: Pour ne pas nous perdre. Je suggère de numéroter vos contributions. La première phrase portera le numéro 1. Celle qui suivra immédiatement le numéro 2, etc. Si vous postez ensemble une suite, cela crée une arborescence, " 2a " et " 2b ", par exemple.
[14/12/11 18:43:30] Olivier Bleys: Et, à chaque nouvelle contribution, je reprendrai l'ensemble du texte pour que nous restions en phase.
[14/12/11 18:44:05] Olivier Bleys: Les contributions doivent être courtes (une phrase, c'est bien), de façon à ce que nous avancions rapidement et que l'énergie du départ soit conservée.
[14/12/11 18:44:07] Olivier Bleys: Voici donc :
[14/12/11 18:44:43] Olivier Bleys: 1. A travers le hublot de l'avion, Pierre voyait défiler la plaine russe.
[14/12/11 18:44:49] Olivier Bleys: A vous de jouer.
[14/12/11 18:45:43] atelier_Karoliina Vesa: Le paysage déplaisait à Pierre qui songeait déjà avec impatience à sa destination finale.
[14/12/11 18:45:58] Olivier Bleys: Ok
[14/12/11 18:45:59] Olivier Bleys: J'intègre
[14/12/11 18:46:07] Olivier Bleys: 1. A travers le hublot de l'avion, Pierre voyait défiler la plaine russe.
[14/12/11 18:46:09] Olivier Bleys: 2. Le paysage déplaisait à Pierre qui songeait déjà avec impatience à sa destination finale.
[14/12/11 18:46:48] atelier_Jim Charron: 3. Et dans un coin de sa tête, son pays natal n'avait de cesse de le rappeler à lui
[14/12/11 18:47:36] Olivier Bleys: 1. A travers le hublot de l'avion, Pierre voyait défiler la plaine russe.
2. Le paysage déplaisait à Pierre qui songeait déjà avec impatience à sa destination finale.
[14/12/11 18:47:37] Olivier Bleys: 3. Et dans un coin de sa tête, son pays natal n'avait de cesse de le rappeler à lui
[14/12/11 18:48:09] Olivier Bleys: 4. Il se demandait si cette fumée sortant du réacteur gauche, de son côté de l'appareil, constituait ou non un incident.
[14/12/11 18:50:29] atelier_Karoliina Vesa: 5. Étant un jeune homme qui ne se soucit pas facilement, le réacteur devait déjà être déterminé à voir sa fin.
[14/12/11 18:51:27] atelier_Slakh: Bonsoir
[14/12/11 18:51:54] Olivier Bleys: bonsoir Slakh !
[14/12/11 18:52:01] Olivier Bleys: Nous écrivons une histoire à plusieurs.
[14/12/11 18:52:06] Olivier Bleys: Contributions numérotées.
[14/12/11 18:52:12] atelier_Jim Charron: 6. Qu'importe si le réacteur explosait, il trouverait bien le moyen de sans sortir
[14/12/11 18:52:13] Olivier Bleys: Tu peux lire le début, publié ci-dessus.
[14/12/11 18:52:19] atelier_Slakh: je ne peux que vous rejoindre un petit peu, je vous prends en cours de route
[14/12/11 18:52:25] Olivier Bleys: Pas de problème.
[14/12/11 18:52:38] Olivier Bleys: si l'envie te prend d'ajouter une phrase pour continuer l'histoire, n'hésite pas.
[14/12/11 18:53:08] Olivier Bleys: 1. A travers le hublot de l'avion, Pierre voyait défiler la plaine russe.
2. Le paysage déplaisait à Pierre qui songeait déjà avec impatience à sa destination finale.
3. Et dans un coin de sa tête, son pays natal n'avait de cesse de le rappeler à lui
4. Il se demandait si cette fumée sortant du réacteur gauche, de son côté de l'appareil, constituait ou non un incident.
[14/12/11 18:53:09] Olivier Bleys: 5. Étant un jeune homme qui ne se soucit pas facilement, le réacteur devait déjà être déterminé à voir sa fin.
[14/12/11 18:53:15] Olivier Bleys: 6. Qu'importe si le réacteur explosait, il trouverait bien le moyen de sans sortir
[14/12/11 18:53:56] Olivier Bleys: 7. Sa sœur avait beau lui répéter qu'à la différence des automobiles, les avions étaient pilotés par des professionnels, lui continuait d'avoir peur…
[14/12/11 18:55:26] atelier_Karoliina Vesa: 8. Comme de toute manière il ne pourrait avoir aucun sort dans le destin du réacteur, Pierre se mit á penser à la dernière discussion qu'il avait eu avec sa soeur.
[14/12/11 18:57:40] Olivier Bleys: 9. Hôtesse de l'air, c'était un métier qui lui seyait à merveille. Une si belle fille ! Difficile de croire qu'ils étaient issus du même sang…
[14/12/11 19:01:08] atelier_Karoliina Vesa: 10. Finalement l'angoisse a atteint l'esprit de Pierre: sa soeur était sur le même vol! Il a été maladroitement distrait par l'idée de retrouvailles avec son collaborateur russe et a pu oublié une telle évidence
[14/12/11 19:01:34] Olivier Bleys: Petit mémo :
[14/12/11 19:01:35] Olivier Bleys: 1. A travers le hublot de l'avion, Pierre voyait défiler la plaine russe.
2. Le paysage déplaisait à Pierre qui songeait déjà avec impatience à sa destination finale.
3. Et dans un coin de sa tête, son pays natal n'avait de cesse de le rappeler à lui
4. Il se demandait si cette fumée sortant du réacteur gauche, de son côté de l'appareil, constituait ou non un incident.
5. Étant un jeune homme qui ne se soucit pas facilement, le réacteur devait déjà être déterminé à voir sa fin.
6. Qu'importe si le réacteur explosait, il trouverait bien le moyen de sans sortir
7. Sa sœur avait beau lui répéter qu'à la différence des automobiles, les avions étaient pilotés par des professionnels, lui continuait d'avoir peur…
8. Comme de toute manière il ne pourrait avoir aucun sort dans le destin du réacteur, Pierre se mit á penser à la dernière discussion qu'il avait eu avec sa soeur.
9. Hôtesse de l'air, c'était un métier qui lui seyait à merveille. Une si belle fille ! Difficile de croire qu'ils étaient issus du même sang…
10. Finalement l'angoisse a atteint l'esprit de Pierre: sa soeur était sur le même vol! Il a été maladroitement distrait par l'idée de retrouvailles avec son collaborateur russe et a pu oublié une telle évidence
[14/12/11 19:02:22] Olivier Bleys: Voilà. L'histoire commence à fourmiller… Il est temps, peut-être, d'analyser un peu nos contributions pour dégager des thématiques, des personnages, et lui donner une structure.
[14/12/11 19:02:46] Olivier Bleys: Deux personnages : un passager, Pierre ; une hôtesse de l'air, sa sœur, présente à bord du même avion.
[14/12/11 19:03:45] Olivier Bleys: Un événement :
[14/12/11 19:03:54] Olivier Bleys: le possible incendie du réacteur.
[14/12/11 19:04:02] Olivier Bleys: Une circonstance inattendue :
[14/12/11 19:04:21] Olivier Bleys: le faible intérêt que les personnages semblent porter à ce qui pourrait causer la perte de l'avion et la mort des voyageurs.
[14/12/11 19:04:34] Olivier Bleys: Avant d'ajouter des éléments, nous pouvons enrichir cette base.
[14/12/11 19:04:54] Olivier Bleys: … par exemple, en glissant quelques éléments de dialogue entre la sœur et le frère.
[14/12/11 19:05:06] atelier_Slakh: Notamment pour l'arrivée des boissons ou sucreries dans l'avion ?
[14/12/11 19:05:29] Olivier Bleys: Bonne idée. Ou alors, le frère presse rageusement le bouton permettant d'appeler l'hôtesse, sans qu'on sache d'abord pourquoi.
[14/12/11 19:05:38] Olivier Bleys: Slakh, veux-tu relancer le récit sur cette base ?
[14/12/11 19:06:22] atelier_Slakh: Je verrais bien sa sœur le taquiner sur sa peur. (Finalement, ma soirée est annulée donc je peux rester.)
[14/12/11 19:07:31] Olivier Bleys: Très bien. Bon, nous attendons le numéro 11. Qui s'en charge, en suivant ces nouvelles pistes narratives ?
[14/12/11 19:07:39] Olivier Bleys: Rappel :
[14/12/11 19:07:49] Olivier Bleys: 1. A travers le hublot de l'avion, Pierre voyait défiler la plaine russe.
2. Le paysage déplaisait à Pierre qui songeait déjà avec impatience à sa destination finale.
3. Et dans un coin de sa tête, son pays natal n'avait de cesse de le rappeler à lui
4. Il se demandait si cette fumée sortant du réacteur gauche, de son côté de l'appareil, constituait ou non un incident.
5. Étant un jeune homme qui ne se soucit pas facilement, le réacteur devait déjà être déterminé à voir sa fin.
6. Qu'importe si le réacteur explosait, il trouverait bien le moyen de sans sortir
7. Sa sœur avait beau lui répéter qu'à la différence des automobiles, les avions étaient pilotés par des professionnels, lui continuait d'avoir peur…
8. Comme de toute manière il ne pourrait avoir aucun sort dans le destin du réacteur, Pierre se mit á penser à la dernière discussion qu'il avait eu avec sa soeur.
9. Hôtesse de l'air, c'était un métier qui lui seyait à merveille. Une si belle fille ! Difficile de croire qu'ils étaient issus du même sang…
10. Finalement l'angoisse a atteint l'esprit de Pierre: sa soeur était sur le même vol! Il a été maladroitement distrait par l'idée de retrouvailles avec son collaborateur russe et a pu oublié une telle évidence
[14/12/11 19:10:06] atelier_Slakh: 11. Un coup d'œil au réacteur le persuada de prendre les choses en main : rageusement, il pressa le bouton "appel au personnel de bord".
[14/12/11 19:10:14] Olivier Bleys: Super !
[14/12/11 19:10:15] Olivier Bleys: On y va
[14/12/11 19:11:34] Olivier Bleys: 12. Sophie, l'hôtesse de l'air, abandonna le chariot des boissons et remonta l'allée entre les fauteuils jusqu'au siège de Pierre.
[14/12/11 19:13:35] Olivier Bleys: Jim, Karoliina, des idées ?
[14/12/11 19:13:47] Olivier Bleys: 1. A travers le hublot de l'avion, Pierre voyait défiler la plaine russe.
2. Le paysage déplaisait à Pierre qui songeait déjà avec impatience à sa destination finale.
3. Et dans un coin de sa tête, son pays natal n'avait de cesse de le rappeler à lui
4. Il se demandait si cette fumée sortant du réacteur gauche, de son côté de l'appareil, constituait ou non un incident.
5. Étant un jeune homme qui ne se soucit pas facilement, le réacteur devait déjà être déterminé à voir sa fin.
6. Qu'importe si le réacteur explosait, il trouverait bien le moyen de sans sortir
7. Sa sœur avait beau lui répéter qu'à la différence des automobiles, les avions étaient pilotés par des professionnels, lui continuait d'avoir peur…
8. Comme de toute manière il ne pourrait avoir aucun sort dans le destin du réacteur, Pierre se mit á penser à la dernière discussion qu'il avait eu avec sa soeur.
9. Hôtesse de l'air, c'était un métier qui lui seyait à merveille. Une si belle fille ! Difficile de croire qu'ils étaient issus du même sang…
10. Finalement l'angoisse a atteint l'esprit de Pierre: sa soeur était sur le même vol! Il a été maladroitement distrait par l'idée de retrouvailles avec son collaborateur russe et a pu oublié une telle évidence
11. Un coup d'œil au réacteur le persuada de prendre les choses en main : rageusement, il pressa le bouton "appel au personnel de bord".
12. Sophie, l'hôtesse de l'air, abandonna le chariot des boissons et remonta l'allée entre les fauteuils jusqu'au siège de Pierre.
[14/12/11 19:14:28] Olivier Bleys: 13. " Tu trouves ça drôle ? Je travaille, figure-toi. On n'appelle les hôtesses qu'en cas d'urgence ! "
[14/12/11 19:15:15] atelier_Slakh: 14. "C'est un cas d'urgence ! Le réacteur fume ! Tu crois que je suis si stupide ?"
[14/12/11 19:16:41] atelier_Karoliina Vesa: 15. "Hilarante, ton sens n'humour ne devient que plus grandiose au fil du temps! Alors si le réacteur fumait, pourquoi t'appellais pas un ingénieur au lieu d'hôtesse de l'air?"
[14/12/11 19:18:20] Olivier Bleys: 16. " Sophie, je te demande d'être sérieuse, rien qu'un instant ! Et puis non, regarde seulement à travers ce hublot ! Tu jugeras par toi-même ! "
[14/12/11 19:18:38] Olivier Bleys: Réfléchissons à la suite :
[14/12/11 19:19:03] Olivier Bleys: Le hublot peut être abaissé (Pierre l'aurait soulevé sans autorisation) car il fait nuit et les passagers sont invités à dormir
[14/12/11 19:19:31] Olivier Bleys: Ou bien il est soulevé mais Sophie, têtue, refuse de regarder à l'extérieur… jusqu'à ce qu'un autre passager pousse un cri ?
[14/12/11 19:19:37] Olivier Bleys: Nous pouvons créer un embranchement à l'histoire, ici !
[14/12/11 19:20:26] Olivier Bleys: 17a. Sophie se détourna avec colère. " Tu sais bien qu'il est défendu aux passagers d'ouvrir le hublot ! Ne t'avise pas de recommencer. "
[14/12/11 19:21:42] atelier_Jim Charron: 18a. Pierre se leva de son siège: "Si tu ne veux pas entendre raison, je vais moi-même en parler au pilote!"
[14/12/11 19:22:59] Olivier Bleys: Très bien. Je commence l'autre branche…
[14/12/11 19:23:35] Olivier Bleys: 17b. Sophie eut un geste impatient. " Je ne regarderai pas. Tu veux toujours me donner des ordres. Je ne suis pas à ton service, Pierre ! "
[14/12/11 19:26:06] atelier_Karoliina Vesa: 19a "Pierre, tu n'as plus 6 ans, tu ne peux plus aller te plaindre à une autorité quand les choses ne te plaisent pas. Assieds-toi!" Sophie va récuperer son chariot. "Un Sprite, Coca, une verre de vin?"
[14/12/11 19:27:51] Olivier Bleys: 20a. Pierre resta un moment à ruminer sa colère. Puis, subitement, il décrocha sa ceinture et, se levant d'un bond, fila droit vers la cabine du pilote.
[14/12/11 19:30:09] atelier_Jim Charron: 21a. Qu'importe s'il devait passer pour un fou, il se devait de prévenir quelqu'un de l'incident en cours. Comment se faisait-il que personne d'autre ne réagissait à la vue du réacteur endommagé?
[14/12/11 19:33:37] atelier_Karoliina Vesa: 22a. Allant vers la cabine du pilote, Pierre remarqua que tous les passagers, sans exceptions, étaient les yeux fixés sur un document où figurait le nom de la compagnie aérienne.
[14/12/11 19:34:10] Olivier Bleys: Chers amis, l'heure tourne et je dois clore l'atelier.
[14/12/11 19:34:18] Olivier Bleys: Nous renouvellerons l'expérience.
[14/12/11 19:34:46] atelier_Karoliina Vesa: On l'espère bien, l'exercice a été trés intéressante!
[14/12/11 19:35:00] Olivier Bleys: Je reviendrai sur le texte que nous avons produit, en vous livrant quelques éléments d'analyse.
[14/12/11 19:35:08] Olivier Bleys: D'ici là, bonne soirée !
[14/12/11 19:35:16] atelier_Jim Charron: Bonne soirée à tous!
[14/12/11 19:35:24] atelier_Karoliina Vesa: Bonne soirée!
[14/12/11 19:35:25] Olivier Bleys: Pour mémoire…
[14/12/11 19:35:29] Olivier Bleys: 1. A travers le hublot de l'avion, Pierre voyait défiler la plaine russe.
2. Le paysage déplaisait à Pierre qui songeait déjà avec impatience à sa destination finale.
3. Et dans un coin de sa tête, son pays natal n'avait de cesse de le rappeler à lui
4. Il se demandait si cette fumée sortant du réacteur gauche, de son côté de l'appareil, constituait ou non un incident.
5. Étant un jeune homme qui ne se soucit pas facilement, le réacteur devait déjà être déterminé à voir sa fin.
6. Qu'importe si le réacteur explosait, il trouverait bien le moyen de sans sortir
7. Sa sœur avait beau lui répéter qu'à la différence des automobiles, les avions étaient pilotés par des professionnels, lui continuait d'avoir peur…
8. Comme de toute manière il ne pourrait avoir aucun sort dans le destin du réacteur, Pierre se mit á penser à la dernière discussion qu'il avait eu avec sa soeur.
9. Hôtesse de l'air, c'était un métier qui lui seyait à merveille. Une si belle fille ! Difficile de croire qu'ils étaient issus du même sang…
10. Finalement l'angoisse a atteint l'esprit de Pierre: sa soeur était sur le même vol! Il a été maladroitement distrait par l'idée de retrouvailles avec son collaborateur russe et a pu oublié une telle évidence
11. Un coup d'œil au réacteur le persuada de prendre les choses en main : rageusement, il pressa le bouton "appel au personnel de bord".
12. Sophie, l'hôtesse de l'air, abandonna le chariot des boissons et remonta l'allée entre les fauteuils jusqu'au siège de Pierre.
13. " Tu trouves ça drôle ? Je travaille, figure-toi. On n'appelle les hôtesses qu'en cas d'urgence ! "
14. "C'est un cas d'urgence ! Le réacteur fume ! Tu crois que je suis si stupide ?"
15. "Hilarante, ton sens n'humour ne devient que plus grandiose au fil du temps! Alors si le réacteur fumait, pourquoi t'appellais pas un ingénieur au lieu d'hôtesse de l'air?"
16. " Sophie, je te demande d'être sérieuse, rien qu'un instant ! Et puis non, regarde seulement à travers ce hublot ! Tu jugeras par toi-même ! "
17a. Sophie se détourna avec colère. " Tu sais bien qu'il est défendu aux passagers d'ouvrir le hublot ! Ne t'avise pas de recommencer. "
18a. Pierre se leva de son siège: "Si tu ne veux pas entendre raison, je vais moi-même en parler au pilote!"
17b. Sophie eut un geste impatient. " Je ne regarderai pas. Tu veux toujours me donner des ordres. Je ne suis pas à ton service, Pierre ! "
19a "Pierre, tu n'as plus 6 ans, tu ne peux plus aller te plaindre à une autorité quand les choses ne te plaisent pas. Assieds-toi!" Sophie va récuperer son chariot. "Un Sprite, Coca, une verre de vin?"
20a. Pierre resta un moment à ruminer sa colère. Puis, subitement, il décrocha sa ceinture et, se levant d'un bond, fila droit vers la cabine du pilote.
21a. Qu'importe s'il devait passer pour un fou, il se devait de prévenir quelqu'un de l'incident en cours. Comment se faisait-il que personne d'autre ne réagissait à la vue du réacteur endommagé?
22a. Allant vers la cabine du pilote, Pierre remarqua que tous les passagers, sans exceptions, étaient les yeux fixés sur un document où figurait le nom de la compagnie aérienne.

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17 novembre 2011

Séance virtuelle n° 3 du 17/11/11

Déroulé intégral de la séance du 17/11/11

[17/11/11 21:29:03] Olivier Bleys: Bonsoir
[17/11/11 21:29:53] atelier_Thomas LeGuennic: Bonsoir
[17/11/11 21:29:55] atelier_Morgane Bastardie: bonsoir

...
[17/11/11 21:30:27] Olivier Bleys: C'est dommage que nous n'ayons pas pu nous retrouver, cet après-midi. Les séances présentielles forment une respiration bienvenue dans ce flot numérique !
[17/11/11 21:30:51] Olivier Bleys: J'essaierai d'en programmer une nouvelle, peut-être d'ici la fin de l'année.
[17/11/11 21:31:45] Olivier Bleys: Vous avez sans doute reçu le courrier collectif qu'Alexandre Eusèbe, du bureau des Arts de Sciences-Po, a posté à tout le monde.
[17/11/11 21:31:59] atelier_Morgane Bastardie: En effet !
[17/11/11 21:32:11] atelier_Sébastien Trannoy: Bonsoir
[17/11/11 21:32:18] atelier_Karoliina Vesa: Bonsoir! Oui, en effet!
[17/11/11 21:32:24] Olivier Bleys: Bonsoir Sébastien, Karoliina
[17/11/11 21:32:50] Olivier Bleys: Dans ce courrier, Il était question du " festival des créations ", qui doit se dérouler le 14 février, sur le thème de la parole.
[17/11/11 21:33:10] Olivier Bleys: Il associera plusieurs ateliers de Sciences-Po (et peut-être d'ailleurs) : danse, théâtre…
[17/11/11 21:33:19] Olivier Bleys: Plusieurs sont demandeurs de textes et de collaborations.
[17/11/11 21:33:36] Olivier Bleys: Parmi vous, je sais qu'il est des personnes intéressées.
[17/11/11 21:33:49] atelier_Sébastien Trannoy: Tout à fait
[17/11/11 21:34:02] Olivier Bleys: Avez-vous ce courrier quelque part, ou voulez-vous que je le duplique ici ?
[17/11/11 21:34:23] atelier_Sébastien Trannoy: Pour ma part je l'ai
[17/11/11 21:34:38] atelier_Karoliina Vesa: Au moins moi je l'ai en disposition
[17/11/11 21:34:43] atelier_Thomas LeGuennic: Je l'ai aussi.
[17/11/11 21:35:27] Olivier Bleys: Bon, enfin, voici les deux propositions qui ont été faites, l'une par l'atelier théâtre, l'autre par l'atelier impro.
[17/11/11 21:35:31] Olivier Bleys: ATELIER THEATRE :
[17/11/11 21:35:40] Olivier Bleys: " Pour préciser un peu ou vous donner des pistes de proposition, j'ai 2-3 idées qui pourraient être sympa:
- alors, comment expliquer cela? construire un texte où chacun dirait une phrase indépendante aux autres mais avec un tempo assez rapide. Puis à force de la rogner, il ne resterait plus que le premier mot de chaque phrase, ce qui donnerait une phrase nouvelle où chacun ne dirait que son premier mot.Tu vois ce que je veux dire ou pas du tout? ^^
 et par exemple, cette nouvelle phrase pourrait être un dicton ou une expression où on retrouve le mot "parole", genre "la parole est d’argent le silence est d'or" (mais ça peut être complètement autre chose, hein?!)
J'aime assez cette idée, de chacun est indépendant mais au final, le groupe recréé qlqchose grâce à la parole.

- sinon si vous pouviez nous écrire un  dialogue genre quiproquo, pour montrer les limites de la parole, et du sens que chacun donne à la même prhase, dû à son histoire et ses préoccupations propres. Certes, y'a plein d'exemples dans la littérature théâtrale, mais ça pourrait être sympa qu'on utilise une de VOS productions!
 
- y"a aussi l'idée de Tardieu ("Finissez vos phrases, svp"), d'enchainer une discussion sans que jamais personne ne termine ses phrase. Voir que le début de la phrase d'un personnage termine celle du précédent.

- après y'a l'idée de la belle parole, de la parole qui persuade, exprime des sentiments, enfin tout le tintouin quoi, ça je vous laisse libres de nous faire tout plein de propositions! Bref, faites vous plaisir!  Et on sera flattés de jouer vos textes!

 On pourrait aussi imaginer que les auteurs des textes qu'on aura effectivement choisis de jouer viennent m'aider à mettre en scène, afin qu'ils puissent exprimer ce qu'ils avaient en tête.

 En tout cas, ce serait nécessaire pour nous d'avoir les textes fin novembre, afin de commencer à y travailler au plus vite; Dis-moisi cela te semble réalisable. Car si ce n'est pas le cas, faudra qu'on commence à sélectionner par nous mêmes des textes déjà existants, ou en écrire nous-mêmes..."
[17/11/11 21:35:48] Olivier Bleys: ATELIER IMPRO :
[17/11/11 21:36:00] Olivier Bleys: J'y pense, SI (la condition est importante !) SI vous avez du temps et des idées, l'impro veut bien faire un de vos sketchs lors de son spectacle , en bonus ! On en a deja un en tete mais peut y en avoir deux , ou on garde le votre ou ...
Dis moi, si ca te tente !
[17/11/11 21:36:07] Olivier Bleys: :)
[17/11/11 21:36:30] Olivier Bleys: En résumé, deux pistes de collaboration semblent s'ouvrir à vous :
[17/11/11 21:37:11] Olivier Bleys: > soit, vous développez un projet d'écriture libre et personnel, en vous inspirant éventuellement des propositions faites par ces deux ateliers, et je m'offre de travailler avec vous les textes que vous aurez produits ;
[17/11/11 21:38:03] Olivier Bleys: > soit, je vous propose un cadre d'écriture (léger et peu contraignant), du type de celui posé pour le texte sur l'observation, et vous vous mettez pareillement à la tâche
[17/11/11 21:38:15] Olivier Bleys: Laquelle de ces deux formules (libre ou conduite) vous tenterait ?
[17/11/11 21:38:39] atelier_Karoliina Vesa: Le premier piste me conviendrai très bien et me semble très interessant =)
[17/11/11 21:39:03] Olivier Bleys: D'accord, Karoliina
[17/11/11 21:39:47] atelier_Sébastien Trannoy: Il y a de belles choses à faire avec le BDA; néanmoins j'entendrais volontiers votre proposition Olivier, quitte à travailler les deux!
[17/11/11 21:39:52] atelier_Karoliina Vesa: Sinon pour le forme exacte du texte, pas encore de certitude (ca me tenterai de reprendre un projet de pièce de théâtre, mais il faut voir et réflechir...)
[17/11/11 21:40:13] atelier_Morgane Bastardie: Je préfèrerais moi avoir un cadre d'écriture, car il faudrait qu'il y ait une coordination et une cohérence entre nos différents travaux
[17/11/11 21:40:19] atelier_Thomas LeGuennic: Je ne me sens pas très inspiré, alors je suis plutôt partant pour la deuxième proposition.
[17/11/11 21:40:28] Olivier Bleys: Très bien, merci de vos réactions.
[17/11/11 21:41:27] Olivier Bleys: Quant à la coordination et la cohérence (@Morgane), je comprends ton souci mais je pense que l'atelier théâtre — impro aussi, du reste — attend des propositions plurielles, puzzle, et qu'une unité de ton, ou même de thème n'est pas impérative. Enfin, je ne voudrais pas m'exprimer à leur place.
[17/11/11 21:41:39] atelier_Morgane Bastardie: Oui je vois
[17/11/11 21:42:45] atelier_Morgane Bastardie: Mais je pense qu'inconsciemment c'est également un certain manque d'inspiration qui s'exprime, cela me rassurerait d'avoir un cadre ; mais sinon les idées proposées sont intéressantes
[17/11/11 21:43:16] Olivier Bleys: En tout cas, puisque plusieurs d'entre vous sont demandeurs d'un cadre (ça servira aussi aux autres), je vous propose d'aborder ce soir, en lien avec la parole, et faisant suite à nos travaux sur l'observation, le thème cousin de… ❝ l'ATTENTION ❞
[17/11/11 21:43:45] Olivier Bleys: Ce n'est pas un hasard si, lors de l'exercice sur l'observation, beaucoup d'entre vous ont spontanément décrit des objets.
[17/11/11 21:44:21] Olivier Bleys: Certes, j'avais lancé la mode en décrivant dans le détail la salle, son ameublement, etc.
[17/11/11 21:45:16] Olivier Bleys: Mais vous avez entendu " observation " comme l'approche d'éléments plutôt statiques, des pièces du décor, une porte, une fenêtre, un crayon, etc.
[17/11/11 21:45:39] Olivier Bleys: L'attention, comme je la conçois, est une approche beaucoup plus dynamique du monde qui nous entoure.
[17/11/11 21:45:48] Olivier Bleys: Donc, elle exerce d'autres facultés chez l'écrivain.
[17/11/11 21:46:31] Olivier Bleys: Autre différence, elle s'applique plutôt à la vie et à ses manifestations : les personnes qui vous entourent, les conversations que vous entendez, les mouvements divers qui animent une rue, etc.
[17/11/11 21:46:51] Olivier Bleys: Et aussi les paroles prononcées autour de vous.
[17/11/11 21:47:17] Olivier Bleys: On peut être très observateur et peu attentif. Ou inversement.
[17/11/11 21:48:09] Olivier Bleys: Cette introduction faite, j'aimerais vous inviter à exercer votre capacité d'attention par un nouveau petit devoir d'écriture !  ;)
[17/11/11 21:48:21] atelier_Jim Charron: bonsoir à tous
[17/11/11 21:48:25] atelier_Morgane Bastardie: Avec plaisir
[17/11/11 21:48:28] Olivier Bleys: Bonsoir Jim
[17/11/11 21:48:48] Olivier Bleys: Jette un œil au dernier long paragraphe sous ma signature, ça suffira à te " mettre dans le bain "
[17/11/11 21:48:49] atelier_Morgane Bastardie: peut-on vous le faire parvenir par mail ?
[17/11/11 21:49:09] Olivier Bleys: Pas de problème. Je consulte mes mails chaque seconde !
[17/11/11 21:49:24] atelier_Morgane Bastardie: Parfait
[17/11/11 21:49:39] Olivier Bleys: La ❝ consigne ❞ est donc celle-ci :
[17/11/11 21:50:20] Olivier Bleys: Ce soir, si vous sortez prendre l'air, ou demain, munissez-vous au choix :
[17/11/11 21:50:24] Olivier Bleys: • d'un carnet, d'un crayon ;
[17/11/11 21:50:36] Olivier Bleys: • d'un enregistreur numérique ou autre
[17/11/11 21:50:42] Olivier Bleys: • de beaucoup d'attention
[17/11/11 21:51:11] Olivier Bleys: Asseyez-vous à la terrasse d'un café ou d'un restaurant, non pas au hasard mais au voisinage d'une table dont les occupants :
[17/11/11 21:51:21] Olivier Bleys: • n'en sont pas encore au dessert
[17/11/11 21:51:39] Olivier Bleys: • surtout, paraissent engagés dans une conversation volubile et animée
[17/11/11 21:51:54] Olivier Bleys: Puis… tendez l'oreille
[17/11/11 21:52:49] Olivier Bleys: L'objectif immédiat : relever mot par mot, sans déformation aucune ni la moindre réécriture, ce qui se dit à la table voisine pendant un temps déterminé, que je fixerai arbitrairement à 30 secondes
[17/11/11 21:53:15] Olivier Bleys: Notez tout et, s'il y a plusieurs locuteurs, identifiez-les par la marque de votre choix
[17/11/11 21:53:45] Olivier Bleys: Une fois achevée cette prise de notes, sur place (pour ceux qui aiment écrire au café) ou de retour chez vous (pour les autres)…
[17/11/11 21:54:09] Olivier Bleys: … tâchez de développer cette conversation en amont et en aval, c'est-à-dire…
[17/11/11 21:55:01] Olivier Bleys: … sur la même longueur (approximative) AVANT et APRES l'extrait que vous avez noté, et auquel que je vous demande de ne pas toucher.
[17/11/11 21:55:38] Olivier Bleys: Bref, vous imaginez et écrivez l'échange qui précède et l'échange qui a suivi ce que vous avez entendu.
[17/11/11 21:55:49] Olivier Bleys: Vous avez le choix :
[17/11/11 21:56:18] Olivier Bleys: • soit d'imaginer une introduction et une suite " plausibles " (mêmes protagonistes, mêmes situations, même ton) ;
[17/11/11 21:56:51] Olivier Bleys: • soit, au contraire, d'établir un cadre qui va entièrement modifier le sens de ce que vous avez entendu.
[17/11/11 21:57:16] Olivier Bleys: Cet exercice est plus complexe qu'il n'y paraît.
[17/11/11 21:57:59] Olivier Bleys: Il faut faire preuve de beaucoup d'attention, d'une certaine dextérité pour ne rien perdre de ce qui se dit, puis d'une grande empathie pour entrer dans la peau des gens que vous avez entendus.
[17/11/11 21:58:26] Olivier Bleys: Par exemple, il y a des personnes dont je n'aime pas le langage, ou dont les centres d'intérêt sont diamétralement opposés aux miens.
[17/11/11 21:58:53] Olivier Bleys: Mais, pour réussir l'exercice, je dois faire preuve de souplesse et tenter d'épouser leur façon de s'exprimer et de voir le monde
[17/11/11 21:59:09] atelier_Morgane Bastardie: Le but est vraiment de retranscrire la conversation telle quelle si je comprends bien
[17/11/11 21:59:15] atelier_Morgane Bastardie: Pendant le temps d'attention
[17/11/11 21:59:37] Olivier Bleys: Oui, telle quelle, c'est important. Mais ensuite, avant et après, vous pouvez l' " entourer " de votre propre texte.
[17/11/11 21:59:42] Olivier Bleys: Un travail de métissage…
[17/11/11 21:59:58] atelier_Karoliina Vesa: Ce qui est compliqué, il me semble, c'est de ne pas en faire une carricature, de la discussion, dans les parties qu'on rédige nous-même
[17/11/11 22:00:19] Olivier Bleys: C'est vrai. Là réside la principale difficulté.
[17/11/11 22:01:13] Olivier Bleys: Il y a une double attention : une attention surtout " mécanique ", sur le moment, pour ne rien perdre de ce qui se dit (verbal ou non-verbal, d'ailleurs, car vous pouvez observer sans les noter les attitudes, etc.) ; puis une attention postérieure, au moment d'écrire, pour bien comprendre l'échange qui a eu lieu
[17/11/11 22:01:33] atelier_Sébastien Trannoy: C'est donc un exercice que vous avez déjà pratiqué?
[17/11/11 22:01:37] Olivier Bleys: En effet
[17/11/11 22:01:43] Olivier Bleys: Dans un contexte très précis…
[17/11/11 22:03:33] Olivier Bleys: France Culture m'avait commandé une fiction radio sur les pirates de Libertalia, au nord de Madagascar. Il fallait écrire un texte moitié historique, relatant cet épisode du XVII e siècle, moitié contemporain, retraçant ma propre enquête sur les lieux - j'y ai passé trois mois. Or, j'ignore pourquoi, il m'est toujours difficile d'inventer des dialogues dans des situations très communes (un voyageur qui demande une chambre d'hôtel, etc.). Alors…
[17/11/11 22:04:46] Olivier Bleys: … alors, j'ai enregistré avec un appareil des gens se présentant à la réception d'un hôtel, par exemple, ou moi-même dans ce type de situations, et j'ai inséré cette " tranche de vécu " dans un tissu littéraire entièrement fictif.
[17/11/11 22:05:05] Olivier Bleys: C'était très amusant, et riche d'enseignement.
[17/11/11 22:05:20] Olivier Bleys: Voilà pourquoi j'ai songé à vous proposer ce petit exercice.
[17/11/11 22:05:24] Olivier Bleys: Il s'agit donc d'un dialogue
[17/11/11 22:05:26] atelier_Morgane Bastardie: Je dois m'en aller
[17/11/11 22:05:32] atelier_Morgane Bastardie: Bonne soirée à tous
[17/11/11 22:05:34] Olivier Bleys: Bien. Bonne fin de soirée !
[17/11/11 22:05:45] atelier_Morgane Bastardie: Je vous transmettrai mon texte par mail alors
[17/11/11 22:05:47] atelier_Karoliina Vesa: Bonne soirée, à bientôt!
[17/11/11 22:05:52] Olivier Bleys: Avec plaisir
[17/11/11 22:05:56] atelier_Sébastien Trannoy: A bientôt!
[17/11/11 22:06:02] atelier_Thomas LeGuennic: (Alors, est-ce que Libertalia a  existé ? Ce n'est pas une inventin de Defoe ?)
[17/11/11 22:06:11] Olivier Bleys: Ah, ah, nous avons affaire à un connaisseur !
[17/11/11 22:06:33] Olivier Bleys: Je pourrais longuement digresser là-dessus, mais ce serait ouvrir une parenthèse difficile à refermer.
[17/11/11 22:06:48] Olivier Bleys: En deux mots : j'ai rencontré là-bas un vieil historien amateur, un peu fou
[17/11/11 22:07:01] Olivier Bleys: … qui est certain de la réalité de Libertalia.
[17/11/11 22:07:25] Olivier Bleys: Il m'a indiqué une anse, très sauvage, inaccessible par voie de terre, où les pirates se seraient, paraît-il, installés.
[17/11/11 22:07:34] atelier_Thomas LeGuennic: Croyons-le alors (ça me fait un peu rêver).
[17/11/11 22:07:56] Olivier Bleys: J'ai monté une petite expédition de sept jours pour me rendre sur les lieux, sous la conduite d'un guide, une carte marine sous le bras.
[17/11/11 22:08:10] Olivier Bleys: Et bien sûr… je n'ai rien vu ni rien trouvé. Mais le rêve, comme tu l'écris, est permis !
[17/11/11 22:08:29] Olivier Bleys: J'enverrai demain un courriel à tous pour leur proposer le petit exercice d'attention décrit plus haut.
[17/11/11 22:08:58] Olivier Bleys: Je pense qu'un certain nombre de textes pourraient être portés à la scène, avec un bel accent de vérité
[17/11/11 22:09:52] Olivier Bleys: J'en appelle à présent à vos témoignages : jugez-vous que certains écrivains font preuve d'une attention remarquable ? Cela vous semble-t-il une qualité nécessaire aux littérateurs ?
[17/11/11 22:10:07] atelier_Karoliina Vesa: Oui, ca fait en effet rêver! Ca fait penser à ces lieux mythique où l'on ne peut accéder sauf si l'on connaît ultérieurement son emplacement
[17/11/11 22:11:52] atelier_Thomas LeGuennic: C'est une question difficile.
[17/11/11 22:12:03] atelier_Karoliina Vesa: À mon avis il est quasi impossible de même imaginer un écrivain qui n'aurait pas une attention remarquable - sinon qu'est-ce qui l'inciterai à écrire? Évidemment l'attention peut être compris de différentes manières
[17/11/11 22:12:49] Olivier Bleys: Pour moi, attention suppose un certain éveil au monde, une certaine lucidité dont tous les auteurs ne font pas preuve.
[17/11/11 22:13:05] atelier_Thomas LeGuennic: Trois auteurs de me viennent à l'esprit : Ramuz, Sagan et Perec…
[17/11/11 22:13:19] Olivier Bleys: Pourquoi ceux-là ?
[17/11/11 22:14:49] atelier_Thomas LeGuennic: Et bien, pour Ramuz, je trouve qu'il y a beaucoup d'empathie, notamment dans la façon de recomposer en français un type de langage dit "montagnard" (de Suisse, si j'ai bien compris), véhiculant à la fois une forme de simplicité apparente liée à la condition sociale des personnages, mais à la fois d'en faire jaillir toute l'humanité et ses contradictions. Je ne sais pas si c'est très clair.
[17/11/11 22:15:46] atelier_Thomas LeGuennic: Concernant Sagan, je trouve qu'il y a une forme d'amour qui traverse les quelques textes que j'ai pu lire d'elle, ce qui la rend aussi à la fois empathique mais aussi parfois narquoise, voire ironique, ce qui permet je trouve de mieux souligner certains détails, impressions ou sentiments.
[17/11/11 22:17:14] atelier_Thomas LeGuennic: Et pour Perec, c'est déjà différent, mais je trouve qu'il a une grande capacité à restituer le commun de façon évidente (se dire "mais bien sûr" !) sans lui ôter sa complexité.
[17/11/11 22:17:28] atelier_Thomas LeGuennic: Je ne sais pas si c'est très clair.
[17/11/11 22:18:23] atelier_Thomas LeGuennic: En auteur contemporain, je trouve aussi que Jean Rolin a cette capacité.
[17/11/11 22:18:34] Olivier Bleys: Merci pour cette contribution.
[17/11/11 22:19:02] Olivier Bleys: Mais l'attention dont tu gratifies ces trois auteurs semble de types assez différents.
[17/11/11 22:19:59] atelier_Sébastien Trannoy: Ce que tu dis Thomas de Ramuz pourrait s'appliquer aussi à Sand, qui dépeint la paysannerie berrichone avec une simplicité et un parler spécifiques, attention qui leur rend hommage
[17/11/11 22:20:58] Olivier Bleys: L'attention peut s'appliquer à un vécu (restituer le parler des montagnards, parmi lesquels on a évolué, enfant) ou, si l'art de l'écrivain le permet, être seulement livresque : à partir d'archives, en compulsant de nombreux documents, on peut reconstituer, même assez bien, un patois disparu qu'on n'a jamais entendu autour de soi
[17/11/11 22:21:32] Olivier Bleys: Dans le premier cas, il faut beaucoup d'attention simple, de la mémoire, de l'empathie
[17/11/11 22:21:56] Olivier Bleys: Dans le second, des qualités plus intellectuelles, un sens de la synthèse, une imagination développée
[17/11/11 22:22:33] Olivier Bleys: C'est plutôt sur la première forme d'attention, entre ces deux-là, que porte l'exercice proposé
[17/11/11 22:23:40] Olivier Bleys: Il est assez simple, je crois, d'identifier à quel type appartient un écrivain, quelle sorte d'application il applique au monde qui l'entoure
[17/11/11 22:24:30] Olivier Bleys: Les auteurs qui écrivent au café / les auteurs qui travaillent chez eux (en majorité, me semble-t-il, depuis surtout que la mode des littérateurs de café a déserté même Saint-Germain)
[17/11/11 22:26:30] atelier_Sébastien Trannoy: Victor Hugo n'aurait-il pas écrit Les Misérables dans le confort d'un appartement parisien? Et pourtant, le roman semble sonner juste
[17/11/11 22:27:01] Olivier Bleys: Je n'ai pas dit du tout que travailler en chambre, c'était faire preuve de moins d'application !
[17/11/11 22:27:17] Olivier Bleys: … ou d'attention !
[17/11/11 22:27:27] atelier_Sébastien Trannoy: D'accord
[17/11/11 22:27:39] Olivier Bleys: Zola prenait des milliers de notes, dont ses romans formaient ensuite la patiente et docte digestion
[17/11/11 22:27:50] Olivier Bleys: C'était un genre de post-encylopédiste !
[17/11/11 22:27:59] Olivier Bleys: S'informer d'abord, s'inspirer ensuite
[17/11/11 22:28:28] Olivier Bleys: Mais il ne ressentait pas le besoin, comme certains journalistes depuis Jack London, de se travestir en pauvre pour vivre la vie des pauvres " de l'intérieur "
[17/11/11 22:29:14] Olivier Bleys: L'empathie, en effet, peut s'exercer dans tous les environnements, et l'on peut dépeindre le milieu des pêcheurs de morue avec beaucoup de justesse, sans sortir de son manoir
[17/11/11 22:29:19] Olivier Bleys: Pour moi, je suis clairement un auteur " en chambre ", ce qui présente au moins un avantage : avoir commodément accès aux dictionnaires.
[17/11/11 22:29:38] Olivier Bleys: J'aimerais, si ça vous intéresse, vous indiquer quelques liens qui me sont utiles, quotidiennement, pour écrire
[17/11/11 22:29:55] Olivier Bleys: des liens vers des dictionnaires et autres instruments langagiers
[17/11/11 22:31:06] atelier_Thomas LeGuennic: Volontiers
[17/11/11 22:31:41] atelier_Karoliina Vesa: Quelles sortes de dictionnaires avez-vous? J'avais au collège une professeur de lettres qui nous disait que pour elle l'horreur suprême, c'est une dictionnaire de synonymes (bien sûr je n'imagine pas que c'est surtout telle sorte de dictionnaires dont vous disposez)
[17/11/11 22:32:29] Olivier Bleys: Ah, ah, vous avez tort. J'ai toute une collection de dictionnaire des synonymes ! Mais je n'en rougis pas. Baudelaire les adorait.
[17/11/11 22:33:09] Olivier Bleys: Le dictionnaire des synonymes n'est pas un aveu de la pauvreté de son vocabulaire, c'est une occasion de l'étendre et de s'aérer l'esprit au voisinage de mots qu'on ne soupçonnait pas.
[17/11/11 22:33:13] Olivier Bleys: Voici quelques liens…
[17/11/11 22:33:30] Olivier Bleys: Un dictionnaire des synonymes en ligne, justement, mon favori :
[17/11/11 22:33:40] Olivier Bleys: http://www.crisco.unicaen.fr/cgi-bin/cherches.cgi
[17/11/11 22:34:17] Olivier Bleys: … ou la nouvelle version du même, que je n'aime pas — vous comprendrez pourquoi à l'usage :
[17/11/11 22:34:17] Olivier Bleys: http://www.crisco.unicaen.fr/des/
[17/11/11 22:34:50] Olivier Bleys: Le CNRS propose ce dictionnaire des synonymes-ci, mais je l'utilise peu :
[17/11/11 22:34:50] Olivier Bleys: http://dico.isc.cnrs.fr/dico/fr/chercher
[17/11/11 22:35:20] atelier_Karoliina Vesa: Ah oui, je vois, ca me rassure! Est-ce qu'il existe (bref, question plutôt rhétorique^^) des disctionnaires de synomes pour des thèmes divers et variés, ou sinon pour la language de différentes époques?
[17/11/11 22:37:02] Olivier Bleys: Il existe des dictionnaires de français de différentes époques (ancien français, moyen français, langue classique, etc.), avec parfois une courte offre de synonymie, mais, à ma connaissance, aucun dictionnaire de synonymes dédié à une langue sortie de l'usage.
[17/11/11 22:37:40] Olivier Bleys: Pareil pour les thèmes… On trouvera en revanche quantité de lexiques (lexique des termes de marine, des mots de la cuisine, etc.) qui, parfois, peuvent faire office de dictionnaire des synonymes
[17/11/11 22:38:34] Olivier Bleys: Les liens que je vous ai fournis sont généralistes, et peu didactiques dans la mesure où les mots sont donnés tels quels, sans commentaire ni explication. Vous n'apprendrez rien à les consulter.
[17/11/11 22:39:22] Olivier Bleys: En revanche, il existe des dictionnaires des synonymes — sur papier seulement, à ma connaissance — qui détaillent les nuances de chaque synonyme
[17/11/11 22:41:25] atelier_Karoliina Vesa: Ah d'accord. Les dictionnaires sur papier sont sûrement digne d'en faire la connaissance - ca ne revient pas exactement à la même chose, mais c'est toujours interessant d'entendre l'étymologie grec d'un tel ou tel mot. On se sent, d'une manière curieuse, beaucoup plus familier et attaché avec le mot en question
[17/11/11 22:42:25] Olivier Bleys: C'est vrai. Les dictionnaires papier sont devenus un peu encombrants pour moi. J'avoue les sortir rarement des rayonnages, mais, quand je le fais, ce n'est jamais sans profit.
[17/11/11 22:44:01] Olivier Bleys: S'agissant des dictionnaires papier de synonymes " nuancés ", j'ai par exemple : " dictionnaire des subtilités du français " de Duchesne et Leguay, chez Larousse ; ou un vieil ouvrage déniché en brocante : " dictionnaire universel des synonymes " de Guizot chez Emile Perrin, libraire-éditeur, daté de 1885 !
[17/11/11 22:44:43] Olivier Bleys: Ces deux livres enseigneront, par exemple, la différence entre " abaissement, bassesse et abjection " ou " constance et fidélité "
[17/11/11 22:45:02] Olivier Bleys: Mais revenons aux dictionnaires en ligne, que je trouve bien commodes.
[17/11/11 22:45:33] Olivier Bleys: Comme dictionnaire généraliste, outre le " Grand Robert Numérique " (sur Cd-Rom) que j'ai installé sur ma machine, je vais régulièrement sur :
[17/11/11 22:45:47] Olivier Bleys: http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv4/showps.exe?p=combi.htm;java=no;
[17/11/11 22:46:01] Olivier Bleys: … le TLFI (Trésor de la Langue Française Informatisé)
[17/11/11 22:46:26] Olivier Bleys: … une véritable mine. Chaque article comporte de très nombreux exemples d'emploi, des précisions étymologiques, etc.
[17/11/11 22:47:02] atelier_Karoliina Vesa: Et moi qui ne savais même pas que tel outils existent...!
[17/11/11 22:47:37] Olivier Bleys: l'Académie française diffuse son propre dictionnaire :
[17/11/11 22:47:39] Olivier Bleys: http://atilf.atilf.fr/academie9.htm
[17/11/11 22:47:51] Olivier Bleys: … mais j'en ai rarement entendu du bien.  (blush)
[17/11/11 22:48:01] Olivier Bleys: Trop subjectif, semble-t-il !
[17/11/11 22:48:17] Olivier Bleys: @Karoliina : tant mieux si ça peut vous aider
[17/11/11 22:48:32] atelier_Thomas LeGuennic: (j'utilise souvent le TLFI)
[17/11/11 22:48:39] atelier_Karoliina Vesa: Si je puisse demander, utilisez-vous ces dictionnaires surtout lorsque vous êtes à la recherche d'une expression "précise" ou lorsque vous cherchez plus généralement d'inspiration?
[17/11/11 22:49:56] Olivier Bleys: C'est plutôt pour cerner le sens d'un mot quand il me semble échapper. Je lis la définition mais aussi les exemples, qui sont porteurs de très nombreuses et très intéressantes nuances.
[17/11/11 22:50:58] Olivier Bleys: Mais la facilité introduite par l'outil informatique a multiplié mes consultations, déjà nombreuses au temps du papier. Quand j'écris, je pense que je fais au moins 200 consultations / jour, parfois sur des mots très simples (rivière, colline, butte, etc.) parce que je veux le comprendre " à fond "
[17/11/11 22:51:12] Olivier Bleys: @Thomas : et le TLFI te donne satisfaction ?
[17/11/11 22:51:19] Olivier Bleys: Tu l'utilises au quotidien ?
[17/11/11 22:52:08] Olivier Bleys: Autre lien, moins littéraire et plus axé sur la traduction, celui des dictionnaires Larousse en ligne :
[17/11/11 22:52:10] Olivier Bleys: http://www.larousse.fr/dictionnaires
[17/11/11 22:52:13] atelier_Thomas LeGuennic: Oui, je trouve qu'il est assez agréable — ne serait-ce qu'esthétiquement — et riche en exemples. J'aime aussi la fonction qui permet de chercher des synonymes et la visualisation graphique qui indique l'intensité de leur proximité.
[17/11/11 22:53:07] Olivier Bleys: J'avoue peu utiliser cette visualisation graphique. Je comprends ce qui l'inspire, mais je n'arrive pas à l'apprivoiser. Le dico synonymes du CNRS, dont j'ai indiqué le lien, semble avoir poussé particulièrement ce mode d'affichage.
[17/11/11 22:53:31] atelier_Thomas LeGuennic: En ce moment je ne l'utilise pas au quoitidien, je suis plutôt sur les dictionnaires de sciences humaines
[17/11/11 22:54:47] Olivier Bleys: Je pense qu'il manque des clefs de tri et de lecture dans les dictionnaires de synonymes en ligne : par exemple, extraire les mots de deux, trois, quatre syllabes dans une longue liste de synonymes. Il m'arrive souvent, en écrivant, de chercher un mot court, nécessairement court. Cela m'aiderait bien !
[17/11/11 22:55:33] Olivier Bleys: Après les dicos de synonymes et généralistes, voici une curiosité importée du Canada : le dictionnaire visuel ; ici :
[17/11/11 22:55:35] Olivier Bleys: http://www.ikonet.com/fr/ledictionnairevisuel/
[17/11/11 22:56:14] Olivier Bleys: Très commode, si l'on veut décrire un objet, un animal, un environnement mais qu'on manque de vocabulaire spécifique (par exemple, toutes les parties d'une fenêtre : vantail, chambranle, châssis, etc.)
[17/11/11 22:57:21] atelier_Karoliina Vesa: Il me semble que ces dictionnaires vont vraiment m'ouvrir un tout nouveau monde avec mon écriture (surtout en n'ayant pas le francais en tant que langue maternelle)!
[17/11/11 22:57:42] Olivier Bleys: Oui, je pense qu'ils sont très utiles pour quelqu'un qui aborde la langue française.
[17/11/11 22:58:15] atelier_Karoliina Vesa: Je vais devoir vous laisser. Je vous souhaite une très bonne soirée et j'enverrai mon texte par e-mail (et j'inclurai aussi quelques mots sur mon éventuel projet littéraire plus long)
[17/11/11 22:58:30] Olivier Bleys: Avec plaisir. J'ai hâte de vous lire.
[17/11/11 22:58:38] Olivier Bleys: La séance touche à sa fin, de toute façon.
[17/11/11 22:59:19] Olivier Bleys: Je diffuserai la consigne sur " l'exercice d'attention " auprès du groupe, demain. J'espère des textes d'une grande variété !
[17/11/11 22:59:29] atelier_Sébastien Trannoy: Merci pour tous ces liens. Au plaisir de vous transmettre ce récit d'attention
[17/11/11 22:59:42] Olivier Bleys: Je l'attends avec impatience. Bonne fin de soirée !
[17/11/11 23:00:07] atelier_Sébastien Trannoy: A vous aussi, à bientôt!
[17/11/11 23:01:12] atelier_Thomas LeGuennic: Bonne soirée à bientôt.

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10 novembre 2011

Séance virtuelle n° 2 du 10/11/11

Déroulé intégral de la séance du 10/11/11

[09/11/11 21:36:05] Olivier Bleys: Bonsoir à toutes et à tous
[09/11/11 21:36:22] Olivier Bleys: … du moins à celles et à ceux qui ont fait l'effort de nous rejoindre, à cette heure tardive !
[09/11/11 21:37:08] Olivier Bleys: Mention spéciale à Morienn, qui nous écrit de la Réunion, et chez qui minuit a déjà sonné !
[09/11/11 21:40:16] atelier_Antoine Beaur: Présent
[09/11/11 21:40:19] atelier_Antoine Beaur: Bonsoir
[09/11/11 21:40:22] atelier_Jim Charron: Présent
[09/11/11 21:40:25] atelier_Jim Charron: Bonsoir

[09/11/11 21:41:26] Olivier Bleys: Ce soir, je comptais lire et commenter avec vous les différents textes qui m'ont été livrés sur le thème de l'observation.
[09/11/11 21:41:44] atelier_Jim Charron: "vous tous" semble une notion bien vague ce soir
[09/11/11 21:42:05] Olivier Bleys: C'est vrai !
[09/11/11 21:42:24] Olivier Bleys: Mais bon, qu'il y ait foule ou pas, nous pouvons échanger quelques mots.
[09/11/11 21:42:36] atelier_Jim Charron: bien sur
[09/11/11 21:42:53] Olivier Bleys: Remettre cette conversation à une date ultérieure risquerait d'embrouiller tout le monde.
[09/11/11 21:43:12] Olivier Bleys: Enfin, merci et bravo à ceux qui sont là !  (happy)
[09/11/11 21:43:21] atelier_Antoine Beaur: merci
[09/11/11 21:43:29] atelier_Thomas LeGuennic: bonsoir
[09/11/11 21:43:34] Olivier Bleys: Bonsoir
[09/11/11 21:44:53] Olivier Bleys: Pour mémoire, les textes que nous allons lire et commenter se trouvent tous ici, sur le blog : http://eplosiontextes.canalblog.com/
[09/11/11 21:45:57] Olivier Bleys: Voici donc le premier :
[09/11/11 21:46:19] Olivier Bleys: A bord

Je viens de monter à bord de l'Airbus 777-400 d'Air France qui va me ramener sous les tropiques, loin de mon amour, loin de ma famille...
Inconfortablement calée dans l'étroitesse du siège bleu 34L, mon estomac est noué, mes yeux humides, une moue triste et poisseuse trahit la douleur de m'envoler vers le soleil et les cocotiers réunionnais. Les gens m'observent, interrogateurs, ne comprenant sans doute pas ce qui peut motiver une telle morosité...
A ma droite, le hublot m'offre un dernier coucher de soleil parisien sur l'aile de l'avion maculée de salissures noires...orangé...scintillant...un peu réconfortant...
Mais qu'est ce que je fais dans cet avion ?
Devant moi, le petit écran qui va me divertir et me changer les idées pour les 10 prochaines heures projette l'image d'une femme jeune qui sourit dans son apparat de la compagnie. La tablette en dessous a l'air bringuebalant, le porte verre est cassé, de petites projections brunâtres de je-ne-sais-quoi me font songer que le ménage est plus que douteux et que l’appareil est vétuste...
Et si on s’écrasait ?
La pince qui ramène mes cheveux en arrière me gène pour me reposer sur l'appui tête lui aussi bleu...je la retire pour la clipper à l’anse de mon petit sac laissé à mes pieds, ramenant ainsi ma tignasse sur un visage fermé,  ce qui va peut être dissimuler mon chagrin...
Je veux descendre...je veux courir le retrouver...
Je reste assise, stoïque, figée, les deux bras sur les accoudoirs, attachée avec lâcheté pour être à l’aise, ma petite couverture beige et mon oreiller rouge offerts par la compagnie soigneusement posés sur mes genoux qui butent dans le siège devant...promenant mon regard du tarmac qui plonge peu à peu dans l’obscurité à mon annulaire gauche nouvellement embelli par mon amoureux à la dame de l’écran aux insolents qui m’entourent avant de retourner au tarmac…
 Tiens, mon jean est troué à droite…ça fait négligé…
Les larmes s'arrêtent pour reprendre de plus belles, incontrôlables…
Heureusement que je ne me suis pas maquillée…quelle anticipation !
...alors qu'autour de moi, c'est l'effervescence d'un grand départ pour l'aventure pour les uns, d'un grand retour à la maison pour les autres...
Et moi, pourquoi je suis là ? Pourquoi je m'envole vers cet inconnu désespérément familier ? A quoi ça rime ?
A ma gauche, le siège est vide. Maigre consolation que de pouvoir étendre mes jambes pendant le voyage...La dame du bout de la rangée en a l'air ravi et y expose ses deux gros sacs, ses journaux et son gilet en me souriant gentiment.
[09/11/11 21:46:31] Olivier Bleys: Merci de prendre quelques minutes pour le lire
[09/11/11 21:48:42] atelier_Antoine Beaur: Je l'ai lu, et trouvé plutôt intéressant, mais je ne sais pas si le thème de l'observation était tout à fait adapté à l'évenement narré
[09/11/11 21:49:34] Olivier Bleys: Je comprends ta remarque, Antoine, mais l'excès de détails participe selon moi de l'angoisse distillée par le texte.
[09/11/11 21:49:51] atelier_Antoine Beaur: c'est vrai
[09/11/11 21:49:51] atelier_Jim Charron: je suis plutôt d'accord pour ce qui de l'observation mais j'ai bien aimé le côté "vrai", on ressent assez bien ce qu'elle ressent
[09/11/11 21:49:57] Olivier Bleys: On a le sentiment que le personnage cherche à s'accrocher à une réalité physique, qu'il puisse maîtriser, pour évacuer son angoisse
[09/11/11 21:50:31] Olivier Bleys: La phrase " et si on s'écrasait ? " par sa position médiane, au milieu du texte, et sa briéveté, a beaucoup d'impact
[09/11/11 21:50:35] Olivier Bleys: Elle m'a saisi à la lecture
[09/11/11 21:51:21] atelier_Antoine Beaur: effectivement, j'étais passé à côté
[09/11/11 21:51:53] atelier_Thomas LeGuennic: Oui c'est vrai pour le "Et si on s'écrasait ?" Par ailleurs, je trouve qu'il y a une forme d'analogie entre la "banalité" de l'environnement décrit (une cabine d'avion) et la banalité/famaliarité ("désesespérante") que le narrateur va retrouver et qu'il semble regretter.
[09/11/11 21:52:52] Olivier Bleys: Oui, thomas. C'est un texte aux nombreuses alternances : descriptions concrètes / évocations de sentiments et d'impressions ; ici que je quitte / là-bas où je vais ; moi / les autres, etc.
[09/11/11 21:53:54] Olivier Bleys: Je dois reconnaître qu'à la toute première lecture, ou plutôt à la lecture des toutes premières lignes, ça m'a semblé un peu bancal. J'étais peu convaincu par le style, par l'expression. En revanche, j'ai rapidement été saisi par l'efficacité du récit
[09/11/11 21:55:07] atelier_Thomas LeGuennic: Est-ce que le fait qu'il s'agisse d'une description signifie automatiquement que la description offerte soit "réaliste" ; je veux dire : est-ce que la description "à bord" est juste celle d'un avion ou d'un autre environnement, peut être élargie à un sentiment plus général (une sorte de métaphore…). Ou bien est-ce qu'élargir à ce point l'analyse sape toute force au récit ?
[09/11/11 21:56:01] Olivier Bleys: Il n'est absolument pas nécessaire que la description soit réaliste.
[09/11/11 21:56:54] Olivier Bleys: Au contraire, des détails incongrus glissés dans une description (objet qui ne devrait pas se trouver là, ou détail sur lequel le regard de l'auteur s'arrête inexplicablement) peuvent, de façon assez élégante, transmettre les impressions de l'auteur.
[09/11/11 21:58:39] Olivier Bleys: Sans quitter le domaine physique et sans y mêler aucun sentiment, aucune pensée, il y a mille façons de décrire un fauteuil d'avion, par exemple : mettez l'accent sur la ceinture et les consignes de sécurité, lues dans les moindres détails, et vous soulignerez l'angoisse du passager ; insistez sur le hublot ou le petit oreiller, vous suggérerez, au contraire, le plaisir qu'il prend à ce voyage
[09/11/11 21:58:59] Olivier Bleys: En résumé : une description n'est jamais neutre.
[09/11/11 21:59:09] Olivier Bleys: Ce texte, assez habile, permet de nous le rappeler.
[09/11/11 22:00:01] Olivier Bleys: Bon
[09/11/11 22:00:06] Olivier Bleys: Il est temps de lire autre chose…
[09/11/11 22:00:09] Olivier Bleys: Voici donc :
[09/11/11 22:00:24] Olivier Bleys: Les rayons de ce soleil de midi qui tombent droit devant moi m'éblouissent en glissant sur les dalles lisses de la rue Sainte-Catherine. Mon regard ainsi empli de lumière ne se retrouve que dans l'ombre de la massive arche de pierres, une porte, donnant sur la place de la Victoire. Mais à contrejour ce sont les soucis qui m'égarent — un repère est une ancre, il vous maintient solidement arrimé dans un présent qui n'est pas toujours assez long pour vous.
Lentement, en traînant les pieds, je me suis avancé dans le monde des responsabilités, où je sens peser sur moi, partout, à chaque pas, le spectre des choses à faire, et à refaire. Tout le paradoxe est contenu dans ce lieu, dans cette salle et ses ombres légères, ces tables à l'alignement strict, rectiligne, ce grand tableau noir et vide et ses quelques traits à la craie : nous cherchons à nous libérer l'esprit dans une prison. Mais au moins, le temps d'une heure, j'ai oublié.
Oublié que l'heure suivante j'allai y replonger. L'oubli. Ouvrez les écoutilles et emplissez-vous de lumière.
[09/11/11 22:01:39] Olivier Bleys: Il y a dans ce texte, me semble-t-il, une forme d'égarement
[09/11/11 22:01:43] Olivier Bleys: Egarement spatial, je veux dire
[09/11/11 22:01:55] Olivier Bleys: On ne sait précisément ce qui est décrit
[09/11/11 22:02:16] Olivier Bleys: Le cerveau, à la lecture, peine à se composer une image juste et proportionnée de ce que l'auteur veut dépeindre
[09/11/11 22:02:38] Olivier Bleys: Le lieu, finalement, n'apparaît qu'à la fin
[09/11/11 22:02:55] Olivier Bleys: J'entends, ne se révèle en vraies formes et vraies couleurs
[09/11/11 22:03:18] Olivier Bleys: Auparavant, nous oscillons entre intériorité et extériorité, monde physique et psychique parfaitement intriqués
[09/11/11 22:03:27] atelier_Thomas LeGuennic: Je trouve ce texte plus analytique (sans jugement de valeur). Il y a une forme d'évancescence. Une chose de me gêne : la généralisation du je ("il vous maintient", "nous cherchons"), qui force l'identification du lecteur au narrateur.
[09/11/11 22:05:36] Olivier Bleys: @Thomas. C'est un texte analytique et sensible à la fois.
[09/11/11 22:06:37] Olivier Bleys: L'auteur cherche à cerner ses impression et émotions au plus près et, ce faisant, peut-être sacrifie-t-il une part de l'élan, de la dynamique nécessaire du texte
[09/11/11 22:07:53] atelier_Thomas LeGuennic: À la relecture je trouve qu'il y a une forme de télescopage entre la géographie et les sentiments qui surgissent chez l'auteur (la progression de la rue St Catherine et la sienne dans l'existence). En même temps c'est peut-être l'effet produit par l'observation…
[09/11/11 22:08:39] Olivier Bleys: Oui, je crois que c'est volontaire.
[09/11/11 22:09:03] atelier_Antoine Beaur: la confusion spatiale traduit pour moi la confusion mentale du narrateur
[09/11/11 22:09:34] Olivier Bleys: Il faut toujours, me semble-t-il, avoir cela à l'esprit : un texte est une onde, un cours d'eau qu'une légère pente précipite vers aval. Si cette pente est trop faible, l'intérêt du lecteur diminue et, au pire, s'éteint. Si la pente est trop forte, on lit vite sans se laisser imprégner par les lieux, les sentiments, les personnages
[09/11/11 22:09:40] Olivier Bleys: C'est un équilibre délicat à trouver
[09/11/11 22:09:52] Olivier Bleys: Dans le texte que nous avons lu, la pente, me semble-t-il, est un peu faible
[09/11/11 22:10:05] Olivier Bleys: Par excès de précision ou de recherche, l'auteur ralentit la lecture
[09/11/11 22:10:11] Olivier Bleys: … et risque, éventuellement, de perdre ses lecteurs
[09/11/11 22:10:46] atelier_Antoine Beaur: en même temps, c'est plutôt court, le manque de pente n'est pas si décourageant
[09/11/11 22:10:57] Olivier Bleys: Bien sûr
[09/11/11 22:11:11] Olivier Bleys: Mais c'est la matière sur laquelle nous devons nous forger une opinion !
[09/11/11 22:11:21] atelier_Antoine Beaur: bien sur
[09/11/11 22:11:27] Olivier Bleys: Il est certains livres qui trouvent leur rythme à la page 100 !
[09/11/11 22:11:41] Olivier Bleys: La question : gardera-t-on le lecteur jusque-là ?
[09/11/11 22:12:07] atelier_Thomas LeGuennic: Peut-être qu'ici un des problèmes vient de ce que certaines phrases s'étirent jusqu'à s'effilocher.
[09/11/11 22:14:31] Observer. Figer le temps et l’espace sur une simple feuille de papier. Ciseler les alentours le regard alerte, chercher à magnifier le commun qui nous encercle. Flirter avec la finesse des tissus que portent nos voisins de table et humer l’air à la recherche d’un parfum qui provoquerait en nous l’irrépressible envie d’écrire. Observer, simplement. Sans un geste, sans une parole, juste les yeux rêveurs à l’idée de dénicher l’inspiration qui se terre sous la crasse des vitres abandonnées au temps qui passe. Sentir son cœur s’accélérer. Impatient, enragé d’être ainsi privé de tout autre effort que celui d’observer. Entendre son écho à l’intérieur de soi, ressentir son poids venir cogner contre notre poitrine et toujours, lui imposer le silence comme ordonnance. L’obscurité de la salle dicte une atmosphère glaciale presque religieuse que le bleu azur du ciel n’arrive que trop peu à compenser. Là, sur le tableau noir de la classe, la poussière de craie a dessiné au fil des phrases effacées à la brosse, de larges vagues grisâtres rappelant étrangement les remous de la Garonne s’écoulant non loin de là. La salle semble avoir son humeur, son caractère propre. Elle grince sous le poids de ses penseurs qui la déshabillent, elle se renferme de honte à l’idée qu’ils puissent s’attarder sur les lézardes qui galopent le long de ses murs. Mais leur présence la rassure, la comble au propre comme au figuré alors, elle s’abandonne à leur regard, à leur indiscrétion, à leur curiosité malsaine mais aussi à leur angoisse de la feuille blanche, à leur peur de ne pas avoir su la contempler correctement. Dans cet endroit clos, aucun bruit ne vient perturber le silence de cathédrale qui s’y est installé hormis le vrombissement de quelques pots d’échappements et l’éclat de voix masculine que les vitres obligent à rebrousser chemin. Les mains s’agitent, brutalisent le papier du bout de leur doigt, s’empressent de faire glisser leur crayon en d’innombrables jongleries stylistiques, espérant nerveusement que leur sensibilité vaille la peine d’être lue et écoutée. Elles se dépêchent de saisir l’instant qui s’enfuit, l’instant qui se cache sous la courbure d’une épaule, sur le rouge d’un barreau de chaise, sur la tirette d’une trousse. L’instant qui dégringole sur les cheveux d’une femme, sur la sueur d’une peau. L’instant qui se meurt au pied d’une porte en bois et qui plus jamais ne sera observée.
[09/11/11 22:14:38] Olivier Bleys: Notre troisième lecture, ce soir…
[09/11/11 22:17:02] Olivier Bleys: Le texte commence comme une légère, et assez virtuose digression autour de l'énoncé et du verbe qui le résume : " observer "
[09/11/11 22:17:21] Olivier Bleys: Il se conclut de même, avec le verbe " observer "
[09/11/11 22:18:23] Olivier Bleys: Entre les deux, une rêverie bien calibrée
[09/11/11 22:18:23] atelier_Thomas LeGuennic: Je trouve ce texte assez fort.
[09/11/11 22:18:43] Olivier Bleys: Moi aussi. Ce qui en donne l'indice, c'est l'espèce de frisson ressenti au dernier mot
[09/11/11 22:18:53] Olivier Bleys: Il y a là d'indéniables qualités d'observation !
[09/11/11 22:19:30] atelier_Thomas LeGuennic: Il donne à réfléchir sur l'exerice d'écriture concernant l'observation : réifier le mouvant et le fugace, fixer et restituer ce qui est fort parce que c'est justement fuyant.
[09/11/11 22:24:08] Olivier Bleys: En effet. Dans ce récit à l'intensité immédiate (on est d'emblée au cœur du sujet, pas de gradation ni de montée en puissance), le thème de la fuite est central. L'auteur décrit avec minutie, mais aussi élan et vitesse, les efforts fournis pour retenir ce qui s'échappe — des impressions évanescentes, des presque-rien que l'œil ou l'oreille a captés, et qu'il faut fixer d'urgence dans l'écriture.
[09/11/11 22:25:14] Olivier Bleys: En vous proposant le thème de l'observation, je n'avais pas songé à cela : la sauvegarde, la conservation par le mot d'une réalité qui se dérobe. C'est donc un apport très personnel et très judicieux de cet auteur…
[09/11/11 22:27:31] atelier_Thomas LeGuennic: Il y a quelque chose qui semble assez difficile dans la description. Je veux dire dans l'économie de l'écriture : doser les adjectifs et les qualificatifs. Parfois, je trouve que certaines phrases de ces trois textes (et d'autres sans doute) semblent déséquilibrée, un peu "bancales" (rien de méchant) ; j'ai l'impression que ça tient à ce dosage : ne pas trop qualifier ce que l'on décrit.
[09/11/11 22:28:28] Olivier Bleys: Il me semble, en général, que les écrivains ne se servent pas assez de leur oreille.
[09/11/11 22:29:06] Olivier Bleys: Quand j'ai commencé à écrire, j'avais — ou je croyais avoir, ne soyons pas présomptueux — une conscience très nette et très aiguisée de la longueur optimale pour une phrase, comme s'il s'agissait de vers comptant un certain nombre de pieds.
[09/11/11 22:29:32] Olivier Bleys: Idem, je sais par quelle sonorité, quelle syllabe devait s'achever la phrase.
[09/11/11 22:30:02] Olivier Bleys: Ce sens musical de l'écriture est un soutien, je crois, lorsqu'on cherche à réaliser l'équilibre que tu décris.
[09/11/11 22:31:02] Olivier Bleys: Il faut parfois s'abstraire de l'idée pour embrasser la phrase dans toute sa matérialité : comment elle sonne, quelle musique elle rend, si les mots, à l'oreille, donc, sont bien accordés les uns aux autres ?
[09/11/11 22:31:45] atelier_Thomas LeGuennic: Je suis d'accord. Ce rythme est fondamental. D'ailleurs, je trouve que certains textes gagnent une toute autre dimension une fois lus à voix haute.
[09/11/11 22:32:14] Olivier Bleys: Les lire à voix haute (rouvrir le " gueuloir " cher à Flaubert) est très révélateur
[09/11/11 22:32:58] Olivier Bleys: Et puis, ce peut être une bonne école d'écrire de la poésie versifiée, même à titre de simple exercice, pour s'habituer à manier des sons plutôt (ou autant) que des concepts
[09/11/11 22:33:13] Olivier Bleys: Je le faisais souvent, adolescent
[09/11/11 22:33:52] Olivier Bleys: Et, voici deux ans, j'ai publié avec un ami peintre un texte entièrement versifié, de diffusion assez confidentielle, " Pilori " (ed. Elytis).
[09/11/11 22:34:00] atelier_Antoine Beaur: C'est interessant, à l'opposé, je crois me souvenir que l'auteur américain Douglas Kennedy avait dit quelques choses à propos d'un équilibre et d'une harmonie visuelle des mots dans la phrase.
[09/11/11 22:34:33] Olivier Bleys: … ce qui conduit vers les jeux typographiques (textes ordonnés comme un dessin, etc.) dont une certaine poésie est familière
[09/11/11 22:34:44] atelier_Antoine Beaur: exact
[09/11/11 22:35:02] Olivier Bleys: Mais, qu'il s'agisse de sons ou d'images, les mots peuvent être trahis par une traduction.
[09/11/11 22:35:26] Olivier Bleys: Tout le savoir-faire d'un auteur dans sa langue risque de disparaître dans ce transport vers un autre idiome
[09/11/11 22:35:57] Olivier Bleys: C'est d'ailleurs une grande inquiétude des auteurs : leur éventuel talent est-il reconnu, ou seulement perceptible en italien, en allemand, en russe ?
[09/11/11 22:36:01] atelier_Antoine Beaur: Il faut se traduire sois même, comme Nabokov
[09/11/11 22:36:20] Olivier Bleys: Position enviable !
[09/11/11 22:36:25] Olivier Bleys: Mais combien s'y risqueraient ?
[09/11/11 22:36:26] atelier_Thomas LeGuennic: Mais quel niveau de langue ne faut-il pas avoir !
[09/11/11 22:36:31] atelier_Antoine Beaur: n'est ce pas ?
[09/11/11 22:36:52] Olivier Bleys: Bon, un autre petit texte ?
[09/11/11 22:36:55] Olivier Bleys: Une consigne, quelques sons émis dans une salle de cours et mon esprit vagabond. Je songe, j'imagine, j'illustre un moment qui n'existe pas encore. Le présent est ailleurs, dans une petite salle de cours, un amphi plus précisément, qui ne ressemble en rien à un amphithéâtre. Une petite extrade pouvant se référer à une scène faisant à peine 1m 50 de profondeur, sur lequel se tiennent un bureau et une chaise, le décor indispensable pour le rôle que joue celui qui tente de nous tenir conscient, présent, attentif, quand l'automne se fait encore beau et rayonnant. Les deux fenêtres qui donnent sur la rue Paul Broca aux huit carreaux par battant sont pour la plupart opaques et sales, ce qui n’empêche en rien la lumière de rentrer. Elle se diffuse silencieusement, rien ne se fait entendre, pas même le bruit des stylos sur les feuilles. Chut, on compose, on réfléchit, on songe. Le visage incliné sur les feuilles on compose. 24 étudiants installés délibérément un peu partout donnant face au tableau, fixé à hauteur raisonnable. Il a servi, pour indiquer une adresse et des mots. L'éponge laissée sur le plateau en bas du tableau, fait penser à ces années passées où école rimait avec éclat de rire.
[09/11/11 22:37:49] Olivier Bleys: C'est, à première lecture (qu'il faudra dépasser), une composition assez scolaire.
[09/11/11 22:38:30] Olivier Bleys: La description, par moments, emprunte son style aux écrits scientifiques : les chiffres et les mesures précises ne manquent pas.
[09/11/11 22:38:44] atelier_Juliette Porte: heu, bonjour à tous (toutes?)
[09/11/11 22:38:49] Olivier Bleys: Bonsoir !
[09/11/11 22:39:07] Olivier Bleys: Il n'y a pas foule, ce soir, mais les discussions n'en sont pas moins riches
[09/11/11 22:39:20] Olivier Bleys: Nous sommes en train de lire ensemble différents textes soumis sur l'observation.
[09/11/11 22:39:24] Olivier Bleys: Le dernier en date :
[09/11/11 22:39:26] Olivier Bleys: Une consigne, quelques sons émis dans une salle de cours et mon esprit vagabond. Je songe, j'imagine, j'illustre un moment qui n'existe pas encore. Le présent est ailleurs, dans une petite salle de cours, un amphi plus précisément, qui ne ressemble en rien à un amphithéâtre. Une petite extrade pouvant se référer à une scène faisant à peine 1m 50 de profondeur, sur lequel se tiennent un bureau et une chaise, le décor indispensable pour le rôle que joue celui qui tente de nous tenir conscient, présent, attentif, quand l'automne se fait encore beau et rayonnant. Les deux fenêtres qui donnent sur la rue Paul Broca aux huit carreaux par battant sont pour la plupart opaques et sales, ce qui n’empêche en rien la lumière de rentrer. Elle se diffuse silencieusement, rien ne se fait entendre, pas même le bruit des stylos sur les feuilles. Chut, on compose, on réfléchit, on songe. Le visage incliné sur les feuilles on compose. 24 étudiants installés délibérément un peu partout donnant face au tableau, fixé à hauteur raisonnable. Il a servi, pour indiquer une adresse et des mots. L'éponge laissée sur le plateau en bas du tableau, fait penser à ces années passées où école rimait avec éclat de rire.
[09/11/11 22:39:46] atelier_Juliette Porte: Oui, je suis désolée d'être en retard, j'essaie de rattraper
[09/11/11 22:40:11] Olivier Bleys: Pour revenir au texte, donc, et malgré mes réserves précédentes, je ne lui en reconnais pas moins une certaine fraîcheur
[09/11/11 22:40:20] Olivier Bleys: Il pourrait traduire le regard d'un enfant
[09/11/11 22:41:04] Olivier Bleys: Vocabulaire simple, tournures rassurantes, images un peu convenues mais solides…
[09/11/11 22:41:22] Olivier Bleys: Une fraîcheur, oui, dans la lignée d'un Prévert ?
[09/11/11 22:41:26] atelier_Thomas LeGuennic: C'est peut-être bête mais je trouve que le fait que ce texte soit livré en un seul paragraphe nuit à sa lecture. J'ai essayé de le relire en découpant un je trouve qu'il révèle un dynamisme qui ne m'avait pas frappé.
[09/11/11 22:41:53] atelier_Juliette Porte: J'ai bien aimé l'alexandrin en plein milieu, c'est une technique classique mais ça marche bien, l'ettention du lecteur est retenue. D'ailleurs vous parliez tout à l'heure de la musicalité des mots.
[09/11/11 22:43:39] atelier_Juliette Porte: En parlant de ça justement, je ne pense pas qu'à la poésir mais aussi aux discours des hommes politiques ou autres, les textes qui n'ont de force que l'orsqu'ils sont pronocés, alors que c'est le contraire pour la fiction. C'est juste une remarque sans grand rapport, je reviens au texte ;)
[09/11/11 22:44:47] Olivier Bleys: La rhétorique était un art que nous avons perdu, mais dont les enseignements se sont diffusés, sans y paraître, chez tous ceux qui font usage d'une parole.
[09/11/11 22:45:08] Olivier Bleys: En effet, un discours écrit vaut rarement grand-chose. Il a besoin de l'incarnation d'une langue et d'une voix !
[09/11/11 22:45:47] Olivier Bleys: Ce texte m'évoque les ouvrages de jeunesse de Colette, souvent des textes de commande, telle la série cosignée avec Willy.
[09/11/11 22:47:36] Olivier Bleys: La langue diffère, bien sûr, mais un même sentiment printanier, primesautier, comme, j'insiste, si nous devions ce texte à un très jeune auteur, imprègne cette observation et les tout premiers romans de Colette.
[09/11/11 22:47:49] Olivier Bleys: Passons à un autre texte, pour finir la soirée ?
[09/11/11 22:48:03] atelier_Antoine Beaur: ouep
[09/11/11 22:48:15] Olivier Bleys: Voici…La petite salle était toute baignée d'un étrange clair-obscur. Il n'y avait nulle lumière au plafond; nul rayon de soleil : juste une timide lueur qui filtrait par les carreaux sales des grandes fenêtres. Les murs, le tableau, les chaises, tout me semblait si gris qu'aucune couleur vive ne voulait percer mon oeil de sa douceur. Le haut jaune aux fibres cotonneuses de ma voisine, juste sous mon nez, devenait terne et d'une couleur pataude sous cette ambiance blafarde.

A l'image de la pièce, mon pull noir d'ordinaire si confortable piquait mes bras nus, comme parcourus par les courses de centaines de fourmis de laine. Le silence s'était fait, seulement brisé par quelques rires étouffés deçà la grande porte de bois, quelques froissements de feuilles, grincements de stylos, éternuements, quintes de toux. Non, tout compte fait, le silence était parti depuis bien longtemps déjà; seul régnait ce léger bruitage lancinant aux accents de respirations étouffées et de cerveaux en création.

Tandis que les mots s'enfuyaient, je me mordillais l'intérieur de la lèvre, déjà amochée par quelques coups de dents agacés. Mes yeux fatigués rendaient la scène floue et mes lignes imprécises; mais mes lunettes restaient sagement sur mon bureau, car leur monture noire intransigeante semblait brider mon univers. La maladie qui depuis quelques temps déjà me taquinait m'assoupissait. J'en rêvais éveillée, de ce sommeil échappé. Cette pièce, ce pull, tout était à l'image de mon esprit désabusé : Triste, passif et malade.

Je ne pouvais m'y endormir, car cette pièce à l'air gris me renvoyait mes pensées désordonnées, au beau milieu de ce silence assourdissant.
[09/11/11 22:50:29] Olivier Bleys: " triste, passif et malade ": cette combinaison de mots vient comme une révélation
[09/11/11 22:50:35] Olivier Bleys: … et donne un sens à tout ce qui précède
[09/11/11 22:50:47] Olivier Bleys: … un sens qui, jusque-là, n'était pas évident.
[09/11/11 22:50:59] atelier_Thomas LeGuennic: Ambiance très cotoneuse, sourde, avec un travail sur l'écriture de la lumière qui contrastent avec l'évocation de sentiments assez sombres.
[09/11/11 22:51:29] Olivier Bleys: @Thomas : c'est vrai. Tu as raison d'insister sur la lumière, car nous sommes dans un clair-obscur de facture clairement picturale
[09/11/11 22:51:36] Olivier Bleys: On songe à Goya ?
[09/11/11 22:51:42] atelier_Antoine Beaur: S't'un rembrandt
[09/11/11 22:51:45] Olivier Bleys: Aussi
[09/11/11 22:51:58] Olivier Bleys: Les impressions sont majoritairement visuelles, mais pas seulement.
[09/11/11 22:52:13] Olivier Bleys: J'aime les notations kynestésiques (sens du toucher), assez rares en littérature.
[09/11/11 22:52:31] Olivier Bleys: kinesthésiques !
[09/11/11 22:52:36] Olivier Bleys: … sans y !
[09/11/11 22:53:15] atelier_Thomas LeGuennic: Finalement, dans tous ces textes, nous n'avons pas vraiment affaire à des descriptions "naturalistes" (je ne sais pas si le terme est bon) : les choses ne sont jamais décrites pour elles-même. Ce sont systématiquement des stimulus qui réveillent les sensations de l'écrivain, à partir desquels des réflexions, des songes, s'élaborent.
[09/11/11 22:53:42] atelier_Juliette Porte: J'aime bien le pull noir associé aux fourmis (rouges!). Un mélange de couleurs et de toucher, je dirais presque synesthésique moi
[09/11/11 22:54:11] atelier_Thomas LeGuennic: Ici, de façon générale, la description ne semble pas évoquer des états intérieurs très joyeux.
[09/11/11 22:54:41] Olivier Bleys: @Thomas : oui, mais d'autres textes que je garde sous le manteau, et que nous n'aurons pas le temps de lire ce soir sont assez naturalistes. Je pense à un, en particulier, que son auteur a lu en séance, et qui décrivait " par le menu " l'état et le fonctionnement de son stylo. Seule la dernière phrase rattachait une impression à ce pur dessin technique…
[09/11/11 22:55:08] atelier_Juliette Porte: je vais peut-être paraître cynique, mais dans un temps limité je trouve souvent plus facile d'acrire un texte triste que joyeux
[09/11/11 22:55:16] atelier_Thomas LeGuennic: Au temps pour moi.
[09/11/11 22:55:21] Olivier Bleys: Pas faux !
[09/11/11 22:55:33] atelier_Juliette Porte: ah oui c'est moi le stylo!
[09/11/11 22:55:53] Olivier Bleys: Le stylo sera pour une autre fois
[09/11/11 22:55:58] Olivier Bleys: Il y aurait pourtant beaucoup à en dire
[09/11/11 22:56:13] Olivier Bleys: Je pense que tu as bien fait de le lire à haute voix
[09/11/11 22:57:02] atelier_Juliette Porte: en fait j'ai fair exprès de ne  pas décrire ce que je ressentais, justement pour ne pas me sentir gênée de le lire à haute voix,
[09/11/11 22:57:21] atelier_Juliette Porte: mais ça ne gêne pas du tout qu'on en parle une prochaine fois!
[09/11/11 22:59:16] Olivier Bleys: S'agissant de la prédominance des textes " tristes ", Il faut considérer certains éléments culturels… Vous appartenez à une génération (c'était déjà mon cas) qui se méfie des bons sentiments et cultive, parfois jusqu'à la nausée, les états dégradés du corps et de l'âme. Certes, ce n'est pas neuf. Mais la figure inverse, celle, solaire, du héros s'est pratiquement absentée de la littérature. Dans les livres, beaucoup plus que dans les films, on ne rencontre plus que des " losers ", des esprits torturés.
[09/11/11 22:59:22] Olivier Bleys: L'avez-vous observé ?
[09/11/11 22:59:41] atelier_Thomas LeGuennic: Tout à fait.
[09/11/11 23:00:02] atelier_Juliette Porte: des esprits torturés oui, des loser, je le dirais pas comme ça
[09/11/11 23:00:16] Olivier Bleys: Autre explication : une règle dramatique, selon laquelle pour qu'il y ait drame (et donc, intérêt du lecteur), il faut qu'il y ait conflit. Si tout va bien dans un monde heureux, avec des gens parfaits, on s'ennuie ferme.
[09/11/11 23:00:28] atelier_Juliette Porte: c'est aussi le cas dans les films, séries (pour ce que je regarde en série ahem)
[09/11/11 23:00:44] atelier_Juliette Porte: et les BD aussi
[09/11/11 23:01:14] Olivier Bleys: oui, mais le cinéma hollywoodien cultive encore quelques héros, quelques surhommes… la littérature le fait moins qu'au temps de Jules Verne, quand il fallait servir des figures positives à la jeunesse de ce temps !
[09/11/11 23:02:01] Olivier Bleys: La BD, en France, accompagne la littérature. Beaucoup de récits introspectifs (Pedrosa, par exemple, parmi les récentes parutions), d'autobiographies, rarement souriantes.
[09/11/11 23:02:16] atelier_Juliette Porte: oui, je suis d'accord en partie, Hollywood cultive les héros américains, mais ce sont quand même des héros américains hérités des séries BDs de Marvel etc., des années 50-60's
[09/11/11 23:02:28] atelier_Kassandra: atelier_Kassandra a quitté la conversation
[09/11/11 23:02:57] Olivier Bleys: Jules Verne était notre Marvel… ou Tintin…
[09/11/11 23:03:03] atelier_Thomas LeGuennic: C'est peut-être aussi parce qu'il y a "recentrage" du discours sur un sujet individuel. Particulièrement dans une certaine tendance de la littérature française contemporaine. Les figures collectives, les récits picaresques, etc. me paraissent assez absent. Du coup, c'est vrai que les éléments problématiques doivent être cherchés dans les états intérieurs du narrateur.
[09/11/11 23:03:53] atelier_Juliette Porte: Oui, et quand je disais BD, je pensais par exemple aux différences entre Tintin ou je ne sais pas, le héros de formule 1 comment il s'appelle déjà (peu importe) et Largo Winch, XIII, Thorgal
[09/11/11 23:04:18] Olivier Bleys: @Thomas : littérature française, c'est bien de le préciser. Nous avons abandonné aux Anglo-Saxons (pour l'essentiel) les récits picaresques, les épopées remuantes dont, un ou deux siècles plus tôt, les lecteurs d'ici faisaient aussi leur miel.
[09/11/11 23:04:19] atelier_Thomas LeGuennic: (Michel Vaillant)
[09/11/11 23:04:32] atelier_Juliette Porte: aaaah merci!
[09/11/11 23:05:05] atelier_Thomas LeGuennic: C'est vrai que les anglo-saxons ont une capacité à écrire des textes "barrés" que je n'imaginerai pas en France (Pynchon par ex.)
[09/11/11 23:05:32] Olivier Bleys: Je crains de ne pas me montrer héroïque, ce soir. Il se fait tard et mon ventre crie famine. Nous lirons d'autres textes la prochaine fois…
[09/11/11 23:05:56] atelier_Antoine Beaur: pas de problème.
[09/11/11 23:06:00] Olivier Bleys: … peut-être pas tous, car votre production est abondante !
[09/11/11 23:06:06] atelier_Thomas LeGuennic: Très bien.
[09/11/11 23:06:21] Olivier Bleys: Je vous souhaite donc une bonne fin de soirée, j'espère accompagnée d'un livre !
[09/11/11 23:06:33] atelier_Antoine Beaur: of course
[09/11/11 23:06:40] Olivier Bleys: A bientôt, bonne nuit  (wave)
[09/11/11 23:06:43] atelier_Antoine Beaur: Bonne soirée
[09/11/11 23:06:47] atelier_Thomas LeGuennic: Bonne soirée
[09/11/11 23:07:09] atelier_Juliette Porte: d'accord (remarque en passant: considérons qu'on est un héros collectif. Même dans ce groupe, les individus ont des failles qui se révèlent au cours de la lecture! ;)
[09/11/11 23:07:17] atelier_Juliette Porte: bon appétit!

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21 octobre 2011

Séance virtuelle n° 1 du 20/10/11

Présentation

Les séances virtuelles se déroulent en ligne, sur Internet, au moyen d'un logiciel de messagerie instantanée.

Sur écran, cela donne ceci :


Capture d’écran séance virtuelle

Déroulé intégral de la séance du 20/10/11

[20/10/11 21:28:54] Olivier Bleys: Bonsoir à toutes et à tous ! Si vous pouvez lire ce petit message de bienvenue, c'est très bon signe, ça signifie que ça marche !  :)

[20/10/11 21:29:34] Olivier Bleys: J'ai associé dix-neuf personnes à cette conversation, avec l'espoir que mon message leur parviendra simultanément. Je crois que c'est le principe de cet outil…

[20/10/11 21:29:40] Olivier Bleys: Ça marche ? Vous pouvez me lire ?

[20/10/11 21:29:54] atelier_Kassandra: Moi je peux oui ! Bonjour !...

[20/10/11 21:29:58] atelier_AEusèbe: Chez moi ça va!

[20/10/11 21:30:00] atelier_LRoux: ça fonctionne !

[20/10/11 21:30:09] atelier_MLavoix: c'est moi chez moi aussi !

[20/10/11 21:30:35] atelier_lpineau: oui

[20/10/11 21:30:58] atelier_LAvania: Oui ça marche

[20/10/11 21:31:22] Olivier Bleys: C'est assez magique ! Je me demande, maintenant, si les personnes qui vont nous rejoindre un peu plus tard recevront le fil entier des messages, ou seulement ceux tapés depuis leur arrivée… Dès que vous avez un témoignage là-dessus, merci de le partager…

[20/10/11 21:31:44] atelier_KVesa: Bonjour, ca marche très bien en effet!

[20/10/11 21:32:20] Olivier Bleys: J'ai réfléchi un peu à ce que nous pourrions faire ce soir, lors de cette séance un peu expérimentale (il faut apprivoiser la technique !), et je me suis dit qu'aborder la question de la LECTURE pouvait être une bonne idée…

[20/10/11 21:32:47] Olivier Bleys: NB : vous pouvez intervenir à tout moment, m'interrompre quand vous voulez…

[20/10/11 21:33:12] Olivier Bleys: D'autant que je peux être très bavard, même au clavier  (chuckle)

[20/10/11 21:34:30] Olivier Bleys: Voici quelques années, lors d'un salon du livre, je dédicaçais à côté d'un écrivain algérien que vous connaissez peut-être, rachid boudjedra ( http://calounet.pagesperso-orange.fr/biographies/boudjedra_biographie.htm )

[20/10/11 21:34:53] Olivier Bleys: J'animais alors un atelier d'écriture, et la conversation portait sur ce sujet.

[20/10/11 21:35:24] Olivier Bleys: Il m'a dit : " plutôt que d'un atelier d'écriture, les jeunes auraient besoin d'un atelier de lecture. Tout commence par là "

[20/10/11 21:35:29] Olivier Bleys: Ça m'a donné à réfléchir.

[20/10/11 21:35:53] atelier_AEusèbe: La lecture, c'est à dire les romans (ou autre) que nous lisons, ou la lecture de nos propres productions?

[20/10/11 21:35:57] atelier_JBLarraufie: Bonsoir

[20/10/11 21:36:05] Olivier Bleys: Bonsoir

[20/10/11 21:36:28] Olivier Bleys: Pour répondre à Alexandre, il s'agit de la lecture d'autres auteurs, des livres sur votre table de chevet

[20/10/11 21:36:38] atelierTLeGuennic: bonsoir

[20/10/11 21:36:42] Olivier Bleys: bonsoir !

[20/10/11 21:36:44] Olivier Bleys: Je ne peux pas parler pour tous les auteurs, mais, dans mon cas, c'est effectivement la lecture qui a été la " matrice " de l'écriture

[20/10/11 21:36:51] atelier_LRoux: est-il possible que des gens soient écrivains sans être lecteurs ?

[20/10/11 21:36:58] Olivier Bleys: Bonne question

[20/10/11 21:37:27] Olivier Bleys: Du point de vue technique, sans doute. On peut apprendre la langue indépendamment de la littérature, à travers des manuels (orthographe, grammaire, etc.)

[20/10/11 21:37:37] Olivier Bleys: Quant à la formation de la sensibilité……

[20/10/11 21:37:45] atelier_AEusèbe: Ah! Sujet passionnant, et qui est central au café littéraire que j'ai lancé cette année à Sciences Po (auto-promotion)!

[20/10/11 21:37:49] atelier_JBLarraufie: ou même ne serait ce que pour le vocabulaire

[20/10/11 21:38:13] Olivier Bleys: On va courir au café littéraire d'Alexandre…

[20/10/11 21:38:39] atelier_AEusèbe: J'espère!! ;) je dois d'ailleurs relancer la machine très rapidement.

[20/10/11 21:38:42] atelier_MKnoch: Impossible d’ajouter atelier_MKnoch à cette conversation suite à ses paramètres de vie privée

[20/10/11 21:39:18] atelier_KVesa: Stephen King a dit que la personne qui n'a pas le temps pour la lecture, n'a pas les outils pour écrire (d'ailleurs un trés beau livre qu'il écrit sur l'écriture, "Écriture: Mémoires d'un métier")

[20/10/11 21:39:35] atelier_LRoux: il me semble que quelqu'un qui décide de faire passer des idées ou des émotions par écrit croit en ce pouvoir donc prend forcément du plaisir à lire et à partager des idées,non?

[20/10/11 21:39:49] Olivier Bleys: Je pense que la genèse d'un écrivain c'est, d'abord, de lire beaucoup afin, d'une part, de percevoir un seuil d'exigence de la langue que les autres supports de l'écrit (journaux, etc.) ne lui donnent pas forcément et, d'autre part, de s'imprégner lentement du style des autres… avant de forger le sien

[20/10/11 21:40:09] atelier_LRoux: (j'approuve pour Stephen King, ce livre est très bien !)

[20/10/11 21:40:48] Olivier Bleys: Tous les écrivains ne croient pas au pouvoir des mots. Il y a beaucoup de gens désabusés dans ce métier, surtout à notre époque.

[20/10/11 21:40:51] Olivier Bleys: … où l'image domine

[20/10/11 21:40:57] atelier_KVesa: (ce qui est, au moins au titre personnelle, très étrange, puisqu'en outre de cette oeuvre-là, son style d'écrtiture ne me plaît pas érnomément!)

[20/10/11 21:41:17] atelier_AEusèbe: C'est vrai que plus on lit plus à mon sens on a envie d'écrire...

[20/10/11 21:41:33] atelierTLeGuennic: Lire beaucoup peut aussi inhiber…

[20/10/11 21:41:51] Olivier Bleys: **** petit aparté technique : Maria (Knoch), tu ne dois pas recevoir tous les messages, car certains de tes paramètres de vie privée empêchent ta participation aux conversations ! A corriger, stp ! ****

[20/10/11 21:42:23] Olivier Bleys: C'est vrai, lire stimule et inhibe en même temps.

[20/10/11 21:42:31] atelier_JBLarraufie: Maria Knoch est parti

[20/10/11 21:42:34] Olivier Bleys: Parfois, devant ses auteurs préférés, on se dit : " à quoi bon ? "

[20/10/11 21:42:58] atelier_AEusèbe: C'est vrai! Lire Gracq c'est se dire qu'on aura jamais le niveau...

[20/10/11 21:42:59] Olivier Bleys: *** j'écrirai un message perso à Maria Knoch. Il doit y avoir un problème technique **$

[20/10/11 21:43:01] atelier_LRoux: ça dépend de si on écrit pour soi ou pour les autres

[20/10/11 21:43:29] atelier_AEusèbe: Mais ça pousse à se forger son propre style!

[20/10/11 21:43:35] atelier_LAvania: oui mais on peut aussi écrire pour les deux

[20/10/11 21:43:41] atelier_LAvania: pour soi et pour les autres

[20/10/11 21:43:43] atelier_LAvania: non?

[20/10/11 21:44:30] Olivier Bleys: Ecrire est une médiation. Je ne sais pas s'il existe des gens qui écrivent exclusivement pour eux-mêmes, sans souci d'être lus de quiconque (même de la personne qui, par hasard, ouvrirait le tiroir où se trouve le journal intime).

[20/10/11 21:44:55] Olivier Bleys: Bon…………… La conversation s'engage bien, mais je voulais vous donner quelque chose de plus concret à faire.

[20/10/11 21:45:34] Olivier Bleys: Puisque la lecture prépare l'écriture, dans une certaine mesure…

[20/10/11 21:45:55] Olivier Bleys: … et que les admirations / dégoûts que vous concevrez en lisant détermineront en partie ce que vous écrirez ensuite…

[20/10/11 21:46:20] Olivier Bleys: je vous propose de publier ICI un texte d'un de vos auteurs favoris, que vous souhaiteriez partager avec toutes et tous.

[20/10/11 21:46:25] Olivier Bleys: Ensuite, nous pourrons en parler.

[20/10/11 21:46:31] Olivier Bleys: Pas d'extrait trop long, svp

[20/10/11 21:46:59] Olivier Bleys: Je ne voudrais pas vous imposer de recopier une page imprimée, on doit trouver beaucoup de choses sur Internet

[20/10/11 21:47:03] Olivier Bleys: Le jeu vous tente ?

[20/10/11 21:47:26] atelier_KVesa: Oui! Mais ca va être difficile d'en choisir qu'un seul extrait!

[20/10/11 21:47:32] Olivier Bleys: On peut se retrouver ici dans une quinzaine de minutes avec les textes et les auteurs de votre choix

[20/10/11 21:47:39] Olivier Bleys: Publiez-en plusieurs, si vous voulez

[20/10/11 21:47:43] atelier_Kassandra: Oui, ça me va !

[20/10/11 21:47:54] Olivier Bleys: Mais l'un après l'autre, à intervalle de quelques minutes

[20/10/11 21:47:57] atelier_LRoux: ça ne risque pas être trop compliqué de parler de plusieurs textes à la fois?

[20/10/11 21:49:12] atelier_KVesa: Les extraits d'une pièce de théâtre, ca compte aussi?

[20/10/11 21:49:53] Olivier Bleys: réponses : oui, ça peut être un peu compliqué, nous nous rôdons ; le théâtre est le bienvenu

[20/10/11 21:50:12] Olivier Bleys: si nous ne pouvons pas parler de tous les textes, nous le réserverons à une prochaine séance

[20/10/11 21:50:30] Olivier Bleys: la force du livre, c'est qu'il n'est pas (ou peu) périssable !

[20/10/11 21:50:47] atelier_STrannoy: Très bien

[20/10/11 21:50:48] Olivier Bleys: J'ai beaucoup de textes à vous soumettre, mais j'attends les vôtres pour ne pas occuper tout le champ !

[20/10/11 21:50:54] atelier_AEusèbe: Je suis en vadrouille donc mon texte viendra plus tardivement... (vive la technologie!)

[20/10/11 21:51:02] atelier_LAvania: moi j'en ai aucun

[20/10/11 21:51:23] atelier_MLavoix: il y en a tellement... c'est dur de choisir des extraits précis !!

[20/10/11 21:51:39] Olivier Bleys: Je n'ai pas dit que c'était facile !  (y)

[20/10/11 21:52:01] Olivier Bleys: Mais vous avez sans doute, comme beaucoup de lecteurs, une phrase, un paragraphe qui exerce sur vous une véritable fascination

[20/10/11 21:52:09] Olivier Bleys: … depuis toujours

[20/10/11 21:52:28] atelier_LAvania: ah ok d'accord

[20/10/11 21:53:04] atelier_LAvania: il y en a bien un, mais c'est tiré d'un ouvrage de sociologie

[20/10/11 21:53:09] Olivier Bleys: pourquoi pas ?

[20/10/11 21:53:41] Olivier Bleys: les sciences humaines ont donné quelques chefs-d'œuvre, de statut parfois incertain (science ? littérature ?). Regardez " tristes tropiques " !

[20/10/11 21:53:48] atelier_JBLarraufie: Moi aussi j'ai une citation que j'aime beaucoup de Daniel Dennet

[20/10/11 21:54:14] Olivier Bleys: volontiers

[20/10/11 21:54:57] atelier_JBLarraufie: Les mystères sont excitants, et ils contribuent à rendre la vie amusante. Personne n'apprécie le gâcheur qui donne la clé de l'énigme à ceux qui font la queue pour aller voir un film " Daniel DENNETT

[20/10/11 21:55:06] atelier_JBLarraufie: J'avais trouvé l'exemple bien choisi

[20/10/11 21:55:28] atelier_JBLarraufie: mais apres je ne sais pas si on peut la commenter ensemble

[20/10/11 21:55:43] Olivier Bleys: On pourrait commenter son sens… Quant à la langue, je ne sais pas.

[20/10/11 21:56:18] atelier_JBLarraufie: Oui c'est vrai qu'il n'a pas fait preuve d'un grand style

[20/10/11 21:56:34] Olivier Bleys a ajouté atelier_MKnoch à cette conversation

[20/10/11 21:56:50] Olivier Bleys: Maria K, es-tu avec nous, maintenant ?

[20/10/11 21:56:55] atelier_AEusèbe: Ça me fait penser à ça "Non ce n'est pas tant/La fille qui me plait tant/C'est le mystère qui est dedans" Alain Souchon ;)

[20/10/11 21:57:01] atelier_KVesa: C'est avant tout une très bonne remarque

[20/10/11 21:57:35] atelier_JBLarraufie: ( J'écoutais du Souchon juste avant de venir sur skype ^^ )

[20/10/11 21:57:42] Olivier Bleys: Bon, je vais vous donner quelque chose de peut-être plus consistant.

[20/10/11 21:57:54] Olivier Bleys: Un texte qui vous paraître peut-être un peu scolaire, je ne sais pas

[20/10/11 21:58:01] Olivier Bleys: Mais c'est l'un de mes " totems " personnels

[20/10/11 21:58:10] Olivier Bleys: Déjà commenté lors de l'atelier de l'année dernière… désolé, Alexandre !

[20/10/11 21:58:13] Olivier Bleys: Voici :

[20/10/11 21:58:26] Olivier Bleys: Eventail de Mademoiselle Mallarmé

 

Ô rêveuse, pour que je plonge

Au pur délice sans chemin,

Sache, par un subtil mensonge,

Garder mon aile dans ta main.

 

Une fraîcheur de crépuscule

Te vient à chaque battement

Dont le coup prisonnier recule

L'horizon délicatement.

 

Vertige ! voici que frissonne

L'espace comme un grand baiser

Qui, fou de naître pour personne,

Ne peut jaillir ni s'apaiser.

 

Sens-tu le paradis farouche

Ainsi qu'un rire enseveli

Se couler du coin de ta bouche

Au fond de l'unanime pli !

 

Le sceptre des rivages roses

Stagnants sur les soirs d'or, ce l'est,

Ce blanc vol fermé que tu poses

Contre le feu d'un bracelet.

[20/10/11 21:58:52] Olivier Bleys: Pour éviter de le voir disparaître dans le fil des messages, vous pouvez laisser ouvert l'onglet suivant :

[20/10/11 21:59:00] Olivier Bleys: http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/stephane_mallarme/eventail_de_mademoiselle_mallarme.html

[20/10/11 21:59:19] Olivier Bleys: Malgré le titre, j'ai mis quelque temps à comprendre qu'il décrivait un éventail

[20/10/11 21:59:31] Olivier Bleys: Je trouve qu'il y a des idées — et des formulations — sublimes dans ce poème

[20/10/11 21:59:48] Olivier Bleys: Exemples : " l'unanime pli "

[20/10/11 22:00:08] atelier_JBLarraufie: Là par exemple vous venez de donner la clé de l'enigme..

[20/10/11 22:00:08] Olivier Bleys: A la base d'un éventail, tous les plis de papier, de tissu, se réunissent en un seul

[20/10/11 22:00:21] Olivier Bleys: C'est magnifiquement suggéré

[20/10/11 22:00:38] Olivier Bleys: @Larraufie : pourquoi, la clé de l'énigme ?

[20/10/11 22:02:11] atelier_JBLarraufie: Parce que vous nous avez dit qu'il décrivait un éventail, enfin ne vous inquietez pas je disais sa pour plaisanter

[20/10/11 22:02:44] Olivier Bleys: c'est vrai. J'aurais dû laisser planer le mystère, et livrer le poème sans son titre " éventail de mademoiselle Mallarmé "

[20/10/11 22:03:29] Olivier Bleys: Je conçois que pour des jeunes gens nés dans les années 1990  8-| , le sujet, peut-être la forme peuvent sembler un peu vieillots

[20/10/11 22:03:54] atelier_AEusèbe: Ahahah

[20/10/11 22:04:09] atelier_KVesa: En fait j'étais convaincue qu'il parlait de son bien-aimée, ca me surprend que quelqu'un puisse écrire avec un tel passion d'un objet (sans faire implicitement allusion à un être-humain)

[20/10/11 22:04:23] atelier_AEusèbe: Maintenant, c'est le téléphone de Beyoncé

[20/10/11 22:04:28] Olivier Bleys: Mais précisément, qui d'entre vous, lequel d'entre les auteurs d'aujourd'hui ou de demain retrouvera cette puissance d'expression et de suggestion pour évoquer… un écran tactile, une bouteille de bière, une batterie à hydrogène ?

[20/10/11 22:04:46] atelier_LRoux: pour ma part, je trouve assez difficile d'être ému par un texte de poésie, on y entend de très belles sonorités mais pour saisir le sens du texte, cela demande un grand effort...

[20/10/11 22:05:03] Olivier Bleys: Oui, c'est certain. Surtout Mallarmé, réputé pour son hermétisme !

[20/10/11 22:05:08] atelier_LAvania: je suis d'accord avec Léa

[20/10/11 22:05:13] Olivier Bleys: C'est l'opposé d'un Jacques Prévert

[20/10/11 22:05:21] Olivier Bleys: … qui parlait la langue de tout le monde

[20/10/11 22:05:40] atelier_JBLarraufie: C'est tres subjectif on ne touchera peut etre jamais vraiment le sens qu'il entendait lui en l'écrivant

[20/10/11 22:05:57] atelier_Kassandra: Je ne suis pas du tout d'accord avec vous les filles ! Rien que les sonorités nous font entendre le froissement du tissu, le bruissement de l'éventail dans le vent ...

[20/10/11 22:06:11] Olivier Bleys: @Larraufie : est-ce important, que les sensations délivrées par un texte soient celles qu'ait désirées l'auteur ?

[20/10/11 22:06:20] atelier_Kassandra: Et les sentiments passent à travers ces images évoquées ...

[20/10/11 22:06:33] atelier_AEusèbe: C'est justement le mystère dans la langue qui est excitant... C'est pour ça que je n'aime pas tant Prévert et que j'adore Robbe-Grillet!!

[20/10/11 22:06:51] Olivier Bleys: Je pense en effet qu'en parlant d'un objet si intime, dont sa femme (ou sa fille) avait l'usage exclusif, il parlait d'elle indirectement

[20/10/11 22:06:55] Olivier Bleys: Elle n'est pas absente

[20/10/11 22:07:12] atelier_AEusèbe: Il n'y a pas que l'histoire dans le roman... La langue peut cacher tant de choses!

[20/10/11 22:08:05] atelier_Kassandra: Oui, on dirait qu'il aime et admire les plis du tissu de l'éventail comme ceux de la robe de Mademoiselle Mallarmé, il y a beaucoup de liens faits, en permanence.

[20/10/11 22:08:15] atelier_KVesa: En effet! Notamment quand on lis des oeuvres un peu plus anciennes, quand certains mots et expressions pouvaient avoir un sens tout à fait différent qu'ils l'ont aujourd'hui

[20/10/11 22:08:43] Olivier Bleys: L'intérêt d'analyser de courts extraits, c'est que l'attention se concentre sur la langue. Alors qu'il existe des romans sans style dont l'intérêt ne se perçoit qu'en les lisant en entier

[20/10/11 22:09:16] atelier_Kassandra: Oui, et les poètes sont, par les contraintes stylistiques qu'ils s'imposent, très doués dans l'art d'établir des "strates" de compréhension, qu'on retrouve d'une façon beaucoup plus distillée dans le roman.

[20/10/11 22:09:26] atelier_LRoux: est-ce qu'une "absence" de style ne peut pas être un certain s"tyle" justement?

[20/10/11 22:09:41] Olivier Bleys: En même temps, le travail de la langue, le travail du style est assez ingrat, ne trouvez-vous pas ?

[20/10/11 22:09:51] atelier_KVesa: Le vers "Qui, fou de naître pour personne" est à mon avis au même temps très émouvante et très intéressant d'un point de vue philosophique

[20/10/11 22:09:54] Olivier Bleys: D'une part, vous vous coupez d'un certain public qui n'aime pas la difficulté

[20/10/11 22:10:14] atelierTLeGuennic: oui, mais le style peut aussi être vu comme une marque de singularité

[20/10/11 22:10:15] Olivier Bleys: D'autre part, il faut vous résigner à ce que vos textes vieillissent

[20/10/11 22:10:34] atelierTLeGuennic: et puis doit on écrire en fonction d'une attente ou proposer ce que l'on a voulou donner ?

[20/10/11 22:10:42] atelier_Kassandra: C'est là où on reconnaît les grands auteurs, ceux qui sont doués au point de faire oublier la lourdeur structurelle d'un sonnet par exemple !

[20/10/11 22:10:57] atelier_KVesa: @Léa= exactement! C'est quelque chose qu'il faut penser aussi chez certains grands auteurs, comme Steinbeck

[20/10/11 22:11:32] Olivier Bleys: @Léa : le problème, c'est qu'aujourd'hui, l'absence revendiquée du style peut être une pose… et une facilité.

[20/10/11 22:11:42] atelier_LRoux: certes :)

[20/10/11 22:12:34] Olivier Bleys: ;)  Bon, d'autres extraits à soumettre ? On a déjà pas mal parlé de celui-ci. Si vous n'avez rien sous la main, je peux en proposer beaucoup d'autres !

[20/10/11 22:12:41] atelier_Kassandra: En soi, le fait d'écrire "sans avoir de style" n'est-il pas avoir un style quand même ? Est-ce que c'est seulement possible d'écrire sans un style ?

[20/10/11 22:12:51] atelier_LRoux: j'en ai un si vous voulez

[20/10/11 22:12:59] Olivier Bleys: On te lit / t'écoute, Léa.

[20/10/11 22:13:18] atelier_LRoux: tout d'abord je propose pour ceux qui ne la connaissent pas d'aller jeter un coup d'oeil sur la biographie de sarah kane

[20/10/11 22:13:26] atelier_LRoux: http://www.evene.fr/celebre/biographie/sarah-kane-4001.php

[20/10/11 22:13:53] atelier_LRoux: (cela me semble important de saisir un peu le personnage pour parler de son écriture)

[20/10/11 22:14:18] Olivier Bleys: @Kassandra (aparté) : le problème, c'est qu'à l'inverse de la musique, par exemple, le maniement de la langue s'apprend à l'école. Dès lors, il y a une sorte de " langue blanche ", sans style, que tout le monde croit posséder.

[20/10/11 22:14:27] Olivier Bleys: Ce n'était qu'un aparté.

[20/10/11 22:14:33] Olivier Bleys: Je lis la bio………

[20/10/11 22:15:06] atelier_STrannoy: **(Sur le poème et notre discussion, mais passons à l'extrait suivant) Il y a un certain plaisir à lire et relire un même texte, en profondeur, tel un tableau devant lequel on resterait longtemps, jusqu'à être saisi par un détail, ou par l'ensemble dans une nouvelle perspective. PLaisir certes un peu exigeant, mais qu'il convient d''enseigner je pense.**

[20/10/11 22:15:14] atelier_LRoux: extrait de sa pièce de théâtre "4.48 psychose"

[20/10/11 22:15:27] atelier_LRoux: Une salle de visages sans expression fixent avec des yeux

vides ma souffrance, si dépourvue de signification qu’il doit y

avoir une intention malveillante

Dr Ci et Dr Ça et Dr C’estquoi qui ne fait que passer et pensait

juste faire un saut histoire de se foutre de ma gueule. En feu

dans un tunnel brûlant de consternation, mon humiliation

totale quand je tremble sans raison et trébuche sur les mots et

n’ai rien à dire sur ma « maladie » qui de toute façon se

résume simplement à savoir qu’il n’y a rien à faire parce que je

vais mourir.

Et je suis acculé par cette douce voix psychiatrique de la raison

qui me dit qu’il y a une réalité objective dans laquelle mon

corps et mon esprit ne sont qu’un. Mais je n’y suis pas et n’y ai

jamais été. Dr Ci prend des notes et Dr Ça tente un murmure

compatissant. Me regardent, me jugent, flairent l’échec

débilitant qui suinte de ma peau, mon désespoir qui s’agrippe

et la panique dévorante qui m’inonde tandis que je reste

bouche bée d’épouvante devant le monde et me demande

pourquoi ils sont tous là à me sourire et à me regarder tout en

ayant secrètement la connaissance de la honte qui me fait mal.

Honte honte honte.

Noie-toi dans ta putain de honte.

Médecins impénétrables, médecins raisonnables, médecins

déjantés, médecins qu’on prendrait pour des putains de

patients si on ne vous prouvait pas le contraire, posent les

mêmes questions, mettent les mots dans ma bouche, offrent

des remèdes chimiques contre l’angoisse congénitale et se

protègent mutuellement leur cul si bien que je finis par vouloir

hurler

[20/10/11 22:16:03] atelier_LRoux: page 7 de ce lien sinon : http://www.cie-instant.ch/Files/Dossier_4.48.pdf

[20/10/11 22:16:24] Olivier Bleys: C'est un monologue ?

[20/10/11 22:16:33] Olivier Bleys: Joué par un seul acteur ?

[20/10/11 22:16:38] atelier_LRoux: c'est assez complexe à dire, je ne sais pas trop

[20/10/11 22:17:18] atelier_LRoux: il y a certains personnages qui sont là, come son psychiatre mais on comprend que ce sont des paroles qu'elle revit dans sa tête, je n'ai jamais pu voir comment était faite la mise en scène

[20/10/11 22:18:02] atelier_LRoux: je pense que ça fait une bonne transition avec la discussion sur le style justement

[20/10/11 22:18:13] Olivier Bleys: Il me semble que c'est réellement un texte pour la scène. Certains dramaturges (je pense à Claudel) peuvent se lire aussi bien sur papier qu'être entendus en spectacle. Dans le cas de Sarah Kane, une dimension manque quand on le lit ainsi.

[20/10/11 22:18:46] Olivier Bleys: La ponctuation est fidèle ? Conforme à ce qu'elle a écrit ?

[20/10/11 22:19:01] atelier_LRoux: oui c'est la ponctuation originale

[20/10/11 22:19:59] atelierTLeGuennic: Je trouve qu'on ressent bien une forme de tumulte grondant, de colère, qu'introduit la répétition et cette absence de ponctuation

[20/10/11 22:20:05] atelier_PAVOLTZ: Bonsoir tout le monde :)

[20/10/11 22:20:22] Olivier Bleys: bonsoir !

[20/10/11 22:20:36] atelier_PAVOLTZ: (j'arrive en plein débat, dur de se raccrocher !)

[20/10/11 22:20:55] atelier_LRoux: l'impression que m'a donné cette pièce, c'est que les mots ne sont pas étudiés... directement sortis d'un esprit torturé et jetés sur la feuille

[20/10/11 22:21:19] Olivier Bleys: @Le Guennic (pardon, j'ai modifié vos pseudos pour qu'ils soient rapidement accessibles, ce sont vos noms de famille qui ressortent) : je partage ton analyse, et celle de Lisa.

[20/10/11 22:21:30] Olivier Bleys: On n'a pas le sentiment d'un travail littéraire, à proprement parler.

[20/10/11 22:21:48] Olivier Bleys: … qui suppose, malgré tout, et même de la part d'un (autre) dément comme Arthaud, concentration, méthode

[20/10/11 22:21:52] Olivier Bleys: … le plus souvent !

[20/10/11 22:22:02] Olivier Bleys: Ici, comme tu l'écris, " des mots jetés sur la feuille "

[20/10/11 22:22:24] Olivier Bleys: Ils arrivent donc à l'état brut

[20/10/11 22:22:40] Olivier Bleys: blessent, coupent, secouent, font mal

[20/10/11 22:22:53] Olivier Bleys: mais, je le répète, cela exige d'être porté par une voix

[20/10/11 22:22:54] atelier_Kassandra: La hachure rendue par la ponctuation est vraiment incroyable ! On se rend à peine compte du jeu d'acteur que ça doit nécessiter. Il ya beaucoup de puissance contenue, comme le disaient Thomas et Léa...

[20/10/11 22:23:30] Olivier Bleys: Je vous invite à comparer avec la prose très studieuse et très maîtrisée, au contraire, d'une écrivain néo-zélandaise récemment disparue (2004), JANET FRAME

[20/10/11 22:23:38] Olivier Bleys: Elle a passé huit ans en hôpital psy

[20/10/11 22:23:48] Olivier Bleys: Et a été sauvée de la trépanation… par la littérature

[20/10/11 22:24:17] Olivier Bleys: Un exemple à fournir à ceux qui vous disent que les livres ne servent à rien

[20/10/11 22:24:50] Olivier Bleys: Je m'explique : elle devait être trépanée, mais le docteur chargé de l'opération, par hasard, lit dans le journal une critique qui vante son dernier livre, dont elle ignorait même qu'il avait été publié (par les bons soins de sa sœur)

[20/10/11 22:25:10] Olivier Bleys: il lit le journal… le matin même où il devait procéder à la trépanation

[20/10/11 22:25:15] Olivier Bleys: il entre donc dans la chambre de Janet Frame

[20/10/11 22:25:39] Olivier Bleys: et lui déclare : " tiens, vous êtes écrivain ? vous auriez dû le dire ! Je ne vais pas abîmer une tête aussi bien faite "

[20/10/11 22:25:44] Olivier Bleys: ou quelque chose d'approchant……

[20/10/11 22:26:01] Olivier Bleys: Bref, cet auteur a beaucoup écrit sur la folie, son internement, etc.

[20/10/11 22:26:06] atelier_LRoux: c'était quand?

[20/10/11 22:26:15] atelier_LRoux: la période d'internement je veux dire

[20/10/11 22:26:36] Olivier Bleys: Il y a des accents qui rappellent l'auteur que tu nous présentes, mais dans une langue tout à fait différente, très écrite, très studieuse

[20/10/11 22:26:46] Olivier Bleys: Elle a été internée dans sa jeunesse

[20/10/11 22:27:07] Olivier Bleys: A voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Janet_Frame

[20/10/11 22:27:40] Olivier Bleys: Jane Campion (la réalisatrice de " la leçon de piano ") a adapté son autobiographie, sous le titre " un ange à ma table "

[20/10/11 22:27:46] Olivier Bleys: Très beau film…

[20/10/11 22:27:48] atelier_PAVOLTZ: Si vous me permettez le jeu de mot, avec un nom comme ça elle devait être bien encadrée !

[20/10/11 22:27:56] atelier_PAVOLTZ: (pardon.)

[20/10/11 22:28:01] atelierTLeGuennic: (joli)

[20/10/11 22:28:13] atelier_LRoux: (bien placé

[20/10/11 22:28:50] atelier_JPorte: Bonsoir à tous! J'arrive bien tard et je n'ai pas lu toute la conversation...

[20/10/11 22:29:15] Olivier Bleys: @Pavoltz, LeGuennic, Roux     :D

[20/10/11 22:29:39] Olivier Bleys: @ Porte : c'est sûrement un peu dur de s'y retrouver !

[20/10/11 22:29:47] atelier_PAVOLTZ: Merci ^^

[20/10/11 22:29:56] atelier_PAVOLTZ: (ill fallait que je la fasse)

[20/10/11 22:30:03] Olivier Bleys: En résumé, nous prenons quelques extraits de textes sur lesquels nous exerçons nos facultés de lecteurs ou lectrices

[20/10/11 22:31:29] Olivier Bleys: je cherche un texte de Janet Frame que je pourrais vous soumettre………

[20/10/11 22:32:24] atelier_JPorte: D'accord... Le dernier texte que j'ai lu c'est un article du mone =P alors autant que je me rabatte sur Janet Frame!

[20/10/11 22:32:39] atelier_JPorte: du monde, je voulais dire du monde

[20/10/11 22:33:30] Olivier Bleys: Eh bien, voilà un court extrait du roman de Janet Frame qui aborde le plus directement son expérience psychiatrique : " Visages noyés "

[20/10/11 22:33:32] Olivier Bleys: Le train sortit lentement de la gare de Cliffhaven. Il accéléra en passant devant les remblais où croissaient follement pois de senteur sauvages et ajoncs. Il longea les petits jardins où, sur les cordes à linge, la lessive étendue empestait l'eau savonneuse, où — dans les poulaillers — des poules grasses d'une blancheur de neige picoraient et grattaient le sol pierreux, le derrière en l'air. Je renonçai bientôt à distinguer les tours de l'hôpital qui disparaissaient entre les collines. Je pris l'attitude indolente du voyageur qui hume la fumée du train et je regardai rêveusement les formes bizarres des arbres morts, les moutons qui paissaient avec acharnement et les vaches qui battaient l'air de leur queue et se rassemblaient déjà pour la traite. Cliffhaven disparut de mon esprit aussi facilement que le soleil descend dans le ciel et glisse entre la ligne d'horizon et le bas des nuages.

 

Tout à coup, le train s'arrêta en pleine brousse, parmi les eucalyptus et l'herbe, puis on l'aiguilla sur une voie de garage pour laisser passer l'express qui faisait route vers le sud. Il resta si longtemps en attente qu'il avait l'air d'être abandonné. On avait l'impression qu'il allait devenir la proie de la rouille, des mauvaises herbes et du silence, ces dangers qui menacent hommes et machines, qu'ils soient en marche ou à l'arrêt. Cela me rappela une dernière fois Cliffhaven et ceux qui y vivaient. Etait-il nécessaire de les mettre sur une voie de garage pour permettre au reste de l'humanité de circuler librement ? Et où allaient-ils donc, tous les autres ?

 

Mais le train s'ébranla, je m'endormis et j'oubliai mes préoccupations. Cliffhaven était loin, très loin. Et je ne serais plus jamais malade, n'était-il pas vrai ?

[20/10/11 22:34:33] Olivier Bleys: Pour la petite histoire, je suis allé sur les lieux, lors d'une résidence d'écrivain en Nouvelle-Zélande : précisément dans l'asile où elle a été internée, converti depuis en auberge de jeunesse !

[20/10/11 22:35:40] Olivier Bleys: C'est un lieu étrange : seul un bâtiment est occupé par les chambres ; les autres, à l'état plus ou moins d'abandon, accueillent de vieilles voitures (années 1950), et même une carcasse d'avion car le nouveau propriétaire est bricoleur.

[20/10/11 22:36:55] Olivier Bleys: bref… dans ce nouvel extrait, d'une langue classique — c'est très différent de ce que nous avons lu auparavant —, on ressent, me semble-t-il, une angoisse diffuse, la peur d'être reprise par la machine hospitalière, d'être internée de nouveau.

[20/10/11 22:36:59] Olivier Bleys: Vous ne trouvez pas ?

[20/10/11 22:37:34] atelier_LRoux: je trouve ça étonnamment descriptif pour quelqu'un dans sa condition

[20/10/11 22:38:18] atelier_KVesa: J'avais la même pensée en 1er, mais puis je me suis, ne saurais-ce une manière d'essayer d'oublier, au moins pour un moment, son destin?

[20/10/11 22:38:37] Olivier Bleys: @ Roux : en fait, elle aurait fait l'objet d'une erreur de diagnostic. Pas du tout démente, seulement très dépressive et peu sociable. Un professeur, qui l'a examinée sur le tard, a déclaré qu'elle était tout à fait saine d'esprit, et, donc, qu'elle avait été internée huit ans pour rien………

[20/10/11 22:38:40] atelier_Kassandra: Le paradoxe entre ce style très contenu, très strict; et le thème de liberté, de Nature sauvage est vraiment intéressant ! On sent comme les barreaux qui contiennent son esprit.

[20/10/11 22:39:21] Olivier Bleys: C'est vrai qu'il y a une auto-discipline dans ce style, des limites et des barrières qu'elle s'impose à elle-même.

[20/10/11 22:39:28] Olivier Bleys: Elle ne risque pas d'oublier la ponctuation.

[20/10/11 22:39:35] atelier_LRoux: ça me donne un peu l'impression qu'elle parle avec une précision délibérée, comme pour prouver le fait qu'elle est bien saine d'esprit justement

[20/10/11 22:39:47] atelier_Kassandra: Oui, c'est vrai Léa !

[20/10/11 22:39:56] Olivier Bleys: Très juste

[20/10/11 22:40:00] atelier_PAVOLTZ: Elle joue sur les connotations au début : alternance entre description agréable et descritpion d'objets froids, aggressifs

[20/10/11 22:40:25] Olivier Bleys: On sent qu'un danger la menace, elle fait appel à la raison (la description objective de son environnement) pour contrer ce péril.

[20/10/11 22:40:35] Olivier Bleys: Moi, j'ai eu un frisson à lire ce texte !

[20/10/11 22:41:22] Olivier Bleys: La grande peur de Janet Frame, et sans doute de beaucoup d'individus souffrant ou croyant souffrir d'altération mentale, c'était… que les choses lui échappent, que le monde perde son équilibre. Ça se ressent en la lisant.

[20/10/11 22:41:34] Olivier Bleys: Il y a une sorte d'instabilité.

[20/10/11 22:41:41] atelier_LRoux: cela dit, petite prcision psychiatrique, les gens schizophrènes ont une logique implacable quand il s'agit d'expliquer quelque chose

[20/10/11 22:42:16] atelierTLeGuennic: d'une certaine façon elle s'adresse aussi au lecteur : "Et je ne serais plus jamais malade, n'était-il pas vrai ?" pour qu'il lui accorde cette raison

[20/10/11 22:42:24] Olivier Bleys: OUI, très juste

[20/10/11 22:42:31] Olivier Bleys: Elle a besoin d'être rassurée

[20/10/11 22:42:34] atelier_LRoux: @thomas: oui c'est vraiment ça !

[20/10/11 22:42:54] Olivier Bleys: par celle ou celui qui lit, chargé implicitement de confirmer le diagnostic du médecin (?), dont elle-même n'est pas vraiment sûre

[20/10/11 22:43:03] atelier_JPorte: Des voitures dans les pièces? ça n'a pas dû être facile de les monter si c'est à l'étage! Bon mes analyses de lectrice avertie sont un peu en stand by là. C'est peut-être le judo et la faim qui font ça. Par rapport aux autres textes déjà lu, je ne sais pas mais j'ai surtout retenu la description très stricte de l'extérieur, parcequ'elle est dans le train. Il y a un rapport intérieur/extérieur dans le texte qui fait un peu "prison" mais en même temps elle vient de sortir de l'hôpital d'après ce que j'ai compris donc elle est libre. En fait sa prison est en quelque sorte toujours là, par rapport au lieu où elle se trouve et aussi par rapport au temps, quand elle parle de la rouille et du silence

[20/10/11 22:43:21] atelier_STrannoy: Elle est encore convalescente. Rassurée d'être guérie, et de le prouver, elle s'endort loin de ses préoccupations.

[20/10/11 22:44:16] atelier_JPorte: Elle s'endort en adoptant l'attitude des autres gens qu'ell

[20/10/11 22:44:19] Olivier Bleys: @ Porte : toutes les voitures étaient au RDC ! Pas d'étage dans ces bâtiments. J'ai publié des photos de cet endroit sur mon blog : http://monvolubilis.canalblog.com/albums/11__nouvelle_zelande___sea_cliff/index.html

[20/10/11 22:44:22] atelier_JPorte: zut

[20/10/11 22:44:50] atelier_PAVOLTZ: Son style montre aussi qu'elle avait fait de la prison son chez-soi : elle garde une conception très stricte des choses. Contente d'être libre mais appeurée devant la liberté

[20/10/11 22:45:41] Olivier Bleys: Lorsqu'on compare avec le texte précédent (Kane), on a le sentiment que Sarah K elle, n'a jamais été enfermée, que son esprit restait sauvage et indompté.

[20/10/11 22:45:45] atelier_JPorte: Elle s'endort en adoptant l'attitude "du voyageur" donc elle se réfère à quelqu'un, pour moi  c'est comme si elle avait quand même besoin de se rassurer avant de s'endormir: elle fait comme les autres (je sais pas si je suis vraiment très claire)

[20/10/11 22:46:33] atelier_LRoux: Sarah Kane n'a pas peur de sa dépression

[20/10/11 22:47:01] Olivier Bleys: Oui, elle semble dans une posture de défi, d'agression universelle — l'opposé de Janet Frame, si apeurée

[20/10/11 22:47:06] atelier_LRoux: elle veut juste qu'on entende sa souffrance et qu'on la comprenne, mais tout en étant persuadée que personne ne le peut donc indompté est le mot juste je pense !

[20/10/11 22:47:37] atelier_STrannoy: La machine semble s'emballer chez Kane, tandis qu'elle reprend un rythme "normal" chez Frame, les deux interrogeant la distinction normal/pathologique

[20/10/11 22:48:17] atelier_LRoux: il me semble (mais c'est peut-être une betise) que 4048 psychose a été publié après sa mort et écrit juste avant, c'était vraiment ses dernières pensées

[20/10/11 22:48:50] Olivier Bleys: c'est ce que semble indiquer sa biographie

[20/10/11 22:49:50] atelier_LRoux: donc comme le dit un peu sébastien, sarah K est plutôt du côté sombre de la balance, et malgré ses cris, résignée à son sort alors que Janet Frame est du côté de la vie et semble reprendre espoir timidement

[20/10/11 22:50:17] Olivier Bleys: Je perçois bien l'opposition, mais ne suis pas certain que Janet Frame soit vraiment du côté de la vie.

[20/10/11 22:50:25] Olivier Bleys: Elle n'a pas beaucoup d'empire sur elle-même

[20/10/11 22:50:32] Olivier Bleys: Elle reste habitée par ses démons !

[20/10/11 22:50:49] atelierTLeGuennic: dans cet extrait sa réflexion porte quand même sur l'exclusion, la rouille, la "voie de garage" : il y a plus gai !

[20/10/11 22:51:11] Olivier Bleys: C'était quelqu'un de très triste… et très sensible

[20/10/11 22:51:12] atelier_JPorte: Heu... Elles étaient soignées pour quel type de folie?

[20/10/11 22:51:44] Olivier Bleys: J'ai oublié. A lire :" visages noyés " de Janet Frame. A voir : " un ange à ma table ", film de Jane Campion (extraits disponibles sur le net)

[20/10/11 22:52:03] Olivier Bleys: Nous n'avons pas le temps d'évoquer un autre texte mais, pour clore cette séance consacrée à la lecture (qui pourrait se prolonger des heures), je serais curieux de savoir quel(s) livre(s) est actuellement sur votre table de chevet ?

[20/10/11 22:53:13] Olivier Bleys: Moi : " les gens de peu " de Pierre Sansot (un essai de sociologie consacré aux milieux populaires), " Mémoire de mes putains tristes " de Gabriel Marcia Marquez (que je trouve vraiment médiocre, et cela me peine de l'écrire)

[20/10/11 22:53:27] atelier_JPorte: Pour moi c'est "Malevil" de Robert Merle. J'avais déjà lu "Les hommes protégés" de lui l'année dernière et comme j'avais vraiment accroché, j'ai pris le suivant dans la bibliothèque familiale!

[20/10/11 22:53:42] Olivier Bleys: Vive la fidélité lectrice !

[20/10/11 22:53:58] atelier_LRoux: "La colère" de Thich Nhat Hanh (écrit par un maître boudhiste qui semble plus commercial que sage malheureusement...)

[20/10/11 22:54:08] atelier_JBLarraufie: Le complot de la réserve référale

[20/10/11 22:54:13] atelier_KVesa: (un de mes "défauts" principaux, avoir toujours plusieurs livres à lire au même temps..!) "Les Hauts de Hurlevent" (Emily Brontë), "Un barrage contre la Pacifique" (Marguerite Duras) et "Les mots" (Jean-Paul Sartre - ca fait un temps fou que je suis sur ce livre-là!)

[20/10/11 22:54:31] atelier_JBLarraufie: fédérale*

[20/10/11 22:54:33] atelier_JPorte: Et entre-temps j'ai lu quelques nouvelles de Conan Doyle... Et revu "Basil détective privé"! :D

[20/10/11 22:54:42] atelier_PAVOLTZ: Très honnêtement je ne trouve pas le temps de lire... mais j'avais entamé Il principe de Macchavelli

[20/10/11 22:54:54] atelier_LRoux: @juliette : :D

[20/10/11 22:55:04] atelierTLeGuennic: idem que KVESA : beaucoup de livres en parallèle : Vie de Joseph Roulin (P. Michon) ; Maxime et pensées (Chamfort) ; La Montage Magique (T. Mann) ; Méditations pascaliennes (P. Bourdieu) ; Oeuvres (A. Blondin)

[20/10/11 22:55:08] atelier_JPorte: "Les hauts de Hurlevent" est le prochain sur ma liste!

[20/10/11 22:56:17] atelier_Kassandra: Personnellement je m'étais fait plaisir, et avais relu "Le songe d'une nuit d'été" et "La nuit des Rois" de Shakespeare. Actuellement, je lis "Choke", de Chuck Palhaniuk (le scénariste de Fight Club). Mais avec les livres à lire pour les cours je ne peux me permettre d'en lire plusieurs en même temps ...

[20/10/11 22:56:28] atelier_KVesa: @Juliette: c'est vraiment un livre magnifique! Plein de sentiment mais pas écrit d'une manière trop sentimentale, qu'en plus la personnage d'Heathcliff est passionnante

[20/10/11 22:56:47] atelier_Kassandra: @Juliette : Conan Doyle est un maître, il n'y a rien à dire ! Et des bons classiques cinématographiques font toujours du bien ;)

[20/10/11 22:58:03] atelier_LRoux: @KESA et juliette : vous me donnez envie de le lire aussi tiens !

[20/10/11 22:58:25] atelier_JPorte: @KVESA: le petit problème c'est juste que je connais toute l'histoire... J'ai lu un extrait de BD, ensuite des axtraits de films, ensuite j'ai recollé les morceaux... Mais comme ma petite soeur l'a lu et qu'elle me tanne maintenant pour je le lise aussi bah, je vais finir par l'y mettre!

[20/10/11 22:58:27] atelier_AEusèbe: (de retour)

[20/10/11 22:58:42] Olivier Bleys: J'ignore si c'est votre cas, mais j'ai commencé — timidement — à lire sur écran. Sans faire de publicité, j'ai activé Ibooks sur mon I-phone et découvert qu'il y avait beaucoup de livres téléchargeables gratuitement (et légalement  (wave) ), parce qu'ils étaient tombés dans le domaine public ; par exemple, je suis en train de lire des nouvelles de Maupassant sur le petit écran. Ça n'est pas si mal : dans chaque file d'attente, je sors le petit appareil et, hop, je parcours un chapitre de plus ! Mais la lecture, c'est vrai, devient hachée, intermittente…

[20/10/11 22:59:04] atelier_AEusèbe: Devoir lire des livres pour les cours à Sciences Po c'est terrible... Surtout qu'ils sont souvent assez mauvais.

[20/10/11 22:59:05] Olivier Bleys: Ça se prête à un recueil de nouvelles

[20/10/11 22:59:09] Olivier Bleys: pas à un gros roman !

[20/10/11 22:59:32] atelier_PAVOLTZ: Vaste débat que celui de la littérature digitale

[20/10/11 22:59:48] Olivier Bleys: nous l'engagerons dans une prochaine séance.

[20/10/11 22:59:50] atelier_JPorte: Je me sers aussi du téléchargement légal, pour des nouvelle du marquis de Sade et récemment dans le cadre des cours (histoire de rassurer tout le monde) pour la Ricgesse des nations

[20/10/11 22:59:53] atelierTLeGuennic: Je n'ai jamais essayé ; mais je crois être trop attaché à l'objet livre (fétichisme peut-être) : à la mise en page, aux typographiques, à la qualité du papier

[20/10/11 23:00:19] atelier_LRoux: @thomas : fétichisme du livre il y a pire :D

[20/10/11 23:00:37] atelier_JPorte: Pourtant il est fort probable que le livre soit voué à disparaître progressivement (sans vouloir casser l'ambiance)

[20/10/11 23:00:40] atelierTLeGuennic: @léa : c'est sûr

[20/10/11 23:01:04] Olivier Bleys: @Le Guennic : je te comprends bien, mais je pense que dans quelques décennies, vos petits-enfants parleront, de même, de la sensualité des premiers plastiques, de la richesse de tons des écrans à matrice passive, etc. La nostalgie peut s'appliquer à n'importe quel objet !

[20/10/11 23:01:05] atelier_PAVOLTZ: Juste des gens qui ont des actions chez ikéa et qui veulent que leur étagère klügeblück serve à quelque chose :D

[20/10/11 23:01:42] atelierTLeGuennic: @ Juliette : je ne suis pas sûr, il faut se demander qui lit des livres et qui fait le marché pour quel public

[20/10/11 23:02:17] atelierTLeGuennic: @ Olivier : ce n'est pas de la nostalgie, ça n'a aucun rapport avec le passé, c'est du présent pur

[20/10/11 23:02:27] Olivier Bleys: oui, ce qui défend le mieux le livre, ce n'est pas son ergonomie (pratique à transporter, ne craignant pas le soleil, etc.) mais : sa valeur culturelle dans certains milieux (c'est flatteur d'avoir une belle bibliothèque, ou ça l'était) + la modicité de son coût (un livre vaut quelques dizaines de cents d'euros chez les soldeurs)

[20/10/11 23:02:27] atelier_JPorte: Mais B. Werber disait un jour dans un article que ce qui serait super comme invention, ce serait un livre-électronique, c'est à dire qu'on garde le contact du papier mais on a tout en même temps: le son qui correspond au passage qu'on lit, éventuellement le film si le livre a été adapté, ou alors des odeurs (mais là ça devient un peu de la SF!)

[20/10/11 23:03:02] atelier_PAVOLTZ: Le papier a encore de beaux jours devant lui, je pense qu'on diabolise un phénomène qui tète encore le sein de la littérature papier

[20/10/11 23:03:06] atelier_KVesa: @Juliette= et bien, c'est un peu mon problème aussi! Après avoir vu deux films sur "les Hauts de Hurlevent" (je sais, je sais, c'est pas la bonne ordre, regarder le film en premier,...), l'histoire ne fait plus l'objet de tant d'intrigue, mais ca vaut tout de même la peine de le lire! @Léa= Ouii, c'est un livre qu'il fat absolument lire, et au moins ca change des idées du prinche charmant^^

[20/10/11 23:03:31] atelier_JPorte: Heu, je ne diabolise rien hein!

[20/10/11 23:03:53] Olivier Bleys: @ Porte : non, non, Rank Xerox a développé des livres électroniques qui ressemblent beaucoup à des livres papier, même aspect extérieur, pages qu'on tourne, etc. Sauf… que le papier est en réalité un tissu de petites cellules, donc un écran !!!!!

[20/10/11 23:04:29] atelierTLeGuennic: @ Juliette : est-ce que le but de l'écriture n'est pas, justement, de n'avoir pas besoin de sons, ni d'aucun additifs ?

[20/10/11 23:04:31] atelier_PAVOLTZ: Je ne visais personne d'ici juliette :)

[20/10/11 23:04:58] atelier_JPorte: @Olivier là j'apprends quelque chose... Faut dire aussi que mon article date déjà de quelques années!

[20/10/11 23:05:15] Olivier Bleys: Je pense que je dédierai une séance à cette question du livre électronique, au cœur de l'actualité, et qui vous parle forcément. Mais il y aura des travaux pratiques, dont nous avons été dispensés aujourd'hui !!!

[20/10/11 23:05:30] Olivier Bleys: Sur ce, je vous abandonne. Il est tard, et je n'ai pas encore dîné.

[20/10/11 23:05:38] atelier_JPorte: Moi non plus!

[20/10/11 23:05:45] atelier_PAVOLTZ: moi non plus !

[20/10/11 23:05:45] atelierTLeGuennic: Bon appétit !

[20/10/11 23:05:54] atelier_AEusèbe: (il est surtout l'heure de sortir se la coller les enfants)

[20/10/11 23:05:54] atelier_JBLarraufie: Bons appétits

[20/10/11 23:05:58] atelier_JPorte: A + ! Bonne soirée

[20/10/11 23:05:59] atelier_AEusèbe: il faut un 5ème année pour vous dire ça!!!!

[20/10/11 23:06:00] atelier_AEusèbe: ;)

[20/10/11 23:06:00] atelier_Kassandra: Au revoir alors, bonne soirée, et bon appétit à tous !

[20/10/11 23:06:11] atelier_LRoux: merci à tout le monde, bonne soirée !

[20/10/11 23:06:15] atelier_PAVOLTZ: bon bah je viens chez toi alex !

[20/10/11 23:06:18] Olivier Bleys: J'ignore si je peux partir sans faire éclater la conversation (d'un point de vue technique, je veux dire)

[20/10/11 23:06:27] Olivier Bleys: Il y en a peut-être encore en verve !

[20/10/11 23:06:30] atelier_PAVOLTZ: Crash test alors.

[20/10/11 23:06:37] Olivier Bleys: Voilà. Je coupe. On verra bien…

[20/10/11 23:06:40] atelier_STrannoy: Merci à tous.

[20/10/11 23:06:47] atelier_PAVOLTZ: au revoir :)

[20/10/11 23:06:47] Olivier Bleys: A très vite !

[20/10/11 23:06:50] atelier_JBLarraufie: A bientot

[20/10/11 23:06:56] atelierTLeGuennic: Bonne soirée, à bientôt

[20/10/11 23:06:56] atelier_JPorte: Au revoir!

[20/10/11 23:07:09] atelier_lpineau: au revoir, la lecture était bonne

[20/10/11 23:07:18] atelier_KVesa: Au revoir, à bientôt!

[20/10/11 23:07:24] Olivier Bleys: :)


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Séance présentielle n° 1 du 13/10/11

Télécharger le plan d'intervention de la séance n° 1 (format PDF)

1. Présentation de l’atelier / agenda

« Olivier Bleys, romancier et ancien lecteur chez Gallimard, auteur de vingt livres traduits dans une dizaine de langues, propose un atelier d’écriture d’un nouveau genre, faisant une large place aux technologies numériques dont la quasi-totalité des étudiant(e)s ont la maîtrise et l’usage quotidien.

Au contraire d’ateliers de spectacle vivant (danse, théâtre…) qui exigent la présence assidue de leurs membres, un atelier d’écriture concerne une pratique souvent domestique et solitaire : l’ordinateur connecté à Internet se révèle dès lors un outil précieux, non seulement pour maintenir le contact entre l’animateur et les participants, mais aussi pour explorer les formes et les supports d’écriture induits par l’informatique, dont beaucoup restent inédits.

Type : un atelier axé sur une pratique littéraire exigeante et assidue, analogue aux « master-classes » musicales, plutôt qu’un atelier d’initiation ;
Public : les étudiant(e)s de Sciences-Po Bordeaux et de l’université Bordeaux II ;
Effectif : un maximum de 30 inscrit(e)s ;
Dispositif : des séances « physiques », d’une durée d’ 1 h ½, combinées à des séances « virtuelles » exploitant une connexion informatique en temps réel (messagerie instantanée, visioconférence, Skype…) ;
Fréquence : toutes les six semaines environ pour les séances « physiques », tous les quinze jours environ pour les séances « virtuelles » ;
Spécificités :
> la création et l’animation d’un webblog recueillant les travaux des étudiants ( version antérieure déjà en ligne : http://eplosion.canalblog.com/ ) ;
> une exploration des nouvelles formes d’écriture qu’autorise la technologie informatique (écriture collaborative, narration interactive, fiction non linéaire, etc.) ;
> des interventions de l’animateur ou d’un invité sur des thèmes touchant à l’écriture (chaîne du livre, milieu de l’édition, vie d’un auteur, etc.) ; »

Agenda :
 
Séances présentielles

13/10/11

17/11/11

05/01/12

16/02/12

05/04/12

Séances virtuelles

20/10/11
10/11/11
07/12/11
15/12/11
19/01/12
02/02/12
08/03/12
22/03/12

• Les séances physiques ont lieu le jeudi de 14 h à 15 h 30.

• Provisoirement, les séances virtuelles ont été programmées le jeudi également — les dates et horaires définitifs seront fixés en concertation avec les participant(e)s.

2. Modalités des séances virtuelles

Choix d’un logiciel de messagerie instantanée

Pour prendre part aux séances virtuelles, chaque étudiant(e) inscrit(e) à l’atelier doit disposer d’un ordinateur connecté à Internet, équipé d’un logiciel de messagerie instantanée gratuit, complet et multi-plateformes — afin de permettre le dialogue des détenteurs de PCs et de Macs… Le choix de ce logiciel, qui doit être le même pour tous, n’a pas encore été arrêté. Vos suggestions sont les bienvenues. Pendant longtemps, en effet, la messagerie de Microsoft, MSN devenue WLM (Windows Live Messenger) dominait le marché. Mais ce produit présente plusieurs inconvénients : entre autres, Windows Live Messenger ne fonctionne pas sur toutes les plates-formes (dont Linux) et diffuse en abondance de la publicité non désirée. Il serait donc judicieux d’étudier les solutions de remplacement, nombreuses et performantes ; citons, entre autres :

    • aMSN , clone amélioré de WLM ;
    • Skype , intéressant mais n’autorisant à gérer qu’un compte unique ;

… et deux qui fonctionnent sous le protocole Jabber :

• PSI  ;
• Coccinella .

Encore une fois, je n’ai pas d’opinion arrêtée et reste à l’écoute de celles et ceux d’entre vous qui voudraient défendre l’une ou l’autre de ces solutions.

Définition d’une adresse de messagerie instantanée 

La création d’une adresse lisible par tous est une priorité. Une fois que le logiciel de messagerie instantanée sera choisi, je vous propose de créer un compte dont le pseudo obéira à la syntaxe suivante :

atelier_[ initiale de votre prénom, en majuscule ][ votre nom, en majuscules ]

… nous aurions ainsi pour moi (Olivier Bleys) le pseudo suivant :

atelier_OBLEYS

Pour les cas particuliers (prénoms ou noms composés), je vous laisse définir l’écriture qui vous paraîtra la plus adaptée.

Déroulement de la première séance, le 20 / 10 / 2011 (heure à définir ensemble)

Dès qu’un logiciel de messagerie aura été choisi, je vous en informerai par courriel et vous guiderai dans son installation. Si nous n’avions pu arrêter ce choix avant la date de notre première séance virtuelle, le jeudi 20 octobre, je vous propose d’effectuer un test avec Skype. Le déroulement des opérations sera le suivant :

> Avant la première séance :

• installation du logiciel Skype sur votre machine ;
• création d’un compte avec le pseudo approprié (voir note sur la syntaxe) ;
• envoi de votre pseudo à mon adresse, pour que je puisse l’enregistrer ;
• dès que je disposerai de tous les pseudos, j’enverrai un message à chacun(e) d’entre vous afin que vous puissiez : 1 / l’ajouter à votre liste de contacts ; 2 / créer un groupe de contacts « atelier d’écriture » et l’inclure dans ce groupe.

> Lors de la première séance :

• test de conversation (texte uniquement, pour commencer) au sein du groupe.

Il est probable que nous n’ayons pas trop d’une séance virtuelle entière pour résoudre les problèmes techniques qui se poseront. Mais très vite, je l’espère, l’outil sera rôdé et nous pourrons aborder le travail d’écriture proprement dit…

3. Thème de la séance 1 et 2 : l’observation

• Quelques citations en préambule…

« Trois opérations : Voir, opération de l'oeil. Observer, opération de l'esprit. Contempler, opération de l'âme. Quiconque arrive à cette troisième opération entre dans le domaine de l'art. »
                                                                                  Émile Bernard, in Connaissance de l'art

« La nature est un professeur universel et sûr pour celui qui l'observe. »
                                                                                  Carlo Goldoni

• Deux textes dénotant une grande capacité d’observation, ainsi qu’un rare talent de formulation :

" L'huître "

L'huître, de la grosseur d'un galet moyen, est d'une apparence plus rugueuse, d'une couleur moins unie, brillamment blanchâtre. C'est un monde opiniâtrement clos. Pourtant on peut l'ouvrir : il faut alors la tenir au creux d'un torchon, se servir d'un couteau ébréché et peu franc, s'y reprendre à plusieurs fois. Les doigts curieux s'y coupent, s'y cassent les ongles : c'est un travail grossier. Les coups qu'on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs, d'une sorte de halos.
À l'intérieur l'on trouve tout un monde, à boire et à manger : sous un firmament (à proprement parler) de nacre, les cieux d'en dessus s'affaissent sur les cieux d'en dessous, pour ne plus former qu'une mare, un sachet visqueux et verdâtre, qui flue et reflue à l'odeur et à la vue, frangé d'une dentelle noirâtre sur les bords.
      Parfois très rare une formule perle à leur gosier de nacre, d'où l'on trouve aussitôt à s'orner.

Francis Ponge, Le Parti pris des choses, 1942

" Combray de loin, à dix lieues à la ronde, vu du chemin de fer "

Combray de loin, à dix lieues à la ronde, vu du chemin de fer quand nous y arrivions la dernière semaine avant Pâques, ce n’était qu’une église résumant la ville, la représentant, parlant d’elle et pour elle aux lointains, et, quand on approchait, tenant serrés autour de sa haute mante sombre, en plein champ, contre le vent, comme une pastoure ses brebis, les dos laineux et gris des maisons rassemblées qu’un reste de remparts du moyen âge cernait çà et là d’un trait aussi parfaitement circulaire qu’une petite ville dans un tableau de primitif. A l’habiter, Combray était un peu triste, comme ses rues dont les maisons construites en pierres noirâtres du pays, précédées de degrés extérieurs, coiffées de pignons qui rabattaient l’ombre devant elles, étaient assez obscures pour qu’il fallût dès que le jour commençait à tomber relever les rideaux dans les «salles«; des rues aux graves noms de saints (desquels plusieurs seigneurs de Combray): rue Saint-Hilaire, rue Saint-Jacques où était la maison de ma tante, rue Sainte-Hildegarde, où donnait la grille, et rue du Saint-Esprit sur laquelle s’ouvrait la petite porte latérale de son jardin; et ces rues de Combray existent dans une partie de ma mémoire si reculée, peinte de couleurs si différentes de celles qui maintenant revêtent pour moi le monde, qu’en vérité elles me paraissent toutes, et l’église qui les dominait sur la Place, plus irréelles encore que les projections de la lanterne magique; et qu’à certains moments, il me semble que pouvoir encore traverser la rue Saint-Hilaire, pouvoir louer une chambre rue de l’Oiseau — à la vieille hôtellerie de l’Oiseau flesché, des soupiraux de laquelle montait une odeur de cuisine que s’élève encore par moments en moi aussi intermittente et aussi chaude,—serait une entrée en contact avec l’Au-delà plus merveilleusement surnaturelle que de faire la connaissance de Golo et de causer avec Geneviève de Brabant.

Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann

• Travail d’écriture en séance :

> objectif : exercer vos talents d’observation ;

> consigne : à partir de votre expérience présente, immédiate ( vous participez à cette séance dans la salle Arnozan de l’université Bordeaux Segalen ou, rentré chez vous, vous relisez ces notes sur votre écran d’ordinateur ), rédigez une impression subjective — mais concrète et incarnée — du lieu, du moment, des personnes, des objets qui vous entourent. Soyez attentifs au moindre détail : si vos vêtements sont assez chauds ou non, si le bracelet de votre montre est trop serré, comment votre digestion se déroule, quelles pensées vous occupent, etc. 

> la longueur ou gabarit (nombre de caractères) est libre ;
> les textes produits peuvent m’être transmis à tout moment, ou être soumis collectivement lors de la prochaine séance virtuelle.

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11 décembre 2010

Séance n° 1 du 14/10/10

 
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Plan d’intervention

• Introduction personnelle

> 19 livres publiés, dont 7 romans littérature générale, 1 récit d’anticipation, 2 bandes dessinées ou romans graphiques, 8 essais ou ouvrages de réflexion, 1 journal de voyage ;
> autres textes, dans tous les genres : feuilletons radiophoniques (France Inter, France Culture), voix off de documentaires, articles de presse (Télérama, la Vie), textes de commande (ex. : bsn emballage) ;
> traduction des ouvrages publiés dans une dizaine de langues, dont l’anglais ; rééditions poche, club du livre, etc.
> diverses bourses, dont bourses d’encouragement et de création du Centre National du Livre ;
> plusieurs résidences, en France et à l’étranger (Nouvelle-Zélande, Brésil, Madagascar) ; hors-série « des résidences d’écrivain, pourquoi faire ? » du bulletin d’ecla, centre régional du livre d’Aquitaine ;
> autres activités : conférences, réalisations multimédias, jeux vidéos « serious games » (Aqua Pax avec l’Unesco) ;

• Présentation atelier d’écriture, voir note jointe ;

• Note à fournir, et à transmettre si possible par courriel : civilité (nom, prénom), âge, filière, adresse électronique et n° portable, relation à l’écriture (projet profes­sionnel — journalisme, littérature —, pratique dilettante) ; attentes vis-à-vis de l’atelier, qui fixeront le programme de l’année ;

• Lecture d’un texte choisi, et commentaires de certaines formules (ici en gras) :

Éventail de Mademoiselle Mallarmé (1842-1898)

Ô rêveuse, pour que je plonge

Au pur délice sans chemin,

Sache, par un subtil mensonge,

Garder mon aile dans ta main.

Une fraîcheur de crépuscule

Te vient à chaque battement

Dont le coup prisonnier recule

L'horizon délicatement.

Vertige ! voici que frissonne
L'espace comme un grand baiser

Qui, fou de naître pour personne,

Ne peut jaillir ni s'apaiser.

Sens-tu le paradis farouche

Ainsi qu'un rire enseveli

Se couler du coin de ta bouche

Au fond de l'unanime pli !

Le sceptre des rivages roses

Stagnants sur les soirs d'or, ce l'est,

Ce blanc vol fermé que tu poses

Contre le feu d'un bracelet.

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